Contact

  • English
  • Español
  • Faits et chiffres
    English    Español    

    Quels pays donateurs soutiennent l’égalité femmes-hommes dans leur aide au développement ?

    Publié le 27/02/2026, modifié le 27/02/2026.

    En 2015, tous les pays de la planète ont pris l’engagement d’atteindre 17 Objectifs de développement durable (ODD) d’ici à 2030. Parmi ces objectifs, l’ODD 5 ambitionne de parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles du monde entier. Mais atteindre l’égalité des genres nécessite des investissements suffisants, en particulier dans les pays les plus pauvres.

    L’aide publique au développement (APD) du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE constitue à cet égard une source importante de financement. À quelle hauteur les pays membres du CAD prennent-ils en considération la promotion de l’égalité femmes-hommes dans leur APD ? Quelle tendance est observée ces dernières années ? Décryptage.

    L’égalité femmes-hommes, un enjeu sous-financé par les bailleurs

    Le suivi de l’aide publique au développement (APD) en faveur de l’égalité est assuré par le CAD de l’OCDE, à l’aide du marqueur de la politique d’aide à l’appui de l’égalité femmes-hommes (voir encadré).

    Objectif significatif, objectif principal : définitions
    Dans le cadre de l’exercice annuel de notification de leurs apports d’APD au CAD, il est demandé aux pays donateurs d’indiquer, pour chaque projet/programme, si celui-ci est orienté vers l’égalité des sexes comme objectif de la politique d’aide en s’appuyant sur un système de notation à trois valeurs :
    • Objectif principal (Marqueur 2) : l’égalité femmes-hommes constitue l’objectif principal du projet/programme et sa recherche détermine de façon fondamentale la conception de ce dernier et les résultats qui en sont attendus. Ce projet/programme n’aurait pas été entrepris en l’absence de l’objectif de l’égalité entre les femmes et les hommes.
    • Objectif significatif (Marqueur 1) : l’égalité femmes-hommes est un objectif important et délibéré du projet/programme mais elle ne constitue pas le principal motif de sa réalisation.
    • Non-orienté vers l’objectif (Marqueur 0) : le projet/programme a été examiné au regard du marqueur mais il n’a pas été constaté qu’il visait l’objectif de l’égalité femmes-hommes.

    Source : OCDE (2016)

     

    En moyenne entre 2023 et 2024, les 32 pays donateurs du CAD et les institutions de l’Union européenne se sont collectivement engagés à orienter 70,9 milliards de dollars US par an, soit 48,2 % de leurs engagements d’APD bilatérale, vers l’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des femmes et des filles. Sur cette somme, 6 milliards visent l’égalité en tant qu’objectif principal (4,1 % de l’APD bilatérale), et 64,9 milliards en tant qu’objectif significatif (44,1 % de l’APD bilatérale).

    Sur la même période, les membres du CAD ont décaissé en moyenne 60,7 milliards de dollars en faveur de l’égalité femmes-hommes, soit 43,8 % de leurs décaissements d’APD bilatérale ventilable, dont 6,3 milliards en soutien à des projets l’ayant pour objectif principal (4,5 %) et 54,4 milliards pour des projets l’ayant pour objectif significatif (39,3 %).

     
    Engagements, décaissements : clarification
    Outre la base de données détaillées, l’OCDE communique les montants d’APD en faveur de l’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des femmes exprimés en engagements, afin de refléter l’intention des pays donateurs. Ces engagements pouvant être pris sur plusieurs années, leur somme totale peut varier significativement d’une année à l’autre sans pour autant signifier un changement d’orientation, c’est pourquoi l’OCDE communique sur la moyenne de deux années.
     

    En volume, les donateurs ayant décaissé le plus d’APD en faveur de l’égalité femmes-hommes (Pays-Bas, Espagne, Islande, Irlande et Suède) ne sont pas les plus importants donateurs d’APD totale. Ce décalage met en évidence l’échec collectif à atteindre l’objectif international d’orienter au moins 85 % de son APD en faveur de l’égalité femmes-hommes. Seuls les Pays-Bas et l’Espagne ont consacré au moins 20 % de leur APD à la promotion directe de l’égalité.

     

    Des engagements en baisse pour l’égalité femmes-hommes

    Les engagements d’APD en faveur de l’égalité femmes-hommes suivaient une trajectoire ascendante jusqu’en 2023. Une baisse temporaire a été observée en 2021, un an après le début de la pandémie de Covid-19, période durant laquelle les pays donateurs ont concentré leurs ressources sur d’autres priorités liées à la crise sanitaire et ses répercussions économiques. Cette diminution a été inversée en 2022, lorsqu’ont été comptabilisés les engagements du Forum Génération Égalité, où les acteurs internationaux se sont collectivement engagés à mobiliser 40 milliards de dollars pour la promotion de l’égalité.

    Toutefois, le recul généralisé du financement de la solidarité internationale menace directement les financements en faveur de l’égalité femmes-hommes. Les engagements en la matière ont effet reculé de 15 % entre 2023 et 2024.

    Après plusieurs années de stagnation des décaissements en faveur de projets et programmes visant l’égalité femmes-hommes, une augmentation de 16 % est à noter entre 2023 et 2024, probablement liée à l’échéance de projets pluri-annuels.

     

    La France serait-elle en train de renoncer à son rôle de championne de la promotion de l’égalité femmes-hommes dans le monde ?

