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    Accès à la contraception dans le monde : état des lieux et défis actuels

    Publié le01/03/2024, modifié le03/03/2026.

    La réalisation universelle des droits sexuels et reproductifs est l’une des cibles visées par les Objectifs de développement durable (ODD). La cible 6 de l’ODD 5 a pour ambition d’ « assurer l’accès de tous aux soins de santé sexuelle et procréative et faire en sorte que chacun puisse exercer ses droits en matière de procréation ». Cet objectif s’inscrit dans la continuité du programme d’action adopté lors de la Conférence internationale sur la population et le développement tenue au Caire, en 1994, ainsi que du Programme d’action de Beijing, adopté en 1995, qui reconnaissent tous deux l’importance de favoriser l’accès universel aux services de santé sexuelle et reproductive.

    Cible 3.7 D’ici à 2030, assurer l’accès de tous à des services de soins de santé sexuelle et procréative, y compris à des fins de planification familiale, d’information et d’éducation, et la prise en compte de la santé procréative dans les stratégies et programmes nationaux »
    Cible 5.6 Assurer l’accès de tous aux soins de santé sexuelle et procréative et faire en sorte que chacun puisse exercer ses droits en matière de procréation, ainsi qu’il a été décidé dans le Programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement et le Programme d’action de Beijing et les documents finaux des conférences d’examen qui ont suivi
    La contraception désigne l’ensemble des méthodes utilisées pour empêcher une grossesse non désirée. On distingue les méthodes dites « traditionnelles » telles que le retrait ou le suivi du cycle menstruel, dont l’efficacité est limitée, et les méthodes « modernes » notamment la contraception hormonale, la contraception d’urgence, les préservatifs et les dispositifs intra-utérins.

    Toutefois, selon l’OMS, 164 millions de femmes en âge de procréer ne disposent pas d’un accès aux méthodes de contraception dont elles ont besoin (dernières données disponibles : 2021).

    D’une part, l’accès à la contraception contribue à l’autonomie corporelle des personnes. D’autre part, il participe à la réduction des risques associés aux grossesses non désirées. En limitant le recours aux avortements pratiqués dans de mauvaises conditions et en prévenant certaines complications liées à la grossesse, la contraception contribue directement à la diminution de la mortalité maternelle.

    Malgré son rôle central dans la réalisation de l’ODD 3 relatif à la santé et de l’ODD 5 consacré à l’égalité femmes-hommes, l’accès à la contraception demeure entravé par de multiples facteurs. La charge financière, mentale et logistique de la contraception repose essentiellement sur les femmes, accentuant davantage les inégalités en matière de planification familiale. En dépit de l’existence de méthodes de contraception masculine le recours à la contraception reste largement féminisée..

    L’accès à la contraception à travers le monde : repères historique et chiffres-clés

    • Années 1960 : Commercialisation de la pilule contraceptive aux États-Unis, en Australie, en Allemagne et en Grande-Bretagne. En France, la pilule devient légale en 1967.1979 : Adoption de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes qui reconnaît le droit des femmes à l’information sur les méthodes de contraception et à l’accès à l’éducation sexuelle et aux services de planification familiale.

    • Années 1990 : Commercialisation de la pilule abortive au Royaume-Uni en 1991, puis en Suède en 1992, avant une diffusion à plus de 90 autres pays.

    • 1994 : Conférence internationale pour la population et le développement qui appelle les États à faire de la santé sexuelle et reproductive une priorité des politiques publiques.

    • 1995  : Déclaration et Programme d’action de Beijing, qui reconnaissent le droit de chacun·e à une information complète sur les méthodes de planification familiale sûres, efficaces, abordables et acceptables.

    • 2003 : Adoption du Protocole de Maputo par l’Union africaine, reconnaissant le droit des femmes à contrôler leur fécondité et à choisir leur méthode de contraception.

    • 2007 : Le 26 septembre devient la Journée mondiale de la contraception.

     

    • Parmi les 1,9 milliard de femmes en âge de procréer (entre 15 et 49 ans) dans le monde :
    • En 2022, 874 millions de femmes dans le monde, soit 77,5 % des femmes en âge de procréer, utilisent une méthode de contraception moderne, contre 67% à 1990 ;
    • Chaque année, 74 millions de femmes vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire connaissent une grossesse non désirée.

