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    Baromètre MÉDIA 2030 – la couverture médiatique des enjeux de santé mondiale dans les médias français

    Publié le 04/06/2026.

    Depuis le retrait aussi brutal qu’inédit du financement du développement initié par les Etats-Unis et suivi dans des proportions similaires par les autres grands pays donateurs européens tels que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, les conséquences sanitaires de ces coupes font l’objet d’une attention médiatique hors norme.  

    Durant le premier trimestre de 2026, les enjeux de santé mondiale ont fait l’objet d’un traitement médiatique spécifique couvrant tout particulièrement le financement du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme d’une part, et le sommet international « One Health Summit » organisé par la France et le Ghana à Lyon du 5 au 7 avril d’autre part. Décryptage.

    Enseignements clefs

    1. En France, les enjeux de santé mondiale bénéficient d’une faible visibilité médiatique, y compris dans un contexte de bouleversements majeurs comme la forte réduction des financements français consacrés à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
    2. Cette faible attention médiatique persiste même lorsque ces sujets font l’objet d’un portage politique de premier plan à l’occasion d’un sommet international (One Health Summit).
    3. Parmi les trois grandes pandémies que sont le sida, la tuberculose et le paludisme, le sida demeure la plus médiatisée par les médias français.
    4. Les ONG de solidarité internationale engagées sur les enjeux de santé mondiale sont peu sollicitées dans les médias, en dépit de leur expertise et de leur légitimité historique sur ces sujets.
    5. Conformément à la « règle du mort-kilomètre », l’Hantavirus a bénéficié d’une attention médiatique supérieure à celle de la nouvelle épidémie d’Ébola, du moins dans les premières semaines de couverture.

    La couverture médiatique du financement de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme

    Au cours des 100 premiers jours de l’année 2026 (du 1er janvier au 10 avril), les enjeux relatifs au Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, et, par extension au financement de la lutte contre ces trois maladies ont été mentionnés 325 fois parmi 1,5 millions de contenus scrutés sur les 110 médias couverts par le Baromètre MÉDIA 2030 de Focus 2030 (cf. méthodologie) . Cette couverture médiatique est donc relativement modeste, d’autant plus que cette période couvre les trois jours du Sidaction (27, 28, 29 mars 2026), événement annuel, visant à sensibiliser le public, encourager le dépistage et récolter des fonds pour la recherche et l’aide aux personnes vivant avec le VIH.

     

    Un traitement médiatique à la baisse par rapport à 2025 : au cours des 100 premiers jours de l’année précédente, les enjeux de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme avaient été beaucoup plus conversationnels en 2025 (740 mentions), principalement en raison de la couverture médiatique du retrait américain en matière d’aide internationale. Les alertes de l’ONU sur le risque d’un retour de la pandémie de sida avaient été abondamment reprises dans les médias. 

    Répartition de la couverture médiatique des enjeux de santé au premier trimestre 2026 : le Fonds mondial et le « One Health Summit » au cœur de l’attention médiatique

    Sur ces 100 premiers jours de l’année 2026, le principal organisme international de lutte contre les trois pandémies, le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme (325 mentions sur les 110 médias scrutés) a fait l’objet d’une couverture médiatique autour de quatre angles spécifiques

    1. Le 12 février 2026, l’information selon laquelle la France s’apprêtait à réduire ses financements de 58% soit une coupe de près d’un milliard d’euros a fait l’objet d’une couverture médiatique. Cette annonce a été largement reprise dans de nombreux médias offrant une analyse approfondie des enjeux de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, que ce soit dans la presse quotidienne nationale (PQN) à l’instar du quotidien Le Monde ou dans la presse quotidienne régionale (PQR) par Sud Ouest.

    Rappel : depuis la création en 2002 du Fonds mondial, la France se classe au deuxième rang des plus grands contributeurs à l’organisation (derrière les Etats-Unis). Pour la période 2022-2025 la participation de la France s’élevait à 1,6 milliard d’euros. Ce montant a été réduit à 660 millions pour le cycle 2026-2028. 