    La France se classe au 6e rang des pays donateurs d’APD genrée en montants et 16e en pourcentage, ayant alloué 50 % de ses engagements d’aide bilatérale à l’égalité femmes-hommes en moyenne en 2023-2024. 9 % des montants alloués visaient la poursuite de l’égalité de genre comme objectif principal (657 millions de dollars), et 41 % comme objectif significatif (3,1 milliards de dollars).

     

    La France a promulgué le 4 août 2021 une nouvelle loi pour encadrer sa politique d’aide au développement : la loi de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales. Cette loi consacre l’égalité femmes-hommes et filles-garçons en tant qu’objectif transversal de l’APD française. Elle prévoit ainsi que 75 % des projets financés par l’APD de la France aient comme objectif principal ou significatif l’égalité femmes-hommes (selon le marqueur genre de l’OCDE) d’ici 2025, dont 20 % l’aient pour objectif principal. Cet engagement aurait pu se traduire par 3,3 milliards d’euros alloués à la promotion directe de l’égalité en 2025, une somme cinq fois supérieure à celle consacrée en 2021. Pour autant, la France ayant depuis 2024 engagé des coupes massives dans son APD, cet objectif n’a pas été atteint.

    Alors que la France se distinguait auparavant par son niveau de soutien aux organisations et mouvements de défense des droits des femmes et institutions gouvernementales, partie intégrante de sa diplomatie féministe, la part qu’elle y a alloué a largement diminué entre 2022-2023 et 2023-2024. Alors qu’elle y consacrait 105 millions de dollars en moyenne en 2022-2023, elle y a consacré seulement 30 millions en 2023-2024, soit une diminution de 71 %.

     

    Pour aller plus loin
  • Development finance for gender equality and women’s empowerment : A snapshot (en anglais)
  • Rapport critique d’Oxfam : "Des projets en faveur de l’égalité femmes-hommes ?", février 2020
  • Rapport de Coordination SUD : "Diplomatie féministe : pour une APD genre à la hauteur des enjeux", février 2021
  • Base de données de l’OCDE : projets d’aide visant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (2002-2022) | OCDE
  • À LIRE AUSSI

    Égalité femmes-hommes - 17 juin 2026

    Entretien avec Sandra Ferrer, directrice de La Coordinadora, à l’occasion de la Ve Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes

    Dans un contexte marqué par la multiplication des conflits, le recul démocratique, les offensives anti-droits et les coupes dans l’aide internationale, Sandra Ferrer revient sur les défis auxquels sont confrontées les diplomaties féministes. Elle appelle à une redistribution du pouvoir et des ressources, à un soutien renforcé aux mouvements féministes et à la société civile, et à une coopération internationale fondée sur l’égalité, la justice et les droits humains.
    Diplomatie féministe (EFH) - 16 juin 2026

    Diplomaties féministes : que retenir de la 5e conférence ministérielle de Madrid ?

    Réunie à Madrid les 2 et 3 juin 2026, la 5e Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes a rassemblé environ 700 participant·e·s, dont des représentant·e·s de plus de 60 pays et de nombreuses organisations de la société civile. Les 28 États signataires de la déclaration politique finale y relient égalité de genre, démocratie, paix, droits humains et redevabilité, dans un contexte marqué par les conflits, les reculs démocratiques et les mobilisations anti-droits.
    Dossier spécial - 28 mai 2026

    Dossier spécial : Vᵉ Conférence sur les diplomaties féministes : construire la paix et la démocratie

    Partout dans le monde, les crises se multiplient et les institutions démocratiques font face à des tensions croissantes. Conflits armés prolongés, polarisation politique, remise en cause du multilatéralisme ou attaques contre les droits sexuels et reproductifs : les droits des femmes figurent souvent parmi les premières victimes des reculs démocratiques. Cette dynamique intervient alors qu’aucun […]
    Interviews - 28 mai 2026

    Entretien avec María Solanas, directrice des programmes du Real Instituto Elcano, à l’occasion de la Ve Conférence ministérielle sur les diplomaties féministes

    Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et la multiplication des atteintes aux droits des femmes, María Solanas analyse les défis auxquels la diplomatie féministe est aujourd’hui confrontée ainsi que les leviers nécessaires pour renforcer l’agenda « Femmes, paix et sécurité ».
    Interviews - 28 mai 2026

    Entretien avec Susana Ros, présidente de la Commission de l’Égalité du Congrès des députés d’Espagne, à l’occasion de la Ve Conférence ministérielle consacrée aux diplomaties féministes

    Dans un contexte international marqué par les reculs des droits des femmes et la montée des discours anti-genre, Susana Ros Martinez revient sur les priorités de la coopération féministe espagnole, les défis liés à son inscription dans la durée et le rôle du Parlement et des institutions internationales dans la défense de l’égalité et des droits humains.
    Égalité femmes-hommes - 07 avril 2026

    L’égalité de genre dans la philanthropie en France : état des lieux d’un engagement encore limité

    Comment expliquer le sous-financement persistant de l'égalité de genre par la Philanthropie ? Pour répondre à cette question, la Coalition pour une Philanthropie Féministe, regroupant de douze bailleurs, a mandaté l’Agence Phare pour analyser la place de l’égalité de genre dans la philanthropie française. Publiée en 2025, cette étude vise à identifier, quantifier et analyser les financements consacrés à cette cause. Synthèse des résultats clés de l’étude et pistes d’action.