     

     

    Un accès à la contraception moderne limité par de nombreux facteurs

    L’accès et l’utilisation de la contraception demeurent étroitement liés aux inégalités socio-économiques, territoriales et de genre. Le lieu de résidence et le niveau de vie du ménage peuvent ainsi favoriser ou, au contraire, freiner le recours aux méthodes de contraception.

    • Facteurs socio-économiques  : les populations défavorisées qui vivent en périphérie, en zone rurale et dans les bidonvilles sont généralement plus éloignées des services de planification familiale. Les jeunes femmes disposant de faibles revenus présentent ainsi des taux plus élevés de grossesses non désirées, notamment en raison du coût économique de la contraception. Dans les régions les plus développées, 7 % des femmes ont des besoins non satisfaits en matière de planification familiale contre 15 % des femmes dans les pays les moins avancés. Chaque année, 74 millions de femmes vivant dans des pays à revenu faible ou intermédiaire connaissent une grossesse non planifiée. Il en résulte 25 millions d’avortements pratiqués dans de mauvaises conditions et 39 000 décès maternels par an selon l’OMS. 
    • Disparités géographiques et insuffisance de services de planification familiale : les inégalités d’accès à la contraception se superposent aux disparités géographiques. La proportion des besoins non satisfaits atteint 25% sur le continent africain, 13 % en Asie du Sud-Est, 10 % en Europe, 8 % dans les Amériques, et 4 % dans le Pacifique occidental.
    • Qualité insuffisante des services disponibles : l’accès à des services de planification familiale de qualité et abordables est déterminant pour la réalisation des Objectifs de développement durable. Selon une étude de l’OMS menée aux Philippines, seules 3 % des femmes souhaitant retarder ou éviter une grossesse ont reçu des conseils contraceptifs lors de leurs dernières visites en établissement de santé. Cette situation contribue chaque année à plus de 600 000 avortements à risque dans le pays.
    • Impact de la pandémie Covid-19 sur l’accès à la planification familiale : la pandémie de Covid-19 a entraîné de lourdes perturbations dans la disponibilité et l’accès aux services de contraception, aux soins liés à l’avortement, aux dispositifs de prise en charge de personnes victimes de violences basées sur le genre, ainsi qu’au services de dépistage du VIH et des infections sexuellement transmissibles.
    • Obstacles sociaux et culturels à l’utilisation de la contraception : les rapports sociaux au sein des couples, les stigmatisations sociales et certaines croyances constituent autant de freins l’utilisation de la contraception. Le niveau d’instruction et l’éducation à la santé sexuelle jouent également un rôle central.
      • Les rapports de genre au sein d’un couple : la crainte d’un désaccord avec le conjoint peut dissuader certaines femmes de se rendre dans les centres de planification familiale. Selon les Enquêtes démographique et de santé, dans 34 pays depuis 2015, 14 % des femmes mariées n’utilisant pas de contraception déclarent que cette décision relève principalement de leur mari.
      • Stigmatisation sociale : dans les contextes où la contraception demeure un sujet tabou, les femmes non mariées recourent moins fréquemment à la contraception, par crainte d’être marginalisées. Par ailleurs, les hommes accompagnant leurs femmes dans les services de planification familiale peuvent faire l’objet de perceptions négatives, ces espaces étant parfois considérés comme « féminins ».
      • Motifs religieux : les croyances religieuses peuvent structurer les pratiques quotidiennes et influencer le recours, ou non, aux méthodes contraceptives. Certaines interprétation religieuses condamnent l’utilisation de contraceptifs modernes et peuvent véhiculer l’idée selon laquelle ces méthodes seraient associées à des risques pour la santé ou à des comportements jugés immoraux.
      • La crainte des effets secondaires : Selon une étude de l’OMS menée dans 36 pays, deux tiers des femmes sexuellement actives souhaitant retarder ou éviter une grossesse ont interrompu l’utilisation de la contraception, par crainte d’effets négatifs sur la santé et en sous-estimant le risque de grossesse. Une enquête de l’Institut Guttmacher indique par ailleurs que, dans 52 pays, un quart des femmes n’utilisent pas de contraception en raison de craintes liées aux effets secondaires, notamment la stérilité ou la dépression.

     

    Pour retrouver plus de données sur les inégalités femmes-hommes dans le monde, consultez notre article sur le recensement des bases de données sur les inégalités de genre dans le monde.

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