    2. La couverture médiatique met en avant l’intégration du traitement préventif et curatif contre le sida, le Lénacapavir, reposant sur un principe d’injection deux fois par an (au lieu d’une prise par jour), un traitement révolutionnaire désormais mobilisable dans les pays en développement grâce à l’action de la communauté internationale. L’impact potentiel de cette innovation thérapeutique a notamment été détaillée dans le Courrier international et via les reportages (écrits ou radiophoniques) de RFI.

    Contexte : en décembre 2025, l’Afrique du Sud, l’Eswatini et la Zambie ont été les premiers pays du continent africain – où la prévalence du VIH est la plus élevée au monde –  à administrer les premières doses du traitement préventif Lénacapavir. En 2026, c’est au tour du Kenya et du Zimbabwe de proposer ce traitement. 

    3. La couverture médiatique du sommet international One Health Summit a favorisé la prise en compte des enjeux du Fonds mondial et des pandémies associées (sida, tuberculose, paludisme) parmi d’autres enjeux de financement et enjeux sanitaires ou environnementaux.

    Précision : Le 7 avril 2026, la France a co-organisé avec le Ghana le One Health Summit à Lyon, un rendez-vous international consacré à la santé mondiale. Ce sommet a rassemblé dix chefs d’État, deux mille participants du monde entier, des organisations internationales, des acteurs scientifiques, des ONG dans l’objectif de protéger la santé humaine, en essayant notamment de mieux anticiper les risques de pandémies à travers une coopération entre les pays.

    * Environ 20 % des mentions du One Health Summit ne concernent pas directement l’événement, mais font référence au lieu depuis lequel Emmanuel Macron s’est exprimé les 5, 6 et 7 avril sur la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris, deux ressortissants français détenus en Iran, ou sur l’actualité géopolitique.

    4. Dans le cadre de la « stratégie mondiale pour la santé – America First », le traitement médiatique a également porté sur les pays qui ont refusé ou accepté de signer un accord bilatéral d’aide en matière de santé, selon une logique transactionnelle.

    Rappel : après avoir démantelé l’USAID et s’être retiré de l’OMS, l’administration de Trump a lancé une Stratégie sanitaire mondiale reposant sur des accords bilatéraux en matière de santé, supposés protéger les américains de futures pandémies et accroitre les bénéfices des industries pharmaceutiques américaines. Désormais les Etats-Unis proposent aux pays nécessitant des financements pour la santé de signer des protocoles monnayés en échange d’un accès aux ressources minières et à leurs données nationales de santé. Cette pratique « aide contre ressources » s’inscrit dans une logique transactionnelle bilatérale. Elle est qualifiée de « bio-colonisation » par certains pays africains dont une partie refuse de signer.

    5. Le Sidaction s’est déroulé les 27, 28 et 29 mars 2026, donnant lieu à une couverture médiatique qui a offert aux médias une occasion de mentionner, de rappeler, voire de débattre des causes et conséquences des enjeux relatifs au financement de la lutte contre le sida dans le monde, avec un accent porté cette année sur la baisse de la contribution de la France au Fonds mondial.

    Précision : Fondé en 1994, le Sidaction est à la fois une association de lutte contre le sida et un évènement public de collecte de dons pour financer à parts égales des programmes de recherche ou de prévention ainsi des associations d’aide aux malades, en France et à l’étranger. Historiquement, l’évènement repose sur une médiatisation importante fédérant des médias et des personnalités connues, contribuant, chaque année, à la production de contenus médiatiques[FF1]  le plus souvent informationnels mais également ludiques (par exemple cette année, dans l’émission Quiz des champions sur France 3 et rediffusé sur TV5). 

    Répartition de la couverture du Fonds mondial par type de médias

    51% des 325 mentions du Fonds mondial sur les 110 médias de cette étude pendant les 100 premiers jours de 2026 sont identifiées sur des contenus écrits (presse, site d’information des médias audiovisuels, pure players). Viennent ensuite des contenus diffusés sur des canaux audiovisuels : la télévision (28%) et dans une moindre mesure, la radio (20%). 

