L’opinion des pays du G7 sur les partenariats internationaux
Publié le 30/04/2026.
Enquête sondage de l’AFD – IFOP
Le 1er janvier 2026, la France a pris la présidence tournante du G7 le 1er janvier 2026. C’est donc la France qui accueillera le sommet du G7 à Évian du 15 au 17 juin 2026. Cette rencontre des dirigeants des pays du G7 sera axée sur « les grands défis actuels », en particulier les déséquilibres mondiaux, notamment macroéconomiques.
En amont de cette événement de portée internationale, l’Agence Française de Développement (AFD) a réalisé une enquête pour mesurer l’opinion des pays du G7 sur les partenariats internationaux. Ce sondage a été mené en partenariat avec l’IFOP entre le 3 et le 7 avril 2026, auprès d’échantillons représentatifs de la population adulte des sept pays du G7 (1000 personnes par pays).
Les résultats analysés dans cet article reflètent les opinions, connaissances et ressentis des citoyens issus de sept principales économies avancées à propos des politiques de développement et du principe de la solidarité internationale : le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Royaume‑Uni et les Etats-Unis.
Le rapport à l’actualité internationale
Une perception aiguisée et un intérêt assumé pour les enjeux internationaux
73% des personnes interrogées dans les sept pays du G7 déclarent avoir un « fort intérêt pour l’actualité internationale » (71% en France – 85% en Italie).
Invités à classer une liste d’enjeux internationaux (économiques, climat, sécurité, pauvreté & inégalités mondiales, migration, etc.), on peut identifier deux niveaux de priorités. A un premier niveau, les répondants ont désigné l’économie (60%), les guerres & conflits (58%) et autres enjeux de sécurité (56%), la malnutrition (50%) et le climat (47%) comme étant des enjeux majeurs.
A un second niveau de priorité, on remarque une série d’autres enjeux internationaux qui semblent être perçus comme un ensemble global indifférencié ce qui paraît témoigner d’une méconnaissance (partielle ou totale) de ces enjeux, de leur priorité et de leurs conséquences. On observe ainsi un écart maximum de 6 points de pourcentage entre la priorité minimale « Les campagnes de désinformation et de manipulation des opinions » (40% – 61% en France) et « La pauvreté et les inégalités dans le monde » (46% – 57% en France).
Un niveau de préoccupation élevé à l’égard des difficultés des pays en développement conjugué à la conscience de l’interdépendance entre tous les pays du monde
65% des personnes interrogées se sentent « concernés » par les difficultés des pays en développement (46% au Japon – 59% en France – 76% aux USA).
Parallèlement, en moyenne 64% des personnes interrogées réalisent à quel point le sort de tous les pays est interconnecté. Elles estiment que ce qui se passera dans les pays en développement pourra avoir un « impact important » sur leur propre vie (52% en Allemagne – 71% en France – 74% au Japon).
Perception et représentation de la coopération internationale
Une vision prometteuse des politiques de coopération internationale
A partir d’une liste de possibles définitions de la « politique de coopération internationale », en moyenne, 78% (71% en France) des personnes interrogées considère qu’il s’agit avant tout d’un « investissement de long terme dans l’intérêt des citoyens » (y compris ceux des pays donateurs) dès l’instant où « le monde est interconnecté ».
En second choix, les répondants ont sélectionné l’idée « d’obligation morale » (73% – 72% en France). En troisième et quatrième choix ex-aequo (71% – respectivement 63% et 64% en France), la définition des politiques de coopération internationale s’est portée sur une manière de gérer des problématiques à l’échelle planétaire :
- enjeux environnementaux : maitriser la gestion des ressources naturelles
- enjeux de santé : freiner la propagation des maladies infectieuses à l’échelle de la planète
La maitrise des flux migratoires ou le principe d’un « acte de charité » recueillent 65% d’adhésion (58% en France). A l’opposé, l’idée que la coopération internationale serait un « gaspillage d’argent public » est la représentation la moins souvent sélectionnée (49% – 57% en France).
Un plébiscite en faveur du droit international
En moyenne sur les sept pays sondés, 86% (90% en France) des personnes interrogées mettent en avant le respect du droit international parmi les obligations incombant à chacun de leur pays respectif.
Vient ensuite la nécessite de « se protéger d’abord » sur le plan économique (83% – 90% en France), puis de « coopérer avec un maximum de pays » (80% – 73% en France).
Malgré le fait que ce sondage a été réalisé dans une période où les conflits armés se multiplient, le fait d’avoir « une armée puissante » arrive en cinquième position sur six parmi les obligations attendues des pays du G7 (73% – 81% en France).
La moitié des citoyens des pays du G7 connaît le principe de l’aide publique au développement
Dans les sept pays sondés, 50% (46% en France – 66% au Japon) des personnes interrogées sont en mesure de répondre spontanément que l’APD est un système de financement public accordé aux pays en développement sous la forme de prêts ou de dons.
