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  • Partout dans le monde, les crises se multiplient et les institutions démocratiques font face à des tensions croissantes. Conflits armés prolongés, polarisation politique, remise en cause du multilatéralisme ou attaques contre les droits sexuels et reproductifs : les droits des femmes figurent souvent parmi les premières victimes des reculs démocratiques.

    Cette dynamique intervient alors qu’aucun pays n’a atteint l’égalité femmes-hommes. Selon les Nations unies, il faudrait encore près de 300 ans pour mettre fin aux discriminations à l’égard des femmes dans le monde au rythme actuel des progrès.

    Les conflits, crises climatiques, inflation, endettement et insécurité alimentaire aggravent les inégalités existantes et touchent de manière disproportionnée les femmes et les filles, dans un contexte où les mécanismes de protection sociale et les politiques de réduction des inégalités demeurent insuffisants. Dans le même temps, les financements destinés à l’égalité de genre et à la coopération internationale diminuent, alors que 420 milliards de dollars supplémentaires par an seraient nécessaires pour atteindre l’égalité dans les pays à revenu faible et intermédiaire. À l’inverse, les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record de 2 887 milliards de dollars US en 2025. 

    Parallèlement, les mouvements anti-droits des femmes renforcent leur coordination à l’échelle internationale et investissent de plus en plus les espaces politiques, médiatiques, numériques et multilatéraux.

    Dans ce contexte, les diplomaties féministes apparaissent ainsi de plus en plus comme des outils de défense des droits humains, de la démocratie et du multilatéralisme. En plaçant l’égalité de genre au cœur des politiques étrangères, des politiques de développement et des processus de paix, elles cherchent à répondre à des crises qui dépassent désormais les seules questions de genre.

    C’est pour les promouvoir ces approches que l’Espagne accueillera, les 2 et 3 juin 2026 à Madrid, la Vᵉ Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes, un rendez-vous majeur visant à renforcer les alliances internationales, défendre les acquis existants et transformer les engagements politiques en mécanismes concrets de financement et de redevabilité.

    Un an après la conférence de Paris, qui avait réuni 31 États autour d’une déclaration commune sur les diplomaties féministes, la rencontre de Madrid marque une nouvelle étape. Dans un contexte international fragmenté, elle pose une question centrale : comment faire des diplomaties féministes un levier de défense des droits, de la paix, de la coopération internationale et des institutions démocratiques ?

    Découvrez notre décryptage des principaux enjeux de cette conférence : état des lieux des diplomaties féministes, financement de l’égalité de genre, montée des offensives anti-droits, initiatives et mobilisation des acteurs de la société civile, moments clés de la V Conférence ministérielle.

    Les 2 et 3 juin 2026, Madrid accueillera la Vᵉ Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes, un rendez-vous international consacré au rôle de l’égalité de genre dans la défense de la démocratie, de la paix et du multilatéralisme.

    Cette édition réunira États engagés, organisations internationales, institutions financières, mouvements féministes, organisations de la société civile, acteurs de la recherche et fondations philanthropiques.

    L’agenda combinera sessions plénières, tables rondes multi-acteurs et événements parallèles autour de plusieurs priorités :

    • le rôle des femmes dans les processus de paix et la prévention des conflits ;
    • la défense de l’État de droit et des droits humains face aux crises démocratiques ;
    • le financement de l’égalité de genre et des organisations féministes ;
    • la promotion d’un multilatéralisme plus inclusif et représentatif ;
    • les enjeux liés aux droits sexuels et reproductifs, au care et à la justice économique.

    En marge de la Conférence ministérielle, plusieurs événements seront organisés pour amplifier la mobilisation et favoriser les échanges entre experts, décideurs et société civile :

    • Lundi 1 juin : Forum de la société civile, dont les conclusions alimenteront les discussions de la conférence ;
    • Mardi 2 juin :  Dialogue parlementaire : « Une politique étrangère féministe menée par les parlements : droits, égalité et justice mondiale », organisé par le groupe parlementaire espagnol sur la population, le développement et la santé reproductive, UNFPA et le Forum Parlementaire Européen pour les droits sexuels et reproductifs.

    L’évènement se conclura par l’adoption d’une déclaration ministérielle conjointe.

