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    Diplomaties féministes : que retenir de la 5e conférence ministérielle de Madrid ?

    Publié le 16/06/2026.

    Les 5 points clés

    • 28 États ont adopté une déclaration politique commune.
    • Le texte place la démocratie, la paix et l’égalité de genre au cœur des diplomaties féministes.
    • Les mouvements anti-droits, la désinformation sexiste et les violences numériques sont désignés comme des menaces majeures.
    • Le financement des organisations féministes est présenté comme une priorité.
    • La prochaine conférence ministérielle se tiendra au Maroc en 2027.

    Une conférence centrée sur le lien entre paix, démocratie et égalité de genre

    L’Espagne a accueilli, les 2 et 3 juin 2026 à Madrid, la 5ᵉ Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes, autour du thème « Construire la paix et la démocratie » pour renforcer une diplomatie féministe mondiale, inclusive, transformatrice et fondée sur les droits humains. La rencontre a réuni 700 personnes dont 60 ministres des affaires étrangères et plus de 140 organisations de la société civile, mouvements féministes et organisations de défense des droits humains du monde entier. 

    Quelques mois après la conférence organisée à Paris en 2025, cette nouvelle édition s’est tenue dans un contexte international marqué par la multiplication des conflits, les reculs démocratiques et l’aggravation des inégalités. 

    Une déclaration politique signée par 28 États

    La conférence s’est conclue par l’adoption d’une déclaration politique conjointe signée par 28 États. Les signataires y réaffirment que l’égalité de genre, les droits des femmes et des filles et les diplomaties féministes constituent des leviers pour renforcer la démocratie, prévenir les conflits et soutenir des sociétés plus inclusives.

    Dans la continuité des précédentes conférences ministérielles sur les diplomaties féministes, la déclaration s’appuie sur plusieurs cadres internationaux, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, l’Agenda « Femmes, Paix et Sécurité », les Objectifs de développement durable ainsi que des accords internationaux relatifs au climat, à la biodiversité et à la désertification. Elle réaffirme également le rôle du multilatéralisme, de l’État de droit et des droits humains comme fondements d’un ordre international juste et inclusif.

    Les États signataires s’engagent notamment à :

    • Garantir le respect, la promotion et la protection des droits humains des femmes et des filles, en adoptant une approche intersectionnelle, en renforçant l’accès à la justice et aux réparations, en renforçant les mécanismes internationaux indépendants de redevabilité, en soutenant les efforts visant à tenir les États responsables de leurs obligations au titre de la CEDAW et en luttant contre l’impunité, notamment les crimes sexuels et fondés sur le genre, y compris par le soutien à l’action de la Cour pénale internationale.
    • Promouvoir une paix juste et durable, fondée sur le respect du droit international, la prévention des conflits, la médiation et la participation pleine, égale, sûre et significative des femmes aux processus de paix, tout en garantissant aux survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre un accès à la justice, aux réparations et à des services complets d’accompagnement dans les contextes de conflit, post-conflit, de crise humanitaire ou de catastrophe.
    • Accélérer la parité et intégrer une culture féministe dans les institutions publiques et diplomatiques, en luttant contre les obstacles structurels à la participation des femmes à la vie publique et politique, notamment les campagnes de désinformation genrée, les discours de haine et les violences numériques visant particulièrement les femmes politiques, les journalistes et les défenseuses des droits humains.
    • Promouvoir des politiques étrangères féministes, intersectionnelles et transformatrices pour répondre aux causes profondes des inégalités, notamment les structures patriarcales, le racisme, les héritages coloniaux et les rapports de pouvoir inégalitaires.
    • Combattre toutes les formes de violences et de discriminations fondées sur le genre, y compris les violences sexuelles, les féminicides, la traite des êtres humains, les violences politiques, institutionnelles et numériques, ainsi que la désinformation sexiste et les discours de haine visant particulièrement les femmes engagées dans la vie publique, les journalistes et les défenseuses des droits humains.
    • Garantir l’autonomie corporelle, les droits et la santé sexuels et reproductifs, notamment l’accès universel à des services de santé maternelle et reproductive de qualité, à la contraception moderne, à l’éducation complète à la sexualité et à l’avortement sécurisé conformément aux normes internationales, tout en luttant contre les tentatives de remise en cause de ces droits et contre les discriminations auxquelles font face les femmes et filles autochtones, migrantes, réfugiées ou en situation de handicap.
    • Mobiliser les hommes et les garçons, dans toute leur diversité, comme alliés, acteurs du changement et bénéficiaires de l’égalité de genre, en travaillant sur les masculinités afin de transformer les rapports de pouvoir inégalitaires, les structures patriarcales et les stéréotypes de genre qui nuisent aux femmes comme aux hommes.
    • Encadrer les transformations numériques et technologiques dans une perspective féministe, en réduisant la fracture numérique, en promouvant une gouvernance de l’intelligence artificielle fondée sur les droits humains, en renforçant la transparence et la redevabilité des plateformes numériques et en encourageant le devoir de vigilance des entreprises technologiques.
    • Transformer les systèmes économiques et financiers en plaçant l’égalité de genre au cœur de l’architecture financière internationale, des politiques fiscales et budgétaires et du financement du développement, notamment par la promotion d’une fiscalité progressive, l’évaluation de l’impact de genre des politiques économiques, la prise en compte du poids de la dette souveraine sur les femmes et le renforcement de leur accès aux ressources économiques, à la terre, au logement et à la propriété.
    • Promouvoir une vision transformatrice du développement fondée sur la société du care, en reconnaissant le care (travail de soin et d’accompagnement) comme un bien public, une composante des droits humains et un pilier d’un contrat social renouvelé. La déclaration appelle à développer des systèmes de care et d’accompagnement universels, accessibles, durables et de qualité, fondés sur la coresponsabilité entre États, marchés, communautés et ménages, pour mieux reconnaître, réduire et redistribuer le travail domestique et de care non rémunéré, garantir les droits des travailleuses et travailleurs du care, et renforcer les politiques publiques, les financements et la coopération internationale dans ce domaine.
    • Reconnaître et protéger la diversité des formes familiales, en affirmant que toutes doivent être respectées par les sociétés et protégées par les États comme levier d’égalité de genre, tout en rappelant que chaque enfant doit pouvoir grandir dans un environnement familial fondé sur le bien-être, l’amour, la compréhension et la protection de ses droits.
    • Reconnaître le rôle historique des mouvements féministes et des organisations de femmes dans les avancées en matière d’égalité de genre et de droits humains, rendre hommage aux défenseuses des droits humains et de l’environnement qui ont perdu la vie dans ce combat, et renforcer durablement le soutien politique et financier aux organisations féministes. Les États s’engagent à protéger l’espace civique, à lutter contre les lois et pratiques restrictives, à répondre à la criminalisation croissante des militantes et à contrer le backlash mondial contre l’égalité de genre, tout en garantissant la participation pleine, sûre et effective des mouvements féministes aux processus décisionnels. La déclaration reconnaît également leur contribution essentielle à la démocratie, à la paix, au développement et au renforcement du multilatéralisme.

