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    Un an après le gel de l’aide internationale des États-Unis : des conséquences humaines sans précédent

    Publié le 25/01/2026.

    Un an après la suspension de l’aide publique au développement (APD) des États-Unis, les conséquences apparaissent désormais de manière documentée sur les systèmes de santé, les réponses humanitaires et le financement multilatéral. Premier pays donateur mondial jusqu’en 2024, le retrait américain reconfigure en profondeur l’architecture de la solidarité internationale et fragilise la trajectoire des Objectifs de développement durable.

    Le 20 janvier 2025, un décret présidentiel suspend l’aide publique au développement des États-Unis pour une durée initiale de quatre-vingt-dix jours, tout en actant le retrait du pays de plusieurs cadres multilatéraux majeurs, dont l’Organisation mondiale de la santé et l’Accord de Paris sur le climat. Cette décision marque le point de départ d’une série de mesures successives qui redéfinissent en profondeur l’engagement international américain.

    Entre janvier 2025 et janvier 2026, plusieurs décisions structurantes ont été actées :

    À court terme, le Congrès examine une limitation partielle des coupes budgétaires pour 2026, avec un plafond de 16 %, contre 50 % initialement proposés. Cette option permettrait de préserver certains programmes à hauteur d’environ 50 milliards USD, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’aide humanitaire. L’issue de ces arbitrages demeure toutefois incertaine.

    Avec 65 milliards USD d’APD en 2024, les États-Unis occupaient la première place parmi les bailleurs publics. Leur retrait a des effets immédiats sur les organisations internationales et les pays à revenu faible ou intermédiaire.

    Selon une projection publiée dans The Lancet, réalisée par dix instituts de recherche, la suppression de l’USAID pourrait entraîner 14 millions de décès supplémentaires d’ici 2030, dont 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans, en raison de l’interruption de programmes de santé essentiels.

    Une autre étude, également relayée par The Lancet, estime que les coupes américaines, combinées à celles annoncées par plusieurs pays européens, pourraient conduire à plus de 22 millions de décès supplémentaires à l’horizon 2030. L’OCDE anticipe, de son côté, une baisse de 18 % de l’aide publique au développement mondiale en 2025, confirmant un effet d’entraînement au-delà du seul retrait américain.

    Les États-Unis représentaient jusqu’à 42 % des financements humanitaires mondiaux. Dans les pays auparavant soutenus par l’USAID, des dysfonctionnements majeurs apparaissent, en particulier dans les systèmes de santé. En 2025, l’aide publique au développement (APD) en santé des États-Unis a été réduite de 67 %, soit plus de 9 milliards de dollars. Depuis plus de vingt-cinq ans, les États-Unis constituaient la première source de financement international en santé, représentant plus d’un quart des financements mondiaux.

    En Afrique subsaharienne, l’aide internationale dédiée à la santé a reculé de 25 % entre 2024 et 2025. Dans la région du Tigré, en Éthiopie, environ 2,4 millions de personnes dépendaient de l’aide humanitaire financée par les États-Unis. La suspension des financements a conduit à l’arrêt de programmes de nutrition, de vaccination et d’accès aux médicaments, ainsi qu’au licenciement de 5 000 agents de santé locaux impliqués dans la lutte contre le VIH, selon Associated Press.

    Des situations comparables ont été observées en Haïti, en Afrique du Sud et dans d’autres pays, avec la fermeture ou la suspension de services de santé essentiels, notamment des programmes de prévention et de traitement du VIH ou de prise en charge après des violences sexuelles, comme le documente Amnesty International.

    Les effets du retrait américain apparaissent particulièrement marqués en matière de droits des femmes et de santé sexuelle et reproductive.

    Avant 2025, l’USAID fournissait environ 35 % des contraceptifs intégrés aux chaînes d’approvisionnement mondiales en planification familiale et approvisionnait 23 pays. La suppression de ces financements, combinée au retrait d’ONU Femmes et de l’UNFPA, au rétablissement du Global Gag Rule et aux tentatives d’affaiblissement du langage relatif aux droits sexuels et reproductifs dans les résolutions des Nations unies, a entraîné des ruptures d’accès aux services.

    Les financements interrompus permettaient en moyenne à 130 390 femmes par jour d’accéder à des soins contraceptifs. En 2025, environ 11,7 millions de femmes et de jeunes filles se sont ainsi vu refuser l’accès à des contraceptifs, entraînant 4,2 millions de grossesses non désirées et environ 8 340 décès liés à des complications de la grossesse et de l’accouchement sur une année.

    À plus long terme, les estimations pour la période 2025–2030 font état de :

    Un risque d’« aveuglement statistique »

    Une étude récente des Nations unies souligne que les coupes américaines fragilisent fortement les enquêtes démographiques et de santé (DHS), qui fournissent jusqu’à 50 % des données sur la mortalité infantile dans les pays les moins avancés et en Afrique subsaharienne. La baisse du soutien financier fait peser un risque de rupture du suivi statistique, limitant la capacité à piloter les politiques publiques et à mesurer les progrès vers les Objectifs de développement durable.

    Des organisations fragilisées

    En France, 94 % des organisations non gouvernementales déclarent avoir été affectées par les coupes dans l’aide internationale, selon Coordination SUD, la plateforme nationale des ONG françaises. Ces réductions concernent environ 15 millions de bénéficiaires10 000 emplois et plus de 1 200 projets.

    Le projet de loi de finances pour 2026, actuellement débattu au Parlement, prévoit une réduction de 704 millions d’euros, soit 16 %, du budget de la mission « aide publique au développement ». Pour la quatrième année consécutive depuis 2024, cette mission figure parmi les plus affectées par les coupes budgétaires, alors qu’elle représente environ 0,6 % du budget de l’État. Ces arbitrages s’inscrivent dans un contexte de contraction globale des financements internationaux.

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