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    Entretien avec Élise Dufief, responsable de recherche à l’IDDRI et membre du T7 à l’occasion de la Présidence française du G7

    Publié le 11/06/2026.

    Élise Dufief : Le G7 s’est en effet engagé à poursuivre les réformes de l’architecture internationale du financement du développement entamé sous des présidences précédentes du G20 notamment (dont Italie, Inde, Brésil). Des progrès ont été accomplis mais la mise en œuvre reste encore partielle. De plus, ces réformes font face à un changement d’environnement historique, les pays du G7 effectuant des coupes budgétaires majeures dans leur aide au développement, tout en renforçant une certaine logique transactionnelle avec les pays partenaires qui eux se mobilisent pour avancer par ailleurs.

    Dans ce contexte de remise en cause du fonctionnement actuel du système international du financement pour le développement, le T7 s’est notamment penché sur le rôle que peuvent jouer les banques publiques de développement, institutions à la croisée des sujets de solidarité et d’investissement. Piliers majeurs d’un écosystème en évolution, visant à intégrer plus d’acteurs et à dépasser la simple APD, ces banques représentent à la fois des ressources incontournables mais sous exploitées car fragmentées. Dans cette perspective le T7 renouvelle les appels à un fonctionnement de ces banques en système intégré plus efficace.

    Cela implique de poursuivre les réformes engagées par les banques multilatérales de développement, tout en embarquant le réseau plus large des banques publiques de développement, permettant de jouer sur les échelles internationales, européennes, régionales et nationales. Deux recommandations principales sont formulées, axant sur la mise en œuvre : 1/ améliorer la collaboration sur la préparation de projets et la mise en œuvre ; 2/ développer une offre de financement intégrée pour réduire le coût des risques.

    Ces mesures visent à mobiliser de manière plus coordonnée les acteurs financiers en mobilisant aussi le type de financement adéquat en réponse aux priorités des pays. Le T7 propose ainsi que les pays du G7, à la fois en tant que « détenteurs » de banques nationales de développement et actionnaires majeurs de banques régionales et multilatérales (Les pays du G7 détiennent en moyenne 40% des votes en tant qu’actionnaires des banques multilatérales de développement, ce qui leur donne un poids important dans la gouvernance stratégique de ces institutions), se saisissent de cet agenda pour compléter celui du G20 et appuyer la dynamique portée par le réseau des banques FICS.


    Élise Dufief : Sur le fond, le communiqué de la ministérielle développement donne déjà de grandes indications sur les engagements et livrables G7, parmi lesquelles la mise en place d’une approche du financement du développement qui dépasse la simple APD pour intégrer d’autres dimensions et types de ressources dont celles du secteur privé ou des ressources intérieures. Le communiqué acte également d’une structuration des relations entre pays autour de partenariats dits mutuellement bénéfiques dont les grands principes sont posés mais qui restent encore à définir en pratique. Enfin, ces engagements s’accompagnent d’un retour de l’agenda de l’efficacité de l’aide dans un souci d’utilisation adéquate de ressources publiques raréfiées (car sous pression d’enjeux électoraux nationaux relativement éloignés des sujets de solidarité internationale). Les pays du G7 s’engagent ainsi à mieux cibler (sans nécessairement augmenter) les fonds concessionnels à destination des pays vulnérables ne disposant pas véritablement d’alternatives.  

    A ce stade, l’enjeu n’est donc pas tant de multiplier les engagements, plutôt que de s’assurer de leur mise en œuvre effective, ce qui implique des prises de responsabilités politiques et un décloisonnement des sujets permettant d’assurer une cohérence des politiques publiques ainsi que des mécanismes clairs d’allocation des fonds. Pour être crédible, le G7 va devoir à nouveau surmonter ses propres fragmentations et celles du monde du financement du développement au sens large, pour remettre la coopération au cœur de son action. Les montées en tensions et multiplications de crises auxquelles le monde fait face dans diverses parties du globe rappellent non seulement les interdépendances fondamentales qui façonnent la scène internationale et soulignent d’autant plus le besoin de coopération à une plus large échelle.

