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    Le G7 et l’égalité de genre : une priorité en dents de scie

    Publié le 07/04/2026.

    Dossier Spécial G7 2026

    Dossier Spécial : Présidence Française du G7

    Retrouvez notre dossier spécial pour connaître les enjeux liés à la Présidence Française du G7 en 2026, comprendre les priorités politiques et suivre les dernières actualités.

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    En 2026, la France assure la présidence du G7, sept ans après le sommet organisé à Biarritz en 2019. Cette échéance intervient dans un contexte transformé : montée des régimes conservateurs, recul des droits des femmes et des filles, fragilisation du multilatéralisme et remise en cause de l’aide publique au développement. Et parmi les membres du G7, les États-Unis ne contribuent pas vraiment à simplifier l’équation…

    Cette présidence du G7 coïncide également avec les cinq ans du Forum Génération Égalité, organisé à Paris en 2021 pour accélérer les engagements mondiaux en faveur de l’égalité de genre.  

    Dans la continuité de son engagement en faveur d’une diplomatie féministe, réaffirmé lors de l’accueil de la quatrième conférence ministérielle sur les diplomaties féministes en octobre 2025, la présidence française du G7 intervient dans un contexte de recomposition des priorités internationales et d’évolution des politiques de financement et de coopération internationale. Dans ce cadre, la France est attendue sur sa capacité à inscrire cette présidence dans une perspective stratégique, en mobilisant le G7 comme levier de réponse coordonnée face aux reculs observés en matière de droits des femmes et des filles et de financements dédiés. Décryptage.

    Historique de l’égalité de genre comme thématique au G7

    L’égalité de genre constitue un axe récent de l’agenda du G7. Elle est officiellement intégrée comme priorité politique en 2018 sous la présidence du Canada, avec la création du Gender Equality Advisory Council (GEAC), chargé de formuler des recommandations aux chef·fe·s d’État et de gouvernement. En 2019, la France prolonge cette dynamique lors du 45e sommet du G7, en reconduisant le GEAC et en faisant de l’égalité entre les femmes et les hommes une priorité transversale de l’ensemble des travaux. L’accent est mis sur le renforcement des cadres législatifs, l’accès à l’éducation, l’autonomisation économique des femmes et la lutte contre les violences basées sur le genre.  

    Les présidences suivantes (Royaume-Uni en 2021, Allemagne en 2022, Japon en 2023, Italie en 2024, Canada en 2025) ont maintenu la thématique à l’agenda, avec des niveaux d’ambition variable. En 2026, l’approche tend à se structurer autour d’une intégration transversale, notamment via les discussions sur les politiques de développement, plutôt que par la tenue d’une réunion ministérielle spécifiquement dédiée au genre. 

    Depuis 2009, le G7 publie tous les trois ans un rapport complet d’évaluation des progrès réalisés sur l’ensemble de ses engagements en matière de développement, dont ceux consacrés à l’égalité de genre.. Dans ce cadre, la présidence française du G7 en 2019 a coordonné la publication du rapport de Biarritz sur les engagements du G7 en faveur du développement, qui dresse un état des lieux des progrès accomplis. 

    Depuis 2022, les mécanismes de suivi se sont également renforcés autour des questions d’égalité de genre avec la mise en place du G7 Dashboard on gender gaps. Développé par l’OCDE à la demande du G7, et publié annuellement, cet outil constitue le premier mécanisme de suivi et de redevabilité consacré aux engagements des pays du G7 en la matière. Il propose chaque année une série d’indicateurs comparables à l’échelle internationale permettant d’analyser les inégalités de genre dans différents domaines socio-économiques. Plusieurs rapports viennent alimenter ce dispositif, parmi lesquels le G7 Gender Equality Implementation Report 2023, et les Gender Dashboard on Gender Gaps 2024 et 2025

    Le G7 et le financement de l’égalité femmes-hommes

    Les membres du G7 demeurent des acteurs centraux du financement du développement. Ensemble, ils représentent historiquement plus des trois quarts de l’aide publique au développement (APD) mondiale et jouent un rôle d’impulsion pour mobiliser des financements publics et privés en faveur des Objectifs de développement durable. Leur influence s’est illustrée à travers leur contribution déterminante à des mécanismes multilatéraux comme le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ou le,Partenariat mondial pour l’éducation . 