A contrario, l’autre moitié des répondants 50% s’égarent dans trois définitions erronées de l’APD. Cette question de sondage suggère que le principe des politiques de développement n’est connu que par la moitié des individus dans les pays du G7.
Une méconnaissance abyssale du montant de la richesse nationale consacrée à la coopération internationale
En interrogeant les citoyens des sept pays du G7 sur la part du budget national consacrée à la coopération internationale, seuls 2% des personnes interrogées sont capables de donner la bonne réponse, à savoir que la part consacrée par les États est inférieure à 1% du budget national.
La répartition des réponses obtenues dans cette question est si fantasque qu’elle démontre une parfaite ignorance de la dimension économico-financière des sommes consacrées à la coopération internationale.
- 36% (29% en France – 47% aux Etats-Unis) des personnes interrogées s’imaginent que leur État donne plus de 20% du budget national.
- Un quart des répondants (28% en France – 41% en Italie) pensent que la part consacrée à la coopération internationale se situe entre 1% et 5% des budgets de chaque État.
47% des citoyens des pays du G7 se sentent « informés » sur la politique de coopération internationale
Cette proportion souffre de grande disparité selon les pays interrogés, ce qui peut justifier, en partie au moins, la mauvaise connaissance (ou connaissance partielle) des politiques de coopération internationale.
C’est en France que les personnes interrogées sont les moins nombreux à se sentir informés (28%). A l’inverse, c’est aux Etats-Unis que les répondants déclarent être « bien informés » (62%), soit un delta de 34 points de pourcentage avec la France et de 31% points avec les citoyens japonais.
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Soutien à la coopération internationale
75% des citoyens des pays du G7 adhèrent au soutien des pays en développement
Si en moyenne trois quart des personnes interrogées dans les pays du G7 adhèrent au principe que leur propre pays soutienne les pays en développement, on observe un écart maximal de 19 points de pourcentage en fonction des pays interrogés.
Dans le détail c’est en France que l’adhésion à la solidarité/coopération internationale est la moins marquée (66%) et à l’inverse en Italie où le soutien aux pays en développement est le plus fort (84%).
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Une majorité de citoyens veulent maintenir le budget de l’aide publique au développement
En moyenne sur les sept pays interrogés, 54% (50% en France – 71% au Japon) des individus souhaitent que le budget consacré à l’APD soit « maintenu au même niveau ».
Une petite proportion (13% – 10% en France – 19% en Italie) souhaitent que ce budget soit augmenté, tandis qu’un tiers des personnes interrogées (40% en France – 16% en Italie) estiment que l’APD doit être réduite.
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De l’importance d’être informé sur les résultats tangibles de la coopération internationale
Deux arguments de transparence et de clarté se dégagent quand il s’agit de renforcer l’adhésion citoyenne à la coopération citoyenne. Les individus interrogés déclarent qu’ils veulent avant tout être tenus informés de l’utilisation des sommes attribuées à la coopération internationale (81% – 90% en Italie). Ils veulent aussi voir les résultats concrets sur le terrain (79% – 90% en Italie).
Autrement dit, le principe de la coopération internationale n’est pas remis en question, en revanche les citoyens insistent sur un impératif de transparence/information sur les politiques de coopération menées. Ils veulent aussi s’assurer de la pertinence des efforts fournis. Ces deux arguments fonctionnent de façon plutôt analogues quel que soit le pays interrogé.
La réciprocité des bénéfices de la coopération internationale (« démontrer l’utilité pour notre propre pays ») est moins souvent sélectionnée (75% – 86% en Italie). De même, le fait de concentrer l’aide sur un nombre limité de priorités (68% – 73% en France) est l’argument le moins convainquant en moyenne sur les sept pays.
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Une perception de l’efficacité du soutien au développement à géométrie variable
En moyenne dans les pays du G7, 60% des personnes interrogées jugent que le soutien aux pays en développement est efficace.
Cette opinion souffre de grandes disparités suivant les pays interrogés. En l’occurrence, l’efficacité est moins souvent perçue par les citoyens européens. Le pourcentage oscille entre 37% en France à 52% au Royaume-Uni, tandis qu’il s’élève à 66% au Canada, 68% aux Etats-Unis, jusqu’à 69% au Japon.
Graph page 31 (avec détail par pays)
Un impact positif du financement du développement sur le rôle international des pays du G7 et sur les bénéfices en matière de santé mondiale
L’impact positif du financement du développement est alternativement perçu comme un bénéfice pour l’influence internationale des pays financeurs (63% – 56% en France) et comme une réponse attendue en matière de santé mondiale (59% – 60% en France).
En revanche, l’impact positif du financement du développement sur l’économie des pays donateurs ou sur les phénomènes migratoires mondiaux recueille respectivement le moins d’adhésion (45% – 58% en Italie).
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Le G7 est perçu comme un échelon pertinent de la coopération internationale
En moyenne, parmi une liste de quatre item, 46% (36% en France) des personnes interrogées dans les sept pays considèrent qu’agir en matière de coopération internationale à l’échelon des pays du G7 est le plus pertinent.
L’échelon national n’est sélectionné que par 20% des individus (15% en France).
De plus près on observe surtout que 22% des répondants (26% en France) ne sont pas en mesure de répondre à cette question interrogeant l’échelon idéal pour agir en matière de coopération internationale. Ce pourcentage démontre une difficulté à se figurer les mécanismes à l’œuvre en matière de politiques de développement à l’échelle du monde.
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Désaveu marqué du désengagement des grandes puissances
Une écrasante majorité des personnes interrogées dans les sept pays du G7 (78%) considèrent que le désengagement des grandes puissances des instruments de coopération multilatérales (APD, OMS, Accord de Paris, etc.) aura des conséquences importantes.
Ces réponses plutôt homogènes dans les sept pays (jusqu’à 84% en Italie et 85% au Japon) soulignent une large adhésion au multilatéralisme, sans pour autant faire référence au nom. Il semble partagé par tous les individus que les enjeux mondiaux doivent se régler à l’échelle mondiale, notamment par la contribution ou l’engagement des pays les plus dotés au bénéfice de tous, en particulier au bénéfice des pays les moins pourvus.
Le taux de désapprobation à l’égard de ce désengagement est également très marqué selon qu’il s’agit :
- De la réduction de la solidarité internationale par la réduction de l’APD (Allemagne, Royaume-Uni, France) : 55%
- De la fermeture de l’USAID (Etats-Unis) : 61%
- Du retrait des Etats-Unis d’instruments internationaux tels que l’Accord de Paris ou l’OMS : 63%
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Du fait du désengagement des pays Européens et des Etats-Unis, pour financer le soutien aux pays en développement :
- 72% des personnes interrogées sont favorables à ce que les pays émergents comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou la Turquie prennent une place prépondérante.
- 66% sont favorables à ce que les grandes fondations privées, comme la Fondation Gates, prennent une place prépondérante.
Priorités géographiques et sectorielles
Soutenir l’Afrique sub-saharienne doit être la priorité des politiques de coopération
Parmi les régions du monde perçues comme prioritaires en termes de coopération internationale, les personnes interrogées dans les pays du G7 ont d’abord sélectionné l’Afrique Centrale et de l’Ouest (16% – 20% en France), puis les pays d’Afrique lusophones et anglophones (13% – 7% en France).
Le groupe des pays voisins de l’Europe (Europe de l’Est, Balkans, Caucase, Turquie, etc.) est classé troisième région prioritaire des aides ou des investissements solidaires à destination des pays en développement (12% – 18% en France).
Graph carte du monde ou barres ? (le plus simple) pages 40&41
Contribuer à la paix dans le monde est perçu comme la priorité des politiques publiques de coopération
Concernant les priorités des politiques publiques de coopération à l’avenir, les personnes interrogées dans les pays du G7 ont sélectionné en premier les enjeux de stabilité et de paix dans le monde (35% – 46% au Japon).
A un second niveau de priorité (-14 points de pourcentage par rapport à la stabilité/paix), les répondants ont sélectionné le renforcement du rôle respectivement de chaque pays du G7 au plan international (21% – 17% en Allemagne & Italie).
On mesure un même niveau de priorité pour des enjeux internationaux tels que la « lutte contre les inégalités dans le monde » et la lutte contre le dérèglement climatique, ou pour des enjeux nationaux tel que « favoriser l’accès à des marchés internationaux aux entreprises de votre pays ».
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A titre personnel, les citoyens du G7 sont particulièrement enclins à s’engager pour lutter contre la famine/malnutrition et pour les catastrophes naturelles
Quel que soit le type d’engagement (pétition, dons, etc.), parmi une liste de onze causes internationales, les personnes interrogées dans les pays G7 ont classé la « lutte contre la famine et la malnutrition » (68% – 53% au Japon) et « les catastrophes naturelles » (67% – 58% au Japon) comme étant les deux thématiques les plus susceptibles de susciter leur adhésion.
Ces résultats sont plutôt homogènes quels que soient les pays interrogés, sauf au Japon. En troisième ou quatrième position, on retrouve ex-aequo les enjeux de santé mondiale (épidémies/crises sanitaires) et les enjeux de « pauvreté et d’inégalités dans le monde ».
Cette question interrogeant l’engagement personnel diffère des questions portant sur ce que doit être la coopération internationale. En regardant ce qui est susceptible de générer un engagement personnel, les enjeux liés aux conflits armés sont classés en avant dernière position (56% – 43% au Japon), juste avant les enjeux migratoires (53% – 38% au Japon).
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