    Depuis les premières adoptions de diplomaties féministes à la fin des années 2010, le contexte international s’est profondément transformé. Les conflits armés se multiplient, les dépenses militaires mondiales atteignent des niveaux records et les institutions multilatérales font face à des blocages croissants.

    Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 887 milliards de dollars US en 2025, en hausse pour la 11e année consécutive. Dans le même temps, Les agences des Nations unies alertent sur le ralentissement, voire le recul, de plusieurs indicateurs liés à la pauvreté, à la faim ou à l’égalité femmes-hommes, alors que les besoins humanitaires continuent d’augmenter et que les financements stagnent.

    Les diplomaties féministes apparaissent désormais moins comme des politiques sectorielles que comme des outils de réponse à des crises systémiques : conflits prolongés, montée des autoritarismes, inégalités économiques, crises climatiques et remise en cause des droits humains.

    Cette évolution traduit également un changement dans la manière d’appréhender les politiques étrangères. Les enjeux liés au genre ne sont plus uniquement associés aux politiques sociales ou de développement. Ils sont de plus en plus présentés comme des indicateurs de résilience démocratique, de cohésion sociale et de prévention des violences.

    Dans ce contexte, les conférences sur les diplomaties féministes jouent aussi un rôle de coordination stratégique entre États, agences multilatérales et organisations féministes afin de limiter l’affaiblissement des normes internationales relatives aux droits humains.

    Un an après la conférence de Paris, l’enjeu de Madrid consiste désormais à passer d’une logique de mobilisation politique à une mise en œuvre concrète.

    Découvrir le programme et la note de concept de la conférence.

    Les conférences ministérielles des diplomaties féministes

    2022
    Allemagne
    2023
    Pays-Bas
    2024
    Mexique
    2025
    France
    2026
    Espagne

    Depuis 2022, les conférences ministérielles sur les diplomaties féministes réunissent chaque année des États, organisations internationales et mouvements féministes afin de renforcer la coopération internationale en faveur de l’égalité de genre, des droits des femmes et d’un multilatéralisme fondé sur les droits humains.

    Focus sur la diplomatie féministe de l’Espagne

    L’Espagne figure aujourd’hui parmi les États moteurs des diplomaties féministes en Europe. Après avoir adopté une politique étrangère féministe en 2021, Madrid a renforcé cet engagement avec l’adoption, en décembre 2025, d’une nouvelle Stratégie de coopération féministe destinée à guider l’ensemble de sa coopération internationale. Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus ancienne : l’Espagne joue depuis plusieurs années un rôle actif dans l’agenda « Femmes, paix et sécurité » des Nations unies et avait notamment contribué à l’adoption de la résolution 2242 du Conseil de sécurité en 2015.

    Cette stratégie défend une approche politique, intersectionnelle et transformatrice de l’égalité de genre. Elle considère les inégalités comme structurelles et liées à d’autres formes de discriminations – économiques, raciales, territoriales ou liées au handicap, au statut migratoire ou à l’orientation sexuelle. Son objectif affiché : transformer les rapports de pouvoir qui perpétuent ces inégalités, y compris dans les pratiques de la coopération internationale.

    Le document met notamment l’accent sur :

    • les droits sexuels et reproductifs ;
    • la lutte contre la féminisation de la pauvreté ;
    • une approche écoféministe des politiques climatiques ;
    • la participation des femmes aux processus de paix ;
    • le soutien aux organisations féministes et aux mouvements de défense des droits.
    La stratégie insiste enfin sur la cohérence des politiques publiques, considérant que les engagements en faveur de l’égalité de genre ne peuvent être dissociés des politiques économiques, commerciales, climatiques ou migratoires menées par les États. Pour la première fois dans l’histoire de la Commission, les conclusions concertées n’ont pas pu être adoptées par consensus et ont dû faire l’objet d’un vote. Le texte a finalement été adopté à une large majorité, malgré l’opposition des États-Unis.

    En savoir plus

    Initiée en 2014 par la Suède sous l’impulsion de sa ministre des Affaires étrangères Margot Wallström, et adoptée depuis par une quinzaine de pays, la diplomatie féministe désigne une approche de la politique étrangère qui place l’égalité de genre et les droits humains au cœur de l’action internationale.

