Financement du développement international : le poids décisif des pays du G7 à l’heure du désengagement
Publié le 07/04/2026.
Dossier Spécial : Présidence Française du G7
Retrouvez notre dossier spécial pour connaître les enjeux liés à la Présidence Française du G7 en 2026, comprendre les priorités politiques et suivre les dernières actualités.
Consulter le dossier spécial ➔En 2026, la présidence française du G7 En 2026 ambitionne de replacer les enjeux de financement du développement au cœur de l’agenda international. Dans un contexte de baisse brutale et inédite de l’aide publique au développement, ce décryptage, fondé sur les données de l’OCDE, analyse le poids des pays du G7 dans l’APD mondiale, l’évolution de leurs engagements et les priorités sectorielles qui orientent leurs financements.
Les pays du G7, piliers incontournables de l’aide publique au développement
En 2024, l’aide publique au développement (APD) de l’ensemble des pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE s’est élevée à 214 milliards de dollars, en baisse de 6 % par rapport à 2023. Ce recul marque un tournant historique après plusieurs années de hausse et devrait s’accentuer en 2025, avec une diminution estimée à 18 %, soit près de 40 milliards de dollars. Ce retrait brutal s’inscrit dans un contexte de contraction de l’espace budgétaire et de priorisation des dépenses domestiques dans plusieurs pays donateurs lorsqu’il n’est pas motivé pour des raisons idéologiques. Ainsi, vingt-deux pays sur les 32 que compte le Comité d’aide au développement de l’OCDE ont diminué leur effort financier dès 2024.
Malgré ce recul quasi généralisé, les sept pays du G7 conservent un rôle prépondérant : ils représentaient à eux seuls les deux tiers de l’APD mondiale en 2024 (67 %). Ce poids considérable confère au G7 une responsabilité particulière dans l’orientation des politiques de solidarité internationale, tant par les volumes de financement mobilisés que par les priorités sectorielles qu’il impulse.
Les États-Unis se distinguent comme le premier donateur (jusqu’en 2024, date des dernières données consolidées de l’OCDE, précédant la fermeture d’USAID intervenue début 2025), leur APD atteignant 65,5 milliards de dollars en 2024. L’Allemagne occupe la deuxième place (32,8 milliards), suivie du Royaume-Uni (18 milliards) et du Japon (16,5 milliards). La France se situe juste derrière avec 15,4 milliards de dollars, tandis que le Canada (7,4 milliards) et l’Italie (6,8 milliards) affichent des volumes plus modestes.
L’analyse de l’effort de solidarité internationale de chaque pays en proportion de sa richesse nationale (ratio APD/RNB) confirme un essoufflement marqué. Alors qu’ils sont censés respecter l’objectif de l’ONU fixé à 0,7 %, aucun membre du groupe ne l’atteint, l’Allemagne restant en tête avec 0,68 % malgré une chute importante par rapport à son pic de 2022 (0,85 %). Le Royaume-Uni (0,50 %) et la France (0,48 %) confirment leur désengagement progressif, tandis que les États-Unis, bien que premiers donateurs en volume financier, ferment la marche avec seulement 0,23 % de leur RNB consacré à l’APD.
De l’accélération des années 2000 au recul de 2024 : la trajectoire de l’APD du G7
L’évolution de l’APD des membres du G7 depuis 1976 révèle une tendance à la hausse, avec une accélération particulièrement marquée à partir des années 2000, interrompue en 2024. L’APD cumulée des pays du G7 représentait environ 40 milliards de dollars au début des années 2000, pour atteindre près de 165 milliards en 2022-2023 (en termes réels), avant un recul en 2024. Ces dynamiques reflètent à la fois des engagements politiques renouvelés, notamment autour des Objectifs du millénaire pour le développement en 2000 puis des Objectifs de développement durable en 2015, et des réponses ponctuelles à des crises humanitaires et géopolitiques majeures.
Ces engagements se heurtent désormais à un retournement brutal et historique. Les coupes opérées par l’ensemble des pays du G7 (hormis le Japon) pourraient ramener le niveau de leur APD plus d’une décennie en arrière. La coupe de près de la moitié de l’APD des États-Unis en 2025 a constitué un choc majeur pour le financement du développement à l’échelle internationale. En France, les réductions engagées depuis 2023 ramènent sa contribution à un niveau équivalent à celui de 2016, effaçant une décennie de progression. L’Allemagne, pourtant historiquement parmi les rares pays à respecter l’objectif de 0,7 %, s’en est écartée, tandis que le Royaume-Uni prévoit d’abaisser son effort à 0,3 % d’ici 2027, soit son niveau le plus bas depuis 1999.
Cette contraction significative des ressources aura des conséquences concrètes, en particulier dans certains secteurs clefs de la coopération internationale.
Des priorités sectorielles contrastées selon les pays
L’analyse de la répartition sectorielle de l’APD bilatérale des membres du G7 révèle des choix d’allocation sensiblement différents d’un pays à l’autre. Les infrastructures et services sociaux constituent le premier poste pour la majorité des membres, notamment la France, l’Allemagne et le Japon. L’aide humanitaire représente une part significative pour les États-Unis (avant la fermeture d’USAID intervenue début 2025) et le Royaume-Uni. Les soutiens aux gouvernements et aux acteurs de la société civile, les infrastructures économiques complètent le tableau selon des pondérations variables.
Les pays du G7 pèsent plus de la moitié des engagements bilatéraux du CAD dans des secteurs clés comme l’éducation, les politiques en matière de population et fertilité, ou encore l’aide alimentaire. Ils représentent en revanche une part plus faible dans des secteurs comme les communications ou les industries manufacturières, davantage soutenus par d’autres donateurs.
Au-delà des priorités sectorielles, la place des enjeux transversaux tels que l’égalité de genre ou le climat mérite également d’être étudiée.