    Mais cette coopération et articulation des acteurs et des enjeux ne vont pas de soi. Le G7 lui-même, en perte d’influence économique et politique, voit sa pertinence remise en question et bousculée par des forces opposées. D’un côté, le peu d’appétence montré par les Etats-Unis sur ces enjeux de solidarité internationale et lutte contre le changement climatique ; de l’autre des États qui comptent (comme les BRICS et autres leaders continentaux régionaux) mais ne trouvent pas ou plus leur place dans les espaces formels actuels et créent donc les leur autour de leurs problématiques prioritaires (de l’accès aux financements du développement, à des mécanismes de résilience aux changements climatiques, en passant par la création de valeur en aval des chaînes de production). C’est donc en capitalisant sur ces processus qui dépassent le G7 et proposent d’autres manières d’appréhender les sujets, à des échelles plus régionales, que des réponses satisfaisantes pourront être apportées. Le Sommet d’Evian offre encore la possibilité pour ce groupe de pays de signaler sa capacité à s’ouvrir et créer des passerelles avec d’autres en partant de leurs priorités pour être plus représentatif des dynamiques actuelles du monde et le façonner activement, ou bien de risquer de tomber en désuétude, incapable de s’adapter aux bouleversements en cours.


    Élise Dufief : De fait, la réduction historique de l’APD annoncée pour les années à venir et les contraintes globales qui pèsent sur la finance publique imposent une remise à plat des pratiques en matière de financement du développement. Toute dispersion ou incohérence a un coût, exacerbé dans le contexte actuel. La dynamique est donc en effet à plus se pencher sur la qualité des financements mobilisés, pour maintenir une ambition globale incarnée par les ODD et l’Accord de Paris, tout en répondant aux besoins identifiés par les pays eux-mêmes.

    Les processus en cours qui se penchent sur le futur de la coopération internationale et de son financement doivent intégrer une meilleure prise en compte des besoins des pays. Ce futur ne peut se dessiner sans eux, au risque de faire face à des rejets (Sahel), de reproduire des logiques d’extraversion et des déséquilibres de pouvoir (deals santé/mines), ou de renforcer des situations non soutenables (crise de la dette) qui ont contribué aux impasses actuelles.

    On identifie ainsi des injonctions multiples et parfois contradictoires dans les appels renouvelés à la mobilisation de financements et investissements dit rentables, ancrés sur les réalités des pays, tout en étant capables de répondre à des exigences socio-environnementales ambitieuses. L’articulation de ces priorités ne va pas de soi et requiert plusieurs étapes. Tout d’abord, cela passe par une meilleure connaissance des besoins des pays. Les investissements publics et privés ont davantage de chances de produire des effets durables lorsqu’ils s’inscrivent dans des plans nationaux intégrant ces enjeux multiples sur le temps long. Cela passe ensuite par une réflexion sur l’identification des canaux de financement adaptés à ces besoins. Une telle approche limite par exemple la pertinence de l’aide liée, et ouvre la possibilité de flécher des financements vers les secteurs d’importance pour le pays mais difficiles à financer. En ce sens, la rentabilité n’est pas qu’économique (au sens où l’entend le secteur privé) mais aussi développementale. Cela suppose par ailleurs d’apporter une certaine prévisibilité des fonds à l’encontre de logiques de décaissements ou projets à court terme, pour au contraire penser le temps long et les transformations structurantes. A titre d’exemple, certaines banques publiques de développement intègrent désormais les ODD et dans leurs plans à long terme et adoptent une approche visant à intégrer des dimensions socio-économiques équitables et compatibles avec le climat dans leurs décisions de financement et leurs cycles de projets, mais trop peu le font encore à l’échelle de leurs pays d’intervention. Enfin, une meilleure qualité des financements et investissements pour le développement ne saurait faire l’économie de mécanismes de pilotage et de suivi renforcé permettant de mesure l’impact sur le terrain et pour les financeurs. Les demandes de meilleure compréhension de l’efficacité des financements mobilisés paraît tout à fait légitime mais ne peut se faire que si des processus de priorisation des fonds et de méthodes de suivi et d’évaluation sont connus, partagés et soutenus. Ces dimensions constituent un véritable test de la logique d’efficacité et de partenariat mutuellement bénéfique prônée par les pays du G7 qui ont donc ainsi l’occasion de montrer l’exemple.

    NB : Les opinions exprimées dans cet entretien ne reflètent pas nécessairement les positions de Focus 2030.

  • Cet article fait partie du dossier spécialG7 2026
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