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    3 questions à Guillaume Gouffier Valente, Député et Vice-Président de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale française

    Publié le 05/03/2024.

    À l’approche du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, et dans le cadre de son dossier spécial consacré à l’état des inégalités dans le monde en 2024, Focus 2030 souhaite mettre en avant les personnalités qui participent chaque jour à la réalisation de l’égalité des genres.

     

    Entretien avec Guillaume Gouffier Valente, Député et Vice-président de la Délégation aux droits des femmes de l’Assemblée nationale française

    Focus 2030 : Le texte inscrivant la « liberté garantie à la femme » d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse dans la Constitution française a été adopté le lundi 4 mars 2024 par le Parlement. Dans quelle mesure estimez-vous que cette initiative pourrait envoyer un signal fort au reste du monde, tout particulièrement à un moment où les droits des femmes à disposer de leur corps font débat dans de nombreux pays ?

    Guillaume Gouffier Valente : Il s’agit maintenant d’une première mondiale ! Avec cette révision de notre Constitution que nous avons définitivement adoptée le lundi 4 mars 2024, nous avons élevé au rang de liberté fondamentale le droit à l’avortement, une liberté qui vient renforcer la protection des droits des femmes mais aussi, de manière plus générale, notre démocratie ! Au moment où les droits des femmes sont attaqués partout à travers le monde, y compris en Europe et en France, où les discours anti-choix se multiplient, où les régressions se sont accumulées les unes aux autres ces dernières années dans un grand nombre d’États, la reconnaissance de la liberté de recourir à l’IVG dans notre Constitution est un message universaliste fort adressé au monde et aux générations présentes et futures. Nous envoyons un message simple, la France est et restera aux côtés de toutes celles et tous ceux qui se battent pour les droits des femmes et l’égalité partout à travers le monde ! Et ce combat nous continuerons de le porter au niveau de l’Union européenne avec notre engagement pour l’inscription du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux et dans toutes les instances internationales.

    Focus 2030 : Vous allez participer à une délégation comprenant de nombreux député·e·s français·e·s lors de la prochaine session de la Commission de la condition de la femme à New York du 11 au 22 mars (CSW 68). Cette session mettra l’accent sur le thème du financement et du renforcement des institutions pour atteindre l’égalité femmes-hommes. Pourriez-vous nous donner un aperçu des positions que vous-même et la France prévoyez de défendre à cette occasion ?

    Guillaume Gouffier Valente : Notre participation cette année est d’une ampleur inédite. Nous serons une délégation d’une quinzaine de parlementaires français présente cette année à la 68ème CSW. Je ne peux pas parler pour le gouvernement et me limiterai donc aux messages que nous porterons en tant que parlementaires. Ce rendez-vous est particulièrement important pour nous. D’abord, quelques jours après la reconnaissance dans notre Constitution de la liberté garantie de recourir à l’IVG, nous serons présents pour porter un message de défense du droit de toutes les femmes de disposer de leur corps comme elles l’entendent, et au fond de vivre leur vie libre. La question qui se pose maintenant à nous est de faire de cette avancée un outil utile à toutes celles qui se battent pour la légalisation et l’accès au droit à l’avortement partout à travers le monde. Ce sujet sera bien entendu au cœur des rencontres que nous aurons cette année.

    Nous aurons également deux autres objectifs majeurs. D’abord, échanger avec les agences onusiennes, les acteurs de la société civile et les parlementaires des autres pays sur l’importance de la prise en compte des politiques d’accès aux droits et santé sexuels et reproductifs dans la construction des outils de coopération internationale et de développement humain. Ensuite, échanger sur le renforcement de la construction de notre diplomatie féministe en développant les liens avec les autres États qui portent cette ambition et les acteurs de la société civile qui participent à son élaboration et sa mise en œuvre chaque jour sur le terrain. Sur cet enjeu, nos échanges seront essentiellement centrés autour de deux questions, comment définir un réel cadre législatif pérenne pour la diplomatie féministe et comment accélérer la réalisation effