Entretien avec Corentin Martiniault, chargé de plaidoyer et d’analyse à Coordination SUD et représentant du C7 à l’occasion de la Présidence française du G7
Publié le 11/06/2026.
Cet entretien fait partie du dossier spécial G7 France 2026
Retrouvez dans ce dossier spécial des repères, des analyses et des ressources pour suivre la présidence française du G7, ses priorités, les principaux rendez-vous de 2026 et les enjeux liés au développement, à la solidarité internationale et à la gouvernance mondiale.
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Focus 2030 : À l’approche du Sommet d’Évian, quelles sont les principales attentes des acteurs de la société civile réunis au sein du Civil 7 (C7) vis-à-vis des pays du G7 ?
Corentin Martiniault : Le Civil 7 a présenté ses deux principales attentes au président de la République ce mercredi 10 juin, à l’occasion d’une rencontre avec les différences groupes d’engagement.
La première concerne sans surprise la question de la place de la société civile et son rôle dans la défense d’enjeux majeurs jusqu’à présent quasi absents des travaux du G7 : le climat, la défense des droits et de l’égalité de genre, et le respect du droit international et du droit international humanitaire. Cette attente était très forte et a malheureusement déjà été manquée par le gouvernement français. En effet, les conditions de dialogue ont été particulièrement dégradées, peu de rencontres ont eu lieu avec les représentant-es du gouvernement, mais surtout aucune rencontre n’a pu être organisée avec le sherpa français et le C7 n’a pas eu accès aux discussions techniques sur les sujets tels que le développement ou l’économie.
Enfin, la seconde demande de la société civile concerne l’approche du G7 en matière de financement du développement. Les discussions se refusent pour le moment à adresser la crise de la dette des pays du Sud ou d’évoquer les négociations en cours sur la coopération fiscale internationale. Sur le sujet du développement, le G7 tente de définir une nouvelle approche centrée sur les partenariats internationaux et les intérêts mutuels mais reste vague et ne propose de pas de solution face à la chute brutale des financements. Le C7 appelle les États à clairement aligné leurs partenariats sur le développement humain et ses piliers que sont la protection de la planète et la protection des droits humains, pour améliorer les conditions de vie des populations vulnérables et en ne laissant personne de côté. La question des moyens est bien évidemment cruciale car cet agenda a besoin de financement pour développer l’accès aux services essentiels (santé, éducation, protection sociale, eau et assainissement) et pour soutenir l’action menée sur le terrain par les organisations de la société civile (aide humanitaire, prévention des épidémies, promotion de l’égalité de genre, etc.).
Focus 2030 : L’aide publique au développement a observé un recul historique de 23 % en 2025. Alors que les pays du G7 sont responsables de 96 % de ces coupes, quelles pistes le C7 envisage-t-il pour mobiliser de nouvelles sources de financement du développement ?
Corentin Martiniault : Le recul de l’APD doit être arrêté urgemment, les conséquences sont déjà dévastatrices pour les populations (jusqu’à 22 millions de décès supplémentaires d’ici à 2030 si rien n’est fait) et prive les pays vulnérables et la communauté internationale des moyens répondre aux défis mondiaux, comme le montre la situation actuelle en RDC avec la reprise virulente d’Ébola. Le C7 rappelle que la quasi-totalité des États membres du G7 se sont engagés à y allouer 0,7 % de leur richesse nationale. C’est une question de priorité politique et budgétaire, ainsi qu’une question de mobilisation de nouvelles ressources.
La France a expérimenté jusqu’en 2025 des contributions solidaires sur des secteurs économiques ayant un fort impact négatif sur le climat et le développement humain, c’est le cas du secteur de l’aviation et des marchés financiers. Deux taxes ont été créées au début des années 2000 et ont permis de générer d’importantes ressources pour le développement, ce mécanisme pourrait être rétablis en France et promu auprès des autres États du G7. D’autres pistes sont évoquées au niveau international sur le secteur maritime et de l’aviation, des secteurs par ailleurs très faiblement taxés.