    Les deux chaines de télévision qui ont mentionné le Fonds mondial le plus fréquemment sont deux médias publics tournés vers l’international (France 24, TV5 monde). En troisième position, figure la chaîne d’information CNews traitant de la couverture des enjeux relatifs au sida à travers l’évocation des risques de reprises de l’épidémie en raison de la baisse des financements internationaux. 

    En radio, le Fonds mondial a été très majoritairement couvert par des stations du service public, en premier lieu sur deux stations d’information (France Info, RFI) et dans une moindre mesure sur des stations généralistes (France Inter, France Culture). 

    Parmi les 325 mentions du Fonds mondial sur les 110 médias scrutés pendant les 100 premiers jours de 2026, les contenus écrits mentionnant le Fonds mondial sont équitablement répartis entre la presse en ligne (Inrockuptibles, Le Monde, Le Progrès, etc.) et les sites web des médias audiovisuels (RFI, TV5 monde, France 24). 

    En regardant de plus près les contenus émanant de la presse en ligne, 37% des mentions sont concentrées sur la PQR, signifiant que ces enjeux internationaux ont été partagés avec les lecteurs en régions bien au-delà d’un traitement médiatique exclusivement national, tandis que 15% des mentions se retrouvent respectivement sur la PQN et sur la presse hebdomadaire/mensuelle. Même si les magazines (hebdomadaires et mensuels) ont peu mentionné le Fonds mondial, ces médias ont offert des analyses de fond permettant de comprendre les enjeux globaux du financement de la santé mondiale, à instar du magazine Challenges.

    La presse hebdomadaire et mensuelle, les sites des médias audiovisuels, les pure players, les médias tournés vers l’international (RFI, TV5 monde, France 24) et le magazine Les Inrockuptibles arrivent en tête des médias couvrant le plus la lutte contre le sida. Le pure player The Conversation a particulièrement couvert les enjeux du financement de la santé mondiale et la baisse de la contribution française, en articulant analyses scientifiques (impacts sanitaires, mortalité, résurgence de pathologies) et lectures politiques (recul du multilatéralisme et évolutions géopolitiques).

    A l’étude de la couverture du Fonds mondial par la presse quotidienne (régionale ou nationale), on mesure une homogénéité parmi les dix titres de la PQR qui ont le plus traité du Fonds mondial. Le quotidien Le Monde est de loin en tête de la PQN (11 mentions), avec notamment une série d’articles relatant des actions de terrain  financées par le Fonds mondial. 

    Les champs sémantiques associés à la couverture médiatique du Fonds mondial 

    56% des publications relatives au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose, et le paludisme, mentionnent le sida, soit plus de deux fois plus que la tuberculose (21%) ou le paludisme (22%). Notons toutefois que durant la période étudiée (100 premiers jours de 2026), s’est tenu le Sidaction, événement de collecte et d’information spécifique au VIH. Par ailleurs, le « Fonds mondial » est régulièrement intitulé « Fonds mondial contre le sida ». Ainsi, pour les 110 médias scrutés en France, le sida est plus souvent l’objet d’une attention médiatique, à la différence de la tuberculose et du paludisme, qui sévissent tout particulièrement dans les pays de l’hémisphère Sud. 

    Parmi une liste de champs sémantiques fréquemment associés aux contenus médiatiques traitant du Fonds mondial, 50% des mots font appel à la notion de traitement et/ou de prévention. Tout en étant médiatisé comme un élément permettant de distiller une information détaillée à propos du sida, l’arrivée du traitement révolutionnaire « Lénacapavir » (un nouveau médicament préventif et curatif révolutionnaire) est finalement peu couverte quantitativement (cité 13 fois). Ces contenus médiatiques permettent cependant de se référer à des pays généralement peu couverts par les médias français tels que l’Eswatini qui présente la prévalence du VIH la plus élevée au monde 

    Focus sur le One Health Summit et la santé mondiale

    Le One Health Summit a été organisé à Lyon du 5 au 7 avril 2026 à l’initiative de la France et du Ghana pour traiter des enjeux de santé mondiale en lien avec la santé humaine, la santé animale et la biodiversité, dans une approche intégrée des interactions entre écosystèmes et risques sanitaires.