    Un texte plus centré sur les menaces contemporaines contre les droits

    Par rapport à la déclaration adoptée à Paris en 2025, le texte de Madrid accorde une place plus importantes aux menaces qui pèsent sur l’égalité de genre et les démocraties : mouvements anti-droits, violences basées sur le genre facilitées par les technologies numériques, désinformation sexiste et risques liés à l’intelligence artificielle. 

    Il accorde également une place plus importante au lien entre démocratie, État de droit, paix et égalité de genre. Elle appelle à renforcer les mécanismes internationaux de redevabilité, à mieux encadrer les plateformes numériques et les technologies émergentes, et à soutenir les organisations féministes, présentées comme des actrices de la défense des droits humains, de la paix et du multilatéralisme.

    Les 28 États signataires sont : l’Albanie, Andorre, l’Arménie, la Belgique, le Canada, le Cap-Vert, la Colombie, Chypre, l’Estonie, la France, l’Irlande, l’Islande, la Lituanie, le Luxembourg, la Macédoine du Nord, le Mexique, la Moldavie, le Monténégro, la Norvège, le Portugal, le Rwanda, la Thaïlande, le Timor-Leste, l’Ukraine, l’Uruguay, le Royaume-Uni et l’Espagne.

    Replay de la conférence

    Les organisations de la société civile appellent à des mécanismes de suivi

    En amont de la conférence ministérielle, un comité réunissant organisations féministes, mouvements sociaux, syndicats, universitaires et défenseur·es des droits humains a été associé au processus préparatoire. 

    Le 1er juin 2026, plus de 200 représentant·es d’organisations de la société civile se sont réuni·es à Madrid lors d’une conférence organisée en marge de la rencontre ministérielle. Cet évènement a permis de porter des revendications communes et d’appeler les États à renforcer la cohérence de leurs diplomaties féministes face aux conflits, aux crises écologiques, aux restrictions de l’espace civique et à la montée des mouvements anti-droits. 

    Dans leur déclaration finale, elles ont insisté sur plusieurs priorités : des diplomaties féministes fondées sur des principes décoloniaux, antiracistes et centrés sur le care, la défense de des droits et la santé sexuels et reproductifs, y compris l’accès à l’avortement sécurisé, ainsi que la lutte contre les violences basées sur le genre.

    Les organisations ont également appelé les gouvernements à renforcer le financement direct, flexible et pluriannuel des mouvements féministes, à protéger et consolider l’architecture onusienne pour l’égalité de genre, à institutionnaliser des mécanismes permanents de consultation avec les organisations de la société civile et à garantir une plus grande cohérence entre les engagements féministes et les politiques menées en matière de commerce, de sécurité, de migration, de climat et de coopération internationale. 

    Elles ont enfin insisté sur la nécessité de lutter contre le militarisme, les pratiques extractives, les mouvements anti-droits, la désinformation et les violences numériques visant les défenseur·es des droits humains et les organisations féministes.

    Ces recommandations ont été portées pendant la conférence ministérielle par les représentantes de la société civile. Leur message souligne que la crédibilité des diplomaties féministes repose sur leur capacité à traduire les déclarations politiques en actions suivies, financées et évaluées d’ici la prochaine conférence ministérielle, annoncée au Maroc en 2027.

    Revue de presse

    La conférence a fait l’objet d’une importante couverture médiatique en Espagne et à l’international. Sélection d’articles et d’émissions consacrés à cette 5ᵉ conférence ministérielle sur les diplomaties féministes.

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