    Cette approche ne se limite pas à la représentation des femmes dans les institutions diplomatiques. Elle vise à transformer les priorités de la politique étrangère – aide publique au développement, commerce international, climat, sécurité, migration, gouvernance économique ou encore prévention des conflits – à travers une lecture plus systémique des inégalités.

    Une diplomatie féministe repose également sur un principe de cohérence des politiques publiques : les engagements en faveur de l’égalité de genre et des droits humains ne peuvent être dissociés des politiques commerciales, climatiques, migratoires, sécuritaires ou économiques menées par les États.

    Les diplomaties féministes reposent généralement sur plusieurs principes :

    • la promotion des droits humains ;
    • la redistribution du pouvoir et des ressources ;
    • la participation des organisations féministes aux espaces décisionnels ;
    • la prévention des conflits et des violences ;
    • la prise en compte des inégalités structurelles dans les politiques internationales.

    Les diplomaties féministes s’inscrivent également dans les grands cadres internationaux existants :

    • le Programme d’action de Beijing ;
    • la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) ;
    • l’agenda « Femmes, paix et sécurité » des Nations unies ;
    • l’Agenda 2030 et les Objectifs de développement durable.

    Les diplomaties féministes ne constituent toutefois pas un modèle unique. Si plusieurs pays européens ont principalement articulé leurs stratégies autour de l’aide au développement, de la représentation des femmes et des droits humains, plusieurs pays d’Amérique latine – comme le Mexique, la Colombie ou le Chili – ont développé des approches plus larges intégrant les enjeux liés aux inégalités raciales, à la colonisation, aux droits des peuples autochtones, à la protection de l’environnement et aux conséquences sociales et environnementales des industries extractives.

    Ces approches reposent également sur une critique des déséquilibres historiques dans la gouvernance mondiale : sous-représentation des pays des Suds dans les espaces de décision, concentration des financements internationaux et faible accès des organisations féministes locales aux ressources multilatérales.

    Dans les enceintes multilatérales, les diplomaties féministes cherchent enfin à préserver des espaces de négociation fondés sur les droits humains et les données scientifiques, alors que les stratégies de désinformation et les offensives anti-droits gagnent du terrain.

    En 2015, l’ensemble des États membres des Nations unies se sont engagés à atteindre les 17 Objectifs de développement durable (ODD) d’ici à 2030, dont l’ODD 5 consacré à l’égalité entre les femmes et les hommes. Pourtant, à quatre ans de l’échéance, les financements nécessaires pour atteindre ces objectifs restent largement insuffisants.

    L’aide publique au développement (APD) constitue à cet égard une source de financement essentielle pour l’accès à la santé, l’éducation, les droits sexuels et reproductifs ou encore l’action des organisations féministes dans les pays les plus vulnérables. Les réductions des budgets d’aide affectent directement le financement des services publics, de la santé mondiale, l’accès à la contraception, les soins de santé maternelle et infantile ainsi que les services de prévention et de prise en charge des violences basées sur le genre.

    Les membres du CAD et l’Union européenne ont décaissé en moyenne 60,7 milliards de dollars par an en 2023 et 2024 (dernières données disponibles) pour des projets soutenant l’égalité de genre, soit 44 % de leur APD bilatérale.

    Mais ces financements sont directement affectés par le recul historique de l’aide publique au développement. Après plusieurs années de hausse, les principaux pays donateurs ont fortement réduit leurs budgets de coopération internationale. En 2025, les membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE ont consacré 174,3 milliards de dollars à l’aide publique au développement, soit une baisse de 23,1 % par rapport à 2024. A eux seuls, les cinq plus grands bailleurs du CAD sont responsables de 96 % de cette diminution : les États-Unis (-57 %), l’Allemagne (-17 %), la France (-11 %), le Royaume-Uni (-11 %) et le Japon (-6 %). 

    Quels pays donateurs prennent en compte l’égalité de genre dans leur aide au développement ?

    Distribution de l’APD bilatérale des membres du CAD de l’OCDE en fonction de leur prise en compte de l’égalité femmes-hommes (montants 2023-2024)

    64,9 Md$

    pour des projets où l’égalité est un objectif significatif
    (44,1 % de l’APD bilatérale)

    6 Md$

    pour des projets où l’égalité est l’objectif principal
    (4,1 % de l’APD bilatérale)

    48,2 %

    de l’APD bilatérale soutient l’égalité femmes-hommes.