Par ailleurs, la société civile attend également que les pays du G7 à s’attaquent aux causes profondes du sous-financement, en soutenant et contribuant à une réforme de la gouvernance internationale et de l’architecture financière dans les domaines de la dette, de la fiscalité et du développement. C’est pour cette raison que le C7 appelle à une réforme internationale et à un allègement de la dette souveraine, afin de créer un mécanisme multilatéral de restructuration contraignant et transparent et de faciliter des restructuration justes et rapides. Sur le volet de la fiscalité, les discussions en cours à l’ONU sur l’élaboration d’une convention-cadre sont prometteuses car elles pourraient permettre une répartition équitable des droits d’imposition, une lutte renforcée contre la fraude fiscale et les flux financiers illicites, une transparence accrue grâce à des registres publics mondiaux des actifs et des bénéficiaires effectifs, un relèvement de l’imposition mondiale des sociétés à 25 % et une taxe mondiale sur les personnes les plus fortunées.
Focus 2030 : La présidence française du G7 met en avant une coopération internationale fondée sur des partenariats plus équilibrés et la promotion d’intérêts mutuels partagés. Comment les acteurs de la société civile appréhendent-ils cette évolution, et quelles conditions identifient-ils pour qu’elle permette de renforcer l’efficacité, la redevabilité et l’appropriation des politiques de développement par les pays partenaires ?
Corentin Martiniault : Les organisations de la société civile soutiennent la volonté affichée par la présidence française du G7 de promouvoir des partenariats plus équilibrés fondés sur des intérêts mutuels. Toutefois, le C7 met en garde sur les risques d’une instrumentalisation de l’aide publique au développement (APD) au service d’intérêts politiques, diplomatiques ou économiques des pays donateurs. L’APD fait aujourd’hui l’objet de multiples tentatives de redéfinition qui tendent à renforcer une logique transactionnelle, et qui fragilisent la confiance, la transparence et l’efficacité de la coopération internationale. Des partenariats réellement équilibrés supposent que l’aide demeure centrée sur ses objectifs initiaux, c’est à dire la réduction des inégalités et la lutte contre la pauvreté, sans conditionnalités.
Pour être efficaces et durables, les politiques de développement doivent être définies à partir des besoins et des priorités identifiés localement, plutôt qu’en fonction des agendas politiques ou stratégiques des bailleurs. A cet égard, les OSC jouent un rôle central dans l’identification des besoins des populations, la fourniture de services essentiels, la participation citoyenne et le suivi de l’action publique. Leur contribution doit être reconnue et soutenue à travers des financements plus accessibles, flexibles, pluriannuels et directement orientés vers les actrices et acteurs nationaux et locaux. Enfin, l’efficacité passe par des mécanismes solides de transparence et de redevabilité. Les organisations de la société civile doivent pouvoir participer pleinement au suivi, à l’évaluation et à la redevabilité des engagements pris par les États, pour garantir des résultats durables et répondant aux priorités des populations concernées.
Le C7 rappelle également que des partenariats plus équilibrés nécessitent des évolutions plus profondes de la gouvernance mondiale. Cela implique notamment de renforcer la représentation et l’influence des pays du Sud global dans les instances économiques et financières internationales mais aussi de progresser sur les enjeux liés à la dette souveraine et à la coopération fiscale internationale. Ces réformes sont essentielles pour permettre aux pays du Sud de disposer de marges de manœuvre accrues dans la définition et le financement de leurs propres priorités de développement. À titre d’exemple, dans plusieurs pays africains, le service de la dette absorbe aujourd’hui davantage de ressources publiques que certains secteurs sociaux essentiels, réduisant ainsi la capacité des États à investir dans des politiques de développement répondant aux besoins de leurs populations.
NB : Les opinions exprimées dans cet entretien ne reflètent pas nécessairement les positions de Focus 2030.
Cet entretien fait partie du dossier spécial G7 France 2026
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