    Cet événement scientifique et politique de portée internationale repose sur un engagement de la France qui s’inscrit dans le cadre de la présidence française du G7

    Parmi les 110 médias scrutés dans cette étude sur la couverture médiatique des enjeux de développement, on mesure 142 mentions du One Health Summit au cours des 100 premiers jours de 2026. Ces mentions sont uniquement concentrées sur les trois jours pendant lesquels le sommet a eu lieu. Les médias n’ont pas ou peu donné d’informations en amont pour anticiper la tenue de cette rencontre internationale. Ils ne sont pas non plus revenus, en aval, sur l’issue de ce sommet.

    La spécificité de ce sommet international résidait dans une approche holistique des enjeux de santé visant à équilibrer et optimiser la santé des humains, des animaux, des végétaux et des écosystèmes. Cette approche largement rappelée dans les médias repose sur une vision des interdépendances en matière de santé mondiale sur une même planète en partage.

    Ce sommet international a donc été l’occasion de traiter de pathologies multiples et de concepts thématiques mêlant traitements médicaux, industrie, alimentation (notamment ultra-transformée), pollution, vie animale, plantes, etc. Le traitement médiatique de ce sommet fait ressortir des aspects scientifiques et la dimension politique de cette rencontre internationale qui érige les enjeux de santé comme étant une préoccupation nécessitant la coordination entre tous les pays. On trouve notamment une vulgarisation de cette approche innovante sur TV5 Monde, à la fois sous la forme d’une analyse écrite mais aussi d’une émission télévisée telle que 64′ ou encore dans le Journal Afrique

    Répartition de la couverture médiatique du One Health Summit

    64% des 142 mentions du One Health Summit sont concentrées sur des contenus écrits (presse écrite et sites web des médias audiovisuels). Un quart des mentions du sommet sont identifiées en radio et seuls 12% en télévision (5 mentions sur TV 5 Europe, 3 mentions sur CNews, 2 mentions sur France Info et LCP). 

    Parmi les sites d’information (presse et sites web des médias audiovisuels), la PQR, le quotidien régional lyonnais Le Progrès, arrive en tête de la couverture médiatique du One health summit devant le site de Radio France, TV5 Monde ou d’autres médias habituellement attendus sur le traitement d’enjeux internationaux. Ce sommet international a été couvert aussi bien par les médias régionaux que les médias nationaux (écrits et audiovisuels). 

    Outre des informations permettant de relier les enjeux de santé mondiale avec les enjeux du vivant (faune et flore) et, par extension, de l’environnement, ou bien avec des enjeux alimentaires (notamment l’alimentation industrielle), une partie des contenus médiatiques en lien avec le Sommet ont été dédiés aux déclarations d’Emmanuel Macron en faveur du multilatéralisme à la suite de son discours du 7 avril et aux critiques émises par certaines organisations de la société civile sur cette prise de position.  

    La visibilité médiatique des personnalités en lien avec les enjeux de santé mondiale

    Le nuage de mots consacré aux personnalités françaises associées aux enjeux de santé mondiale (notamment en lien avec le Fonds mondial ou le One Health Summit) met en évidence la forte visibilité de la ministre de la Santé Stéphanie Rist et du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Philippe Baptiste. Ces deux responsables ont été largement cités à l’occasion du Sommet international organisé à Lyon. Vient ensuite le président du Forum de Paris pour la paix, mentionné lors de la publication d’un rapport (27 mars) plaçant la santé des enfants au cœur de l’agenda international. En quatrième position figure Florence Thune, directrice générale de Sidaction, notamment à l’occasion du week-end annuel de collecte, durant lequel l’ONG a alerté sur la baisse des financements français au Fonds mondial.

    *Le nuage de mots est basé sur une liste de 52 personnalités en lien avec les enjeux de santé mondiale. La très grande majorité d’entre elles n’apparaissent pas dès lors qu’elles n’ont fait l’objet que de rares mentions à l’occasion du One health summit ou à propos d’une thématique très spécifique. Par ailleurs, le nuage de mot fait volontairement abstraction des mentions d’Emmanuel Macron, dont la couverture médiatique repose sur un ensemble trop vaste de thématiques. 

