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    3 questions à Maria Grazia Panunzi, Présidente et Responsable plaidoyer, AIDOS

    Publié le 01/03/2024.

    À l’approche du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, et dans le cadre de son dossier spécial consacré à l’état des inégalités dans le monde en 2024, Focus 2030 souhaite mettre en avant les personnalités qui participent chaque jour à la réalisation de l’égalité des genres.

     

    AIDOS – Associazione Italiana Donne per lo Sviluppo (Association italienne des femmes pour le développement) œuvre pour les droits, la dignité et la liberté de choix des femmes et des jeunes filles dans le monde entier.

    Entretien avec Maria Grazia Panunzi, Présidente et responsable plaidoyer, AIDOS

    Focus 2030 : L’Italie n’a pas officiellement adopté de politique étrangère féministe, et les actions du gouvernement conservateur actuel ne laissent pas présager l’adoption de mesures en ce sens. Dans ce contexte, l’Italie assure la présidence du G7 cette année, dont la rencontre des chef·fe·s d’Etat se tiendra du 13 au 15 juin 2024 à Borgo Egnazia. Quel rôle jouera l’inégalité des genres dans l’agenda du sommet ? Pouvez-vous nous en dire plus sur le W7, le groupe d’organisations de la société civile promouvant les droits des femmes dans cette arène ? Quelles sont vos ambitions dans ce contexte ?

    Maria Grazia Panunzi : L’égalité des genres constitue l’une des priorités du G7 italien. Cette priorité se concrétisera via la prise en compte de différentes thématiques : l’élimination de la violence basée sur le genre et toutes les formes de discrimination ; la promotion de la participation des femmes aux processus de prise de décision politique ; l’écart salarial entre les genres ; l’accès aux soins de qualité ; l’impact du changement climatique sur la vie des femmes ; les liens entre guerre et sécurité alimentaire.

    Le Women 7, créé en 2018, est l’un des groupes d’engagement officiels du G7. Il se concentre sur l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, rassemblant des associations de différents pays, y compris de pays qui ne font pas partie du G7. La mission du groupe est d’attirer l’attention sur l’égalité en tant que question spécifique et thème transversal dans le travail du G7. Cette transversalité se manifeste à travers plusieurs questions clés, telles que la lutte contre les stéréotypes de genre, l’accès à l’éducation, avec un accent sur les disciplines STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques), l’accès à la santé et, en particulier, à la santé sexuelle et reproductive. L’égalité des genres est étroitement liée à la lutte contre la pauvreté, et les problèmes que nous avons mentionnés sont vitaux pour réduire la pauvreté, en particulier pour les femmes qui font souvent face à des formes multiples et interconnectées de discrimination.


    Nous avons un groupe consultatif composé de 72 personnes issues de 30 pays, qui élaborent un communiqué du W7 qui sera remis à la Première ministre italienne et à d’autres représentants institutionnels lors du sommet W7 les 8 et 9 mai 2024 à Rome.

    Je pense qu’il est important de ne pas revenir sur les positions exprimées par la présidence japonaise du G7 sur l’égalité des genres et les droits des femmes, qui s’était engagée « à travailler avec tous les segments de la société pour assurer la participation complète, égale et significative des femmes et des filles dans toute leur diversité et des personnes LGBTQIA+ en politique, dans les affaires, dans l’éducation et dans tous les autres domaines de la société, et d’intégrer systématiquement l’égalité des genres dans tous les domaines politiques. »

    Il est crucial d’avoir des actions et des initiatives concrètes soutenues par des ressources financières adéquates pour contribuer à la réalisation de l’Objectif 5 de l’Agenda 2030 pour le développement durable et pour augmenter l’aide publique au développement (APD) des pays du G7 en faveur de l’égalité des genres et, en particulier, de la santé sexuelle et reproductive en tant que partie essentielle de la Couverture sanitaire universelle (CSU).

    Focus 2030 : Selon l’OCDE, seulement 5% de l’aide bilatérale de l’Italie soutient les droits des femmes en tant qu’objectif principal, soit 42 millions de dollars par an en moyenne entre 2020 et 2021. L’Italie se classe au 19ème rang parmi 28 nations fournissant des ressources pour lutter contre l’inégalité des genres. En tant qu’ONG de plaidoyer spécialisée dans ces questions, envisagez-vous de potentiels progrès à l’avenir ?

    Maria Grazia Panunzi : Augmenter la part de l’APD pour soutenir les droits des femmes et l’égalité des genres en tant qu’objectif principal est une décision politique, c’est rappeler que l’égalité des genres est la base du développement durable.

    En 2022, l’Italie a augmenté son APD pour la santé sexuelle et reproductive par rapport à 2021. Cette augmentation était due aux fonds importants alloués à l’attention d’organismes des Nations Unies (comme le FNUAP, l’UNICEF) et à des programmes spécifiques dans des contextes humanitaires. Si cette augmentation est maintenue, il est possible de penser que l’Italie fera des progrès et améliorera sa position dans le classement de l’OCDE.

    Focus 2030 : Au niveau mondial, des millions de femmes n’ont pas accès aux méthodes modernes de contraception. Douze millions de femmes ont manqué d’accès à la contraception pendant la pandémie, entraînant 1,4 million de grossesses non désirées. En tant qu’organisation dédiée aux droits et à la santé sexuels et reproductifs (DSSR), avec une expérience terrain de plus de 43 ans, quelles sont vos principales recommandations pour faire progresser considérablement l’accès à la contraception et atteindre les objectifs de développement durable (ODD) ?

    Maria Grazia Panunzi :

    • Accroître les activités d’information et de sensibilisation, en ciblant particulièrement les jeunes, notamment les filles, sur les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR), et éliminer tout obstacle à l’information et aux services de contraception. Afin de garantir que chacun dispose non seulement des droits, mais également d’un accès effectif à ce droit, nous devons agir à tous les niveaux de la société : renforcer les services de santé publique et plus spécifiquement les services de santé communautaires, améliorer l’accès à l’éducation pour les filles, travailler à l’élimination des stéréotypes de genre, promouvoir l’autonomisation et l’autodétermination des filles et des adolescents, etc.
    • Accroître les services, y compris les espaces pour les jeunes et les services en ligne, pour fournir des informations sur les droits en matière de santé sexuelle et reproductive (SSR) et plus spécifiquement sur les options de contraception.

    • Soutenir le FNUAP en tant qu’agence principale œuvrant dans le domaine de la contraception et de la SSR en général.

    • Augmenter le soutien financier aux organisations de la société civile travaillant sur les droits en matière de santé sexuelle et reproductive ainsi que sur l’égalité des genres.

    Ces recommandations sont cruciales pour répondre aux défis actuels et contribuer à la réalisation des ODD en veillant à ce que toutes les femmes aient un accès équitable à des services de contraception et puissent exercer pleinement leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive.




    NB : Les opinions exprimées dans cette interview ne reflètent pas nécessairement les positions de Focus 2030.

     

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