    Objectif international : 85 %

    Seuls les Pays-Bas et l’Espagne ont consacré au moins 20 % de leur APD à la promotion directe de l’égalité : 25 % pour l’Espagne et 25 % pour les Pays-Bas.

    Montants d’APD bilatérale allouée a des projets ayant pour objectif principal ou significatif l’égalité femmes-hommes et l’émancipation des femmes
    Objectif principal
    Objectif significatif
    Allemagne13 090 M$
    1 014 M$ objectif principal · 12 076 M$ objectif significatif
    Institutions européennes12 917 M$
    432 M$ objectif principal · 12 485 M$ objectif significatif
    Japon10 728 M$
    213 M$ objectif principal · 10 515 M$ objectif significatif
    États-Unis9 463 M$
    743 M$ objectif principal · 8 720 M$ objectif significatif
    Royaume-Uni4 720 M$
    514 M$ objectif principal · 4 206 M$ objectif significatif
    France4 408 M$
    522 M$ objectif principal · 3 886 M$ objectif significatif
    Pays-Bas2 617 M$
    765 M$ objectif principal · 1 852 M$ objectif significatif
    Espagne413 M$
    235 M$ objectif principal · 178 M$ objectif significatif
    Quels pays donateurs soutiennent les organisations féministes ?

    Montants d’APD bilatérale alloués à des organisations et mouvements de défense des droits des femmes et institutions gouvernementales.

    Allemagne110 M$
    Canada102 M$
    Pays-Bas85 M$
    France78 M$
    Suède74 M$
    Royaume-Uni60 M$
    Espagne51 M$

    Source : OCDE , données mises à jour en février 2026.

    ➜ En savoir plus sur les financements dédiés à l’égalité de genre

    Note : Montants, en millions de dollars US, alloués à des projets d’aide au développement en fonction du marqueur genre du CAD de l’OCDE : marqueur 2 (le genre est l’objectif principal) ou marqueur 1 (le genre est un objectif significatif). La définition des marqueurs peut être consultée ici .

    Source : OCDE , dernière mise à jour en février 2026.


    Focus 2030

    Les pays qui consacrent la plus grande part de leur aide à l’égalité femmes-hommes, comme les Pays-Bas, l’Espagne, l’Islande, l’Irlande ou la Suède, ne sont pas nécessairement les principaux donateurs en volume d’APD totale. Ce décalage illustre l’échec collectif à atteindre l’objectif international consistant à orienter au moins 85 % de l’aide vers l’égalité de genre.

    Cette fragilisation des financements intervient alors que les organisations féministes et les défenseur·e·s des droits humains font face à une pression politique croissante dans de nombreux pays. Depuis plusieurs années, les mouvements opposés aux droits des femmes et à l’égalité de genre renforcent leur coordination à l’échelle internationale et investissent de plus en plus les espaces politiques, médiatiques et multilatéraux.

    Qu’est-ce que le « Backlash » ?

    Le terme « backlash », ou retour de bâton, désigne une réaction organisée contre des avancées sociales ou politiques considérées comme des menaces par certains acteurs politiques, religieux ou idéologiques. Dans le cas des droits des femmes, il renvoie aux stratégies visant à freiner, limiter ou remettre en cause des acquis en matière d’égalité de genre, de droits LGBTQIA+, et de droits et santé sexuels et reproductifs.

    Le backlash contre les droits des femmes ne se limite plus à des débats nationaux isolés. Il s’inscrit dans des dynamiques transnationales coordonnées, soutenues par des réseaux politiques, financiers, médiatiques et numériques structurés. Cette progression intervient dans un contexte plus large de recul démocratique à l’échelle mondiale. Selon le rapport Freedom in the World 2026, l’année 2025 marque la 20e année consécutive de dégradation des libertés dans le monde : 54 pays ont connu une détérioration des droits politiques et des libertés civiles, contre 35 pays ayant enregistré une amélioration.

    Les mouvements « anti-droits » (ou « anti-genre ») partagent des stratégies, des arguments et des espaces d’influence communs, souvent articulés autour de la défense des « valeurs traditionnelles », du rejet du multilatéralisme ou de la contestation des droits humains. En Europe, selon le rapport The Next Wave du European Parliamentary Forum for Sexual and Reproductive Rights, 275 acteurs anti-droits sont aujourd’hui identifiés, contre une cinquantaine en 2018. Leurs financements cumulés atteignent 1,18 milliard de dollars entre 2019 et 2023.

