Diplomatie féministe : un rapport parlementaire alerte sur la montée des mouvements anti-droits et détaille des leviers d’action
Publié le 02/03/2026.
Présenté au nom de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, le rapport d’information « Renforcer durablement la diplomatie féministe dans un contexte de backlash global », corédigé par Marie-Noëlle Battistel et Guillaume Gouffier Valente, dresse un constat sans appel.
Depuis 2019, la France s’est dotée d’une diplomatie féministe qui constitue l’un des marqueurs les plus structurants de son action extérieure. Ce choix n’est ni symbolique ni moral : il relève d’une lecture lucide des rapports de force internationaux.
Alors que la société civile interroge régulièrement la cohérence des politiques publiques, de la place des femmes dans le corps diplomatique français jusqu’aux montants alloués à ces enjeux, ce nouveau rapport parlementaire tire la sonnette d’alarme. Il appelle à une diplomatie offensive pour contrer des mouvements conservateurs de plus en plus agressifs.
Le document alerte notamment sur la structuration transnationale de mouvements anti-droits, « organisés, financés et coordonnés » et sur leurs méthodes : désinformation, usage du numérique, investissement des enceintes multilatérales, « captation » du langage des droits. À l’enjeu de l’égalité femmes-hommes s’ajoute, selon les auteur·rices, un signal de basculement autoritaire : « les équilibres démocratiques internationaux eux-mêmes » seraient menacés.
Sommaire
1. Identifier et combattre les mouvements « anti-droits »
Le rapport identifie explicitement la montée en puissance de mouvements « anti-droits ». Ces derniers sont de plus en plus organisés, financés et coordonnés à l’échelle transnationale. Reposant sur des alliances hétéroclites entre conservateurs, extrêmes droites, réseaux religieux et courants masculinistes, ils convergent vers un but commun : la remise en cause des acquis normatifs internationaux.
Ces attaques, qui s’accélèrent depuis l’investiture de Donald Trump en 2025, constituent un véritable signal de basculement autoritaire. Le rapport pointe que sont les équilibres démocratiques internationaux qui sont aujourd’hui menacés, à grand renfort de désinformation, d’investissements massifs sur les plateformes numériques et d’une captation pernicieuse du langage associé aux droits humains.
Parmi les recommandations du rapport :
- Définir et sanctionner : Donner un cadre juridique à la définition des mouvements anti-droits et intégrer les discours et crimes de haine aux « eurocrimes », ouvrant la voie à une meilleure répression des violences masculinistes.
- Observer et contrer : Créer un observatoire adossé à une stratégie nationale de lutte contre les masculinismes, incluant des espaces de coopération internationale.
- Limiter l’accès aux financements : Assurer un suivi strict des financements de ces organisations et interdire leur accès aux subventions publiques (européennes et nationales).
2. La France, avocate internationale de l’égalité de genre
Pour y faire face, auteur·rices recommandent à la France de porter la défense des droits des femmes au plus haut niveau politique de façon constante. Comme l’a montré le récent bilan de la 4ᵉ Conférence ministérielle des diplomaties féministes de 2025, les grandes échéances multilatérales (CSW, G7, G20, COP) doivent devenir des points d’appui stratégiques.
Parmi les recommandations du rapport :
- Des droits non négociables : Inscrire formellement les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR) comme un pilier explicite et non négociable de toutes les positions françaises (notamment dans les enceintes multilatérales), avec une doctrine claire pour protéger l’accès aux contraceptifs.
- Reconnaître l’apartheid de genre : Soutenir cette reconnaissance internationale pour renforcer la responsabilité pénale des dirigeants menant des politiques ségrégationnistes.
- Prendre le leadership : Prendre la présidence du Call to Action sur les violences basées sur le genre (GBV) et défendre ardemment le langage onusien agréé.
Ce point fait écho à la dynamique affichée lors de la 4ᵉ Conférence ministérielle des diplomaties féministes des 22 et 23 octobre 2025 à Paris, qui a réuni 450 participant·es de 55 pays, 27 organisations internationales et plus de 100 ONG et a débouché sur une déclaration politique endossée par 31 États (retrouvez le dossier de synthèse de cette conférence).
3. Structurer une « coalition » européenne et internationale
Face à l’adversité, la France ne peut agir seule. Le rapport appelle à structurer des alliances politiques solides, en consolidant un noyau dur d’États moteurs qui partagent une lecture stratégique des enjeux d’égalité. L’Union européenne y est perçue comme un levier central.
Parmi les recommandations du rapport :
- Porter l’introduction de la liberté d’accès à l’IVG dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
- Plaider auprès de l’UE pour un cadre commun de financements dédiés à l’égalité de genre entre les différents bailleurs.
- Structurer un agenda commun annuel entre les États engagés et consolider le lien entre les États et la société civile dans les enceintes multilatérales.
4. L’Aide publique au développement (APD)
Une diplomatie féministe ne peut se mener sans financements dédiés. Le rapport est catégorique sur la nécessité de sanctuariser l’aide publique au développement dédiée à l’égalité de genre, soulignant un enjeu de crédibilité majeur, particulièrement à l’aune des montants effectivement alloués par les pays du G7.
Parmi les recommandations du rapport :
- Stopper les coupes budgétaires : Revenir à une trajectoire pluriannuelle ambitieuse pour l’APD. La question de savoir à quelle hauteur la France financera l’égalité des genres sera un test décisif de sa volonté politique.
- Sanctuariser les fonds : Maintenir et pérenniser le budget du FSOF (Fonds de Soutien aux Organisations Féministes), de l’AFD et d’Expertise France.
- Soutenir le multilatéralisme et le terrain : Garantir des financements stables aux agences onusiennes (FNUAP, ONU Femmes) et préserver la capacité opérationnelle des organisations féministes locales, en évitant les approches descendantes « du Nord vers le Sud ».
5. L’émergence d’une diplomatie parlementaire féministe
Enfin, les auteurs soulignent que les contraintes budgétaires et le manque d’appropriation interministérielle affaiblissent l’impact réel de cette politique. Pour y remédier, ils proposent d’institutionnaliser un nouvel axe : la diplomatie parlementaire féministe.
Cela passerait par la création d’un réseau international informel de parlementaires (du Nord et du Sud) pour coordonner la riposte face au recul des droits. Le rapport suggère de faire de la présidence française du G7 en 2026 un jalon structurant, en y organisant un volet parlementaire dédié à l’égalité de genre, associant étroitement la société civile et les acteurs économiques.
Cette diplomatie (…) se déploie dans un contexte de backlash global, marqué par la montée en puissance de mouvements anti-droits (…). Or, l’histoire récente le montre avec constance : les attaques contre les droits des femmes et des minorités de genre constituent presque systématiquement un signal faible – puis fort – de basculement autoritaire.
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