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    Retrait des États-Unis de 66 organisations internationales : un nouvel acte dans un désengagement amorcé en 2025

    Publié le 09/01/2026.

    Le 7 janvier 2026, les États-Unis ont annoncé leur retrait de 66 organisations internationales, dont 31 entités relevant du système des Nations unies. Cette décision marque une nouvelle étape de désengagement en matière de la coopération multilatérale amorcé début 2025, affectant directement la réalisation de l’ensemble des Objectifs de développement tout particulièrement en matière de climat, égalité femmes-hommes, santé mondiale et financement du développement. Décryptage.

    Le décret présidentiel publié le 7 janvier 2026 prévoit :

    Les organisations concernées par le retrait de 2026

    Parmi les 31 entités liées aux Nations unies visées par l’annonce du 7 janvier 2026 figurent :

    Les 35 organisations non onusiennes concernées sont majoritairement des structures techniques ou sectorielles. Leur retrait contribue néanmoins à un effet cumulatif sur les capacités de coordination internationale concourant à l’atteinte des Objectifs de développement durable.

    Un désengagement amorcé en 2025

    L’annonce de janvier 2026 s’inscrit dans une séquence plus large, amorcée le 20 janvier 2025, dès l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump, marquée par une série de décisions affectant directement le financement du développement et la coopération multilatérale :

    Au-delà des retraits institutionnels, l’administration américaine a également marqué son rejet de l’Agenda 2030 des Nations unies, cadre de référence international adopté en 2015 pour atteindre les Objectifs de développement durable.

    Financements et aide internationale des États-Unis : des effets en cascade

    Les coupes budgétaires engagées en 2025 et la fermeture de l’USAID ont produit des effets immédiats et durables :

    Ces évolutions affectent d’autant plus le système multilatéral que les États-Unis sont le premier bailleur d’aide publique au développement (30% de l’APD totale soit 65 milliards de dollars en 2024), avec un effet d’entraînement sur d’autres donateurs.

    Selon une étude publiée dans The Lancet, plus de 22 millions de personnes, dont 5,4 millions d’enfants, pourraient décéder de causes évitables d’ici 2030 en raison des coupes budgétaires dans l’aide internationale des Etats-Unis, de l’Allemagne, la France et du Royaume-Uni. Les seules coupes dans les programmes de santé de l’USAID pourraient entrainer 14 millions de décès supplémentaires d’ici 2030, dont 4,5 millions d’enfants de moins de cinq ans.

    Climat : un affaiblissement de l’architecture multilatérale

    Le retrait, annoncé en 2026, de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC) et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affecte directement l’architecture de la gouvernance climatique internationale. La CNUCC constitue depuis 1992 le cadre juridique central des négociations climatiques, organisant les conférences climat (COP), tandis que les rapports du GIEC fournissent la synthèse de référence des connaissances scientifiques utilisées par les États pour définir leurs trajectoires climatiques et orienter les discussions multilatérales.

    Ce retrait intervient dans un contexte où la coopération climatique repose largement sur des mécanismes collectifs de production de connaissances, de coordination politique et de financement. L’absence d’un acteur majeur fragilise la capacité du système multilatéral à structurer et mener des réponses coordonnées au changement climatique. Elle modifie également l’équilibre politique des conférences climat et crée un précédent susceptible d’encourager d’autres États à adopter une approche sélective vis-à-vis des cadres multilatéraux climatiques.

    ONU Femmes et UNFPA : l’affirmation d’une ligne idéologique sur les droits et la santé des femmes 

    Le retrait états-unien d’ONU Femmes et de l’UNFPA s’inscrit dans une orientation plus large de la politique américaine à l’égard des cadres multilatéraux relatifs aux droits des femmes et la santé sexuelle et reproductive.

    Concernant l’UNFPA, l’ensemble des financements avaient été suspendus dès 2025, soit un montant total estimé à environ 377 millions dedollars. En 2024, le pays était le premier contributeur de l’organisation, à hauteur de 286 millions de dollars.Ces fonds soutenaient principalement des interventions humanitaires dans plus de vingt-cinq pays et territoires en situation de crise, où l’UNFPA joue un rôle central pour l’accès aux soins de santé maternelle, à la contraception, à la prévention des violences basées sur le genre et à la prise en charge des femmes et des filles en situation de vulnérabilité.

    Selon l’Institut Guttmacher, ces financements permettaient en moyenne à 130 390 femmes par jour d’accéder à des soins contraceptifs, soit environ 11,7 millions de femmes et de jeunes filles qui ont pu se voir refuser l’accès à des contraceptifs en 2025, entraînant 4,2 millions de grossesses non désirées et environ 8 340 décès liés à des complications de la grossesse et de l’accouchement sur une année.

    Le retrait d’ONU Femmes affecte également la coordination des politiques d’égalité au sein du système des Nations unies et le suivi des engagements internationaux en matière de droits des femmes et des filles, au cœur de plusieurs Objectifs de développement durable. Les États-Unis sont le 8e bailleur d’ONU Femmes, allouant 27,39 millions de dollars en 2024, soit 4,6% du budget de l’organisation. Par ailleurs, les États-Unis s’opposent de manière récurrente aux résolutions multilatérales mentionnant les droits sexuels et reproductifs, tant aux Nations unies que dans d’autres enceintes internationales.

    Une stratégie de santé mondiale recentrée sur des accords bilatéraux, aux effets directs sur les mécanismes multilatéraux

    Fin 2025, la nouvelle Stratégie de santé mondiale America First prévoit la conclusion de dizaines d’accords bilatéraux pluriannuels de coopération sanitaire entre les États-Unis et les pays bénéficiaires de l’aide américaine. Cette approche privilégie la protection de la population américaine contre les risques sanitaires transnationaux, le financement ciblé de produits de santé essentiels et la promotion de solutions issues d’acteurs économiques américains.

    La stratégie marque également une rupture avec le rôle traditionnel des organisations internationales dans la mise en œuvre de l’aide sanitaire, au profit de coopérations de gouvernement à gouvernement et de partenariats accrus avec le secteur privé et les organisations confessionnelles. Elle s’inscrit dans une logique de réduction progressive des financements et de transfert accéléré des responsabilités financières et opérationnelles vers les États partenaires, via des accords conditionnels assortis d’exigences de co-investissement et de résultats mesurables.

    Plusieurs analyses, notamment du Center for Global Development et de Think Global Health, soulignent que cette bilatéralisation accrue limite la capacité de réponse aux menaces sanitaires transnationales, telles que les épidémies, la résistance antimicrobienne ou les impacts sanitaires du changement climatique, qui reposent historiquement sur des mécanismes multilatéraux de coordination. Sont également soulignées les limites d’un cadrage de la santé mondiale envisagée comme un levier de rivalité géopolitique, notamment dans la relation avec la Chine, et l’absence de prise en compte des interactions entre climat et santé.

    Vers une coopération internationale transactionnelle

    Pris ensemble, les choix opérés depuis le début de la présidence Trump en 2025, traduisent une évolution structurelle de la coopération internationale :

    Cette évolution brutale pose une question centrale pour l’avenir de la gouvernance mondiale, le multilatéralisme et la réalisation des Objectifs de développement durable dans leur ensemble, alors que les États-Unis occupent une place centrale dans les enceintes internationales.

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