    Parmi les personnalités étrangères en lien avec les enjeux de santé, Bill Gates est de loin le plus souvent mentionné dans la couverture médiatique des 100 premiers jours de 2026. Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus se classe en seconde position. Les autres personnalités offrent une représentation géographique des enjeux de santé mondiale, et traduisent une visibilité d’acteurs très divers, politiques, institutionnels, financiers, etc. 

    La visibilité des ONG de santé

    Parmi les ONG œuvrant en faveur de la santé mondiale, Sidaction domine largement la couverture médiatique en raison de l’organisation du week-end d’appel au don annuel qui s’est tenu du 27 au 29 mars 2026. 

    La visibilité des autres ONG de solidarité internationale a été trop sporadique pour qu’une d’entre elle figure dans le nuage de mots. 

    *A noter : en raison de la polysémie du mot « one », le calculs du nombre de mentions de l’ONG ONE, particulièrement mobilisée durant cette période est imprécis. 

    Le nuage de mots proposant une visibilité des OIG les plus souvent mentionnées dans les 100 premiers jours de 2026 n’est pas paramétré pour refléter spécifiquement les enjeux de santé mondiale. En revanche, il offre une visibilité de la couverture médiatique des OIG par les 110 médias scrutés dans cette étude, à travers laquelle on observe invariablement que l’ONU et les agences onusiennes (UNESCO, OMS, UNICEF, etc.) sont régulièrement cités dans les médias, ainsi que le mesure MÉDIA 2030

    Focus sur les pathologies les plus mentionnées au premier trimestre 2026

    Sur le total de tous les contenus émis par les 110 médias scrutés dans cette étude au cours des 100 premiers jours de 2026, le Covid demeure la maladie la plus conversationnelle d’un point de vue médiatique encore quelques années après l’expérience de la pandémie du SARS-CoV-2. Le cancer s’impose également comme une pathologie centrale dans le traitement médiatique, notamment à travers la couverture régulière des avancées thérapeutiques dont il fait l’objet.

    Ainsi, en dépit la médiatisation de plusieurs sujets liés à la santé mondiale au cours des 100 premiers jours de 2026, la couverture des pathologies met surtout en évidence des maladies révélant les préoccupations sanitaires hexagonales ou, plus largement, occidentales. Elle reflète davantage ces priorités que des enjeux de santé mondiale majeurs (VIH, paludisme, Zika, polio, etc.) particulièrement présents dans d’autres régions du monde, notamment dans les pays en développement. 

    Le champ lexical exprimant les causes et les contextes des enjeux de santé mondiale

    La visualisation des causes-contextes-solutions liées à la santé, reflète la transversalité des enjeux de santé mondiale sur une planète globalisée tels que les débats ont été argumentés lors du One Health Summit. Le traitement médiatique des enjeux de santé permet de saisir que ces derniers ne sont pas détachables de la protection de la nature, des animaux, de l’environnement, de la recherche, de l’alimentation, de l’eau, etc. La question des frontières se pose régulièrement, interrogeant la durabilité, la déforestation, les pesticides, comme autant de notions convoquées pour prévenir les pathologies, identifier des traitements, et par extension, penser la santé comme un enjeu global interdépendant d’une large série d’autres thématiques.

    *Ce nuage de mots fait volontairement abstraction du nom des pathologies. Il offre une représentation qui ne peut être ni exacte ni exhaustive, certains mots pouvant être soupçonnés d’être surreprésentés à propos de sujets particulièrement éloignés de la thématique de ce baromètre. 

    Quels sont les pays les plus mentionnés dans la couverture des enjeux de santé mondiale ?

    L’analyse de la représentation des pays africains dans la couverture médiatique du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ainsi que du One Health Summit, révèle une forte asymétrie dans la visibilité des 54 États du continent.