     

    L’OCDE suit l’intégration de l’égalité femmes-hommes dans l’APD bilatérale grâce au marqueur genre du CAD. Chaque activité est notée selon que l’égalité de genre constitue un objectif principal, significatif ou qu’elle n’est pas ciblée.

    Cet indicateur permet donc d’identifier les financements qui intègrent une perspective de genre, mais il ne correspond pas à une mesure d’impact : il renseigne d’abord sur la place accordée à l’égalité dans la conception des projets.

    Source OCDE : comprendre le marqueur genre du CAD .

    La contraction brutale de l’aide publique au développement depuis 2024 fait peser un risque systémique sur le financement mondial de l’égalité femmes-hommes. Les pays du G7 concentrent 63 % des engagements d’APD genrée du CAD de l’OCDE, soit 44,9 milliards de dollars US par an en moyenne sur la période 2023-2024 (soit avant le désengagement des États-Unis en 2025). Ces acteurs constituent les principaux pourvoyeurs de financements internationaux en faveur des droits et de l’autonomie des femmes. Ils assurent notamment 65 % des financements dédiés à la santé reproductive, 85 % à la planification familiale, 66 % aux mouvements féministes et 66 % à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.  

    Or, les coupes massives annoncées dans l’APD européenne, combinées au désengagement des États-Unis de la solidarité internationale et à la réactivation du Global Gag Rule, annoncent un choc brutal pour ces secteurs essentiels. Le retrait, voire la disparition, des principaux bailleurs risque d’entraîner un effet domino, provoquant un recul historique des financements pour l’égalité de genre et compromettant directement l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) et l’éradication de la pauvreté.   

    Alors que la France occupe la présidence du G7 en 2026, un engagement politique fort et assumé est attendu de la part des acteurs de la société civile. Au titre de sa diplomatie féministe, la France s’est engagée à assumer une responsabilité particulière pour mobiliser la communauté internationale et donc le G7 autour de la préservation et du renforcement des financements en faveur de l’égalité femmes-hommes, tout particulièrement en matière de santé et de droits sexuels et reproductifs.Toutefois, l’égalité de genre ne fait pas cette année l’objet de travaux dédiés et pourrait, au mieux, être traitée de façon transversale.  

    Le Women 7 et la société civile 

    Dans le cadre du G7, plusieurs « groupes d’engagement  »  permettent d’associer la société civile et différents acteurs non gouvernementaux aux discussions gouvernementales. Parmi eux, le Women 7 (W7)est le groupe d’engagement officiel dédié à l’’égalité de genre. Il rassemble des organisations féministes, des réseaux de la société civile, des chercheur·euse·s et des expert·e·s issus des pays du G7 et au-delà, afin de formuler des recommandations politiques à destination des chef· fe ·s d’État et de gouvernement.  

    Le W7 porte les priorités des mouvements pour les droits des femmes dans l’agenda du G7, en promouvant des engagements concrets en matière d’égalité de genre, de justice économique, de droits et santé sexuels et reproductifs, ainsi que de financement du développement sensible au genre.  

    Dans sa déclaration aux membres du G7le W7 insiste sur le rôle central des associations féministes, à la fois comme actrices de terrain et comme piliers de la résilience démocratique, et appelle à un renforcement massif de leur financement, aujourd’hui en déclin. Elle invite également les États à mobiliser l’ensemble des acteurs (publics, privés et société civile) pour faire de l’égalité de genre une priorité politique. 

