Impact potentiel des coupes de la France au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme
Publié le 12/02/2026.
Depuis novembre dernier, la France entretient le mystère sur sa contribution financière au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Selon une information de France Info, elle serait finalement sabrée de près de 60 %, s’inscrivant dans le cadre de coupes sans précédent dans le budget d’aide publique au développement de la France.
Si elle était confirmée, cette amputation de la contribution française au Fonds mondial pourrait entraîner plus de 700 000 décès liés au sida, à la tuberculose et au paludisme d’ici 2029. Décryptage.
Le Fonds mondial, un partenariat international ayant permis de réduire de 63 % la mortalité des trois maladies
Créé en 2002, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme est un partenariat international mis en place afin de mettre fin au sida, à la tuberculose et au paludisme. Présent dans plus de 100 pays, il rassemble autorités publiques, société civile, communautés de patients, partenaires techniques, secteur privé, organisations confessionnelles et bailleurs de fonds, et investit stratégiquement dans des programmes visant à en finir avec ces épidémies.
Depuis sa création, ses investissements ont permis réduire de 63 % le nombre de décès annuels liés aux trois maladies, préservant 70 millions de vies à travers le monde.
En novembre 2025, le Fonds mondial organisait la 8e reconstitution de ses ressources à Cape Town sous la co-présidence de l’Afrique du Sud et du Royaume-Uni, afin de financer ses activités pour la période 2027-2029. Sur les 18 milliards de dollars nécessaires pour diminuer de moitié le nombre de victimes du sida, de la tuberculose et du paludisme d’ici 2029, les donateurs se sont engagés à hauteur de 11,34 milliards. À cette occasion, la France n’avait pas fait part de son engagement, suscitant l’interrogation des organisations de solidarité internationale.
La France, deuxième bailleur historique du Fonds mondial
La France a historiquement joué un rôle de premier plan dans la lutte mondiale contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, en particulier à travers son engagement au sein du Fonds mondial, dont elle est à l’origine sous l’impulsion du Président Jacques Chirac. Depuis sa création en 2002, la France est le premier contributeur public européen et le deuxième mondial, avec une contribution cumulée de 9,5 milliards d’euros. Depuis 2011, une partie de la contribution française finance L’Initiative, qui soutient les actions par l’apport d’expertise technique afin de maximiser l’impact du Fonds mondial sur le terrain.
Lors de la précédente reconstitution des ressources du Fonds mondial en 2022, la France avait remarquablement augmenté sa contribution, pour la porter à 1 596 millions d’euros sur trois ans.
PLF 2026 : un renoncement inédit de la France
Dans le cadre de la loi de finances pour 2026, la France a décidé pour la cinquième fois consécutive de sabrer la mission budgétaire « aide publique au développement ». En deux ans, les moyens de cette politique ont été rabotés de 40 % (-2,4 milliards d’euros), contre 6 % en moyenne pour les autres lignes budgétaires.
Victime des arbitrages, la contribution au Fonds mondial serait coupée de 58 % selon France Info, pour chuter à 660 millions d’euros pour les trois prochaines années. Ce faisant, la France deviendrait le 5e donateur du partenariat, loin derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Fondation Gates.
Un impact estimé à 700 000 morts
La stratégie du Fonds mondial pour la période 2027-2029 s’appuie sur des modélisations épidémiologiques, statistiques et économiques permettant d’estimer les besoins financiers et de projeter les impacts attendus. L’estimation des résultats d’une contribution financière allouée au Fonds mondial est obtenue à partir d’une méthodologie rigoureuse et indépendante développée par Avenir Health et l’Imperial College London.
A l’aune de cette projection économétrique, il est estimé que chaque tranche de 100 millions de dollars investie dans le Fonds mondial permet de préserver 125 000 vies, d’éviter 2,2 millions de nouvelles infections aux trois maladies, et d’obtenir 1,8 milliard de dollars de rendements économiques dans les pays d’intervention.
Par extension, la baisse envisagée de la contribution française entraînerait 711 000 décès. En excluant du calcul la contribution française à L’Initiative (60 millions d’euros envisagés), la contribution directe de la France aux programmes du Fonds mondial pourrait s’élever à 600 millions d’euros sur trois ans, contre 1 277 millions lors du cycle précédent. Cette différence de 677 millions d’euros aurait permis de préserver 711 000 vies supplémentaires*.
* Méthodologie : l’impact de chaque tranche de 100 millions d’euros est obtenu à partir du taux de change en vigueur (0,84*125 000 = 105 000 vies préservées), puis multiplié par 6,77 pour estimer l’impact d’un investissement de 677 millions d’euros.