    Certains pays sont mentionnés de manière relativement fréquente, de plus de cinq occurrences (Burkina Faso, Burundi, Mauritanie, Libye, etc.) à plus de vingt (Ghana, Afrique du Sud, RDC, Botswana, etc.) sur les 467 contenus traitant de ces thématiques. À l’inverse, une large partie des pays africains demeure peu visible, avec des occurrences comprises entre zéro et quatre (Tanzanie, Somalie, Angola, Kenya, Bénin, Niger, etc.), alors même que ces enjeux de santé mondiale concernent de manière particulièrement aiguë les populations du continent dans leur ensemble.

    Parmi les pays les plus cités (Botswana, Afrique du Sud, Ghana, RDC, Eswatini), certains sont associés à la couverture du sida, notamment autour du nouveau traitement Lénacapavir révolutionnant la prise en charge avec deux injections par an. Le Ghana, en tant que pays organisateur, ainsi que l’Afrique du Sud au taux de prévalence particulièrement important, occupent également une place à part dans la couverture du One Health Summit.

    Si l’on élargit l’analyse à l’ensemble des pays du monde –  toutes thématiques confondues et donc au-delà des enjeux de santé mondiale -, à partir d’un échantillon aléatoire de contenus extrait des 1,5 million de publications analysées dans les 110 médias de l’étude, on observe une hiérarchie stable : les États-Unis (547 mentions), la Russie (270), l’Ukraine (310) et la Chine (275) dominent largement les citations. Cette surreprésentation se confirme mois après mois dans les données de MEDIA 2030 et reflète à la fois le poids des grandes puissances géopolitiques et l’actualité des conflits armés, notamment en Ukraine et au Moyen-Orient.

    Elle s’explique aussi par une forte centralité médiatique des États-Unis, amplifiée par l’effet de saturation de l’actualité politique américaine, régulièrement reprise dans les médias français. Cette focalisation est renforcée par des facteurs structurels, tels que la proximité culturelle et linguistique, ainsi que la présence importante de correspondants sur place.

    Cette hiérarchisation des pays dans le traitement médiatique, caractérisée par des écarts très importants, contribue à produire un biais de perception chez les lecteurs et auditeurs, susceptible d’induire une distorsion dans la compréhension des dynamiques mondiales à l’œuvre et de leur vision du monde. 

    Ainsi, pendant que l’attention médiatique peut se concentrer sur des faits très secondaires de l’administration Trump, elle demeure relativement limitée sur de grands pays comme la Chine ou l’Inde. Elle l’est encore davantage sur le continent africain (54 pays, 1,6 milliard d’habitants, 19 % de la population mondiale) ou l’Asie du Sud-Est (11 pays, 700 millions d’habitants, 8,5 % de la population mondiale), deux ensembles régionaux largement sous-visibilisés.

    L’invisibilité des pays africains dans les médias français éclaire plus largement celle des réalités auxquelles sont confrontées les populations du continent. Dans le domaine de la santé, la couverture médiatique des épidémies en fournit une illustration particulièrement révélatrice. Entre le 1er janvier et le 20 mai 2026, parmi les 110 médias analysés dans cette étude, l’Hantavirus détecté à bord du navire d’expédition polaire MV Hondius (compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions) a été mentionné à 7 850 reprises, contre seulement 2 080 mentions pour la nouvelle épidémie d’Ébola sur la même période.

    Cette différence de traitement est frappante. D’un côté, l’hantavirus « Andes » était jusqu’alors présenté comme une menace émergente susceptible d’affecter les populations européennes, et notamment françaises, plusieurs ressortissants français ayant été pris en charge médicalement. Son taux de mortalité est estimé à 35 %. De l’autre, le virus Ébola, dont le taux de mortalité atteint environ 50 %, représente un risque sanitaire de plus longue durée et susceptible de conséquences sanitaires supérieures, bien qu’il affecte principalement des pays africains.

    Sans prétendre que ces deux situations soient parfaitement comparables, cet écart de couverture médiatique met en lumière la manière dont les logiques de proximité influencent la hiérarchisation de l’information. Il illustre notamment le poids de ce que les sciences de l’information désignent comme la « règle du mort-kilomètre », selon laquelle un événement tend à recevoir davantage d’attention médiatique à mesure qu’il est perçu comme géographiquement ou culturellement proche du public visé.

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