    Dans de nombreux pays, les offensives contre les droits sexuels et reproductifs, notamment à travers les restrictions de l’accès à l’avortement, à la contraception ou à l’éducation à la sexualité, les mouvements féministes ou les personnes LGBTQIA+ s’accompagnent d’un recul plus large des libertés civiques et des contre-pouvoirs démocratiques. Les attaques visant les organisations féministes et les défenseur·e·s des droits humains apparaissent ainsi comme l’un des signaux d’une fragilisation démocratique plus large. 

    Les mouvements anti-droits investissent désormais l’ensemble des espaces multilatéraux afin d’y contester les références aux droits humains, à la justice sociale ou à l’égalité de genre. Certains acteurs utilisent des stratégies dites de « norm spoiling », consistant à affaiblir progressivement les normes internationales en contestant leur vocabulaire, leur portée ou leur légitimité plutôt qu’en s’y opposant frontalement.

    Ces dynamiques dépassent désormais les seules questions de genre. Les offensives anti-genre s’articulent également de plus en plus avec des campagnes de désinformation scientifique, des discours climatosceptiques et des remises en cause des institutions démocratiques

    Les plateformes numériques jouent désormais un rôle central dans la diffusion des campagnes anti-droits et des stratégies de désinformation visant les organisations féministes, les défenseur·e·s des droits humains ou les institutions internationales. Les contenus masculinistes et anti-genre y gagnent également en visibilité, contribuant à la polarisation des débats publics et à la banalisation des violences sexistes.

    Dans ce contexte, les diplomaties féministes apparaissent de plus en plus comme des outils de résistance démocratique, de défense des droits humains et de préservation du multilatéralisme.

    CSW, CPD… et au-delà : les espaces multilatéraux sous pression

    Les récentes sessions de la Commission de la condition de la femme (CSW70) et de la Commission de la population et du développement (CPD59) ont illustré l’intensification des offensives anti-droits dans les enceintes multilatérales.

    À la CSW70 , consacrée à l’accès à la justice pour les femmes et les filles, les négociations ont été marquées par des tentatives répétées d’affaiblissement du langage relatif au genre, aux droits sexuels et reproductifs ou encore au rôle de la société civile. Les États-Unis se sont notamment opposés à plusieurs références pourtant établies de longue date dans les textes onusiens. Pour la première fois dans l’histoire de la Commission, les conclusions concertées n’ont pas pu être adoptées par consensus et ont dû faire l’objet d’un vote. Le texte a finalement été adopté à une large majorité, malgré l’opposition des États-Unis.

    La CPD59 a confirmé cette polarisation croissante. Les États membres ne sont pas parvenus à adopter un texte final consensuel, révélant des divisions profondes autour des droits sexuels et reproductifs et de l’égalité de genre.

    Ces tensions reflètent une évolution plus large des négociations internationales. Dans plusieurs enceintes multilatérales, l’objectif ne consiste plus uniquement à faire progresser les droits humains, mais également à préserver les acquis existants face aux tentatives de recul .

    La conférence de Madrid intervient à un moment de forte recomposition de l’ordre international.

    L’accélération des crises climatiques, les conflits armés prolongés, la progression des régimes autoritaires et les tensions autour du multilatéralisme interrogent la capacité des États à construire des réponses collectives fondées sur les droits humains et la coopération internationale.

    Dans cette perspective, les diplomaties féministes apparaissent comme bien plus qu’un agenda thématique : elles proposent une vision politique du monde, fondée sur la coopération plutôt que la confrontation, sur la représentation plutôt que l’exclusion, et sur les droits plutôt que les rapports de force.

    La conférence de Madrid constituera ainsi un test important : les États engagés en faveur des diplomaties féministes parviendront-ils à transformer leurs engagements politiques en financements durables, en mécanismes de redevabilité et en réformes concrètes des politiques internationales ?

    La question dépasse désormais le seul enjeu de l’égalité de genre. Car défendre les droits des femmes aujourd’hui revient aussi à défendre la démocratie, le multilatéralisme et la possibilité même d’un avenir commun.

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