    Dans un contexte international incertain et à l’approche de la présidence américaine du G7 en 2027, le W7 appelle à saisir la présidence française comme une fenêtre d’opportunité pour consolider les engagements, éviter tout recul et structurer une réponse collective face aux attaques contre les droits des femmes. 

    Lire la déclaration du W7 : « Défendre l’égalité de genre et la solidarité internationale pour résorber les déséquilibres mondiaux »

    Capitaliser sur les bonnes pratiques : retour sur la présidence française du G7 en 2019

    La présidence française du G7 en 2019a placé l’égalité entre les femmes et les hommes au cœur de ses priorités diplomatiques. La France a articulé son action autour de trois objectifs principaux : la lutte contre les violences faites aux femmes, l’accès des filles à l’éducation et le soutien à l’entrepreneuriat féminin.  

    L’une des initiatives majeures fut le Partenariat de Biarritz, lancé lors du sommet organisé à Biarritz. Ce « bouquet législatif » proposait 79 bonnes pratiques en matière de lois favorisant l’égalité femmes-hommes dans quatre domaines : la lutte contre les violences, l’autonomisation économique, l’éducation et la santé, ainsi que la lutte contre les discriminations. Les États du G7 et d’autres pays partenaires étaient invités à s’engager à adopter ou à s’inspirer d’au moins une de ces mesures législatives. Dans ce cadre, plusieurs États, notamment le Chili, l’Australie et le Sénégal, ont présenté des engagements volontaires. 

    La présidence française a également conduit à l’adoption de la Déclaration sur l’égalité entre les femmes et les hommes et l’autonomisation des femmes, qui réaffirme l’importance de la participation des femmes à tous les niveaux de la société, notamment dans les processus de paix et de sécurité, conformément à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies sur les femmes, la paix et la sécurité. Cette priorité s’est également traduite par la Déclaration de Dinard sur les femmes, la paix et la sécurité, adoptée lors des réunions ministérielles préparatoires. 

    Par ailleurs, plusieurs initiatives financières ont été soutenues ou lancées dans le cadre du G7 2019. Un financement de 251 millions de dollars, dont 135 millions par la France, a été alloué à l’initiative Affirmative Finance Action for Women in Africa (AFAWA) de la Banque africaine de développement, destinée à améliorer l’accès des femmes entrepreneures africaines au financement et à réduire l’écart de financement entre hommes et femmes sur le continent.  

    La présidence française a aussi contribué au lancement du Fonds mondial pour les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits. La France a été le premier État à soutenir ce fonds avec une contribution de six millions d’euros, avant son lancement officiel à New York aux Nations unies en septembre 2019, avec l’objectif de mobiliser entre 50 et 100 millions de dollars. 

    Enfin, la France a également mis l’accent sur le rôle des organisations de la société civile et des défenseures des droits des femmes, notamment à travers la création du  Fonds de soutien aux organisations féministes (FSOF), doté de 120 millions d’euros. Ce fonds vise à soutenir les organisations féministes de la société civile dans les pays partenaires de la politique de solidarité internationale de la France. Il a pour objectif de renforcer les capacités techniques, financières et organisationnelles de ces organisations, afin de promouvoir l’égalité de genre et de soutenir les initiatives locales en faveur des droits des femmes et des filles.  

    Malgré ces avancées, de nombreux observateurs soulignent que les progrès en matière d’égalité de genre demeurent fragiles. La montée de mouvements opposés aux droits des femmes et à l’égalité de genre constitue notamment un défi croissant pour les politiques de diplomatie féministe. Afin de mieux comprendre ces dynamiques et disposer d’un panorama actualisé des inégalités entre les femmes et les hommes à l’échelle mondiale, Focus 2030 a réalisé un dossier spécial consacré à l’état des inégalités femmes-hommes dans le monde en 2026, qui rassemble analyses, données clés et contributions d’expert·e·s. 


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