L’égalité de genre : une priorité affichée, mais des trajectoires divergentes
Décryptage : Le G7 et l’égalité de genre
Découvrez notre analyse pour comprendre la place de l’égalité de genre dans l’agenda du G7 : une priorité politique régulièrement réaffirmée, mais dont les engagements concrets et les financements restent en dents de scie.
Lire le décryptage ➔L’engagement financier des pays donateurs en faveur de l’égalité de genre est reflété à travers le « marqueur genre » du CAD de l’OCDE. Il mesure la part de l’APD bilatérale de chaque pays donateur orientée vers des projets ayant l’égalité femmes-hommes pour objectif « principal » ou « significatif ». Depuis 2010, les données montrent une tendance à la hausse pour les membres du G7 (voir notre article dédié), qui demeurent toutefois en-deçà de la moyenne de l’ensemble des pays du CAD du fait de la faible implication des États-Unis.
L’OCDE mesure l’intégration de l’égalité femmes-hommes dans l’APD bilatérale grâce au marqueur genre du Comité d’aide au développement (CAD). Chaque activité est renseignée selon que la promotion de l’égalité de genre constitue son objectif principal, un objectif secondaire mais significatif, ou que l’égalité n’est pas ciblée.
Cet indicateur permet donc d’identifier les financements qui intègrent une perspective de genre, mais il ne correspond pas à une mesure d’impact : il renseigne la place accordée à l’égalité dans la conception des projets.
Source OCDE : comprendre le marqueur genre du CAD .
Le Canada et le Royaume-Uni se distinguent par leur prise en compte des enjeux d’égalité de genre, malgré une baisse importante depuis 2022 pour le Canada. L’Italie et l’Allemagne oscillent autour de la moyenne de l’OCDE, et l’Allemagne affiche des niveaux en progression depuis 2020. La France et le Japon, après une décennie de très faible engagement envers l’égalité de genre, ont rehaussé les moyens alloués pour rattraper la moyenne du CAD. Enfin, les États-Unis se démarquent par leur très faible prise en compte de cet enjeu, ce, avant même la décision de la nouvelle administration en 2025 de réintroduire et étendre la Global Gag Rule.
L’action climatique : une priorité réelle mais hétérogène
L’action des pays donateurs en faveur de la lutte contre les changements climatiques est mesurée à l’aide des « Marqueurs de Rio » du CAD de l’OCDE. Ceux-ci révèlent que sur la période 2020-2024, une part importante de l’APD bilatérale des pays du G7 a soutenu des actions climatiques, avec toutefois de fortes disparités entre pays et selon les objectifs financés.
L’OCDE mesure la contribution des pays donateurs à la mise en œuvre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques à l’aide de deux « marqueurs de Rio ». L’APD bilatérale est évaluée selon qu’elle contribue à l’atténuation du changement climatique et/ou à l’adaptation à ses effets. Chaque activité peut être notée objectif principal ou significatif selon la place qu’occupe l’objectif climatique dans le projet.
Ces marqueurs permettent de savoir si un financement contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre, à renforcer la résilience face aux impacts climatiques, ou aux deux à la fois. En revanche, ils ne décrivent pas une ventilation budgétaire exclusive : un même montant peut être compté en adaptation et en mitigation.
Source OCDE : comprendre les marqueurs de Rio et les statistiques climat du CAD .
Entre 2020 et 2024, les pays du G7 ont consacré environ un tiers de leur APD bilatérale à l’adaptation ou à l’atténuation des changements climatiques.
Derrière cette moyenne, les écarts entre pays restent marqués. Les États-Unis, malgré un volume total d’APD sans équivalent dans le groupe, consacrent une très faible part aux projets en faveur du climat. Sans les prendre en compte, la moyenne du G7 s’établit plutôt autour de 50 %. La France, l’Allemagne et le Japon sont les premiers bailleurs du G7 pour le climat. En particulier, l’Allemagne et le Japon sont particulièrement impliqués en faveur de l’atténuation, et la France se distingue par un niveau élevé dans les deux dimensions.
Le G7 face au défi de repenser l’aide en période de restriction
Ces données illustrent que la question de l’APD ne se résume pas à des volumes de financement. Les choix sectoriels, les modalités de mise en œuvre et l’intégration de dimensions transversales comme l’égalité de genre sont tout aussi déterminants pour l’efficacité et la cohérence de l’aide internationale. Or, c’est précisément au moment où ces arbitrages deviennent les plus critiques que les marges de manœuvre des donateurs se réduisent le plus drastiquement. La contraction historique de l’APD annoncée pour les années à venir impose une remise à plat des priorités et une coordination renforcée entre les membres du G7 : dans un contexte de raréfaction des ressources, la dispersion des efforts et l’incohérence des choix sectoriels auront un coût humain directement mesurable.
À l’heure où la présidence française du G7 remet ces questions au cœur des discussions internationales, l’enjeu ne se limite pas à enrayer la chute des volumes. Il s’agit de repenser en profondeur l’architecture du financement du développement et du climat, ses canaux, ses conditionnalités, ses effets de levier sur les financements privés et les ressources domestiques ainsi que ses sources de financements afin de préserver son ambition. La capacité des membres du G7 à traduire leurs engagements en orientations opérationnelles mesurables constituera le véritable test de crédibilité de cette présidence.
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📊 Données & Statistiques
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- 🔗 Base de données de l’OCDE sur l’APD par pays donateurs (CAD 1)
- 🔗 Base de données de l’OCDE sur l’APD par secteur (CAD 5)
- 🔗 Base de données de l’OCDE sur l’APD et l’égalité de genre
- 🔗 Analyse des financements climatiques des donateurs (en anglais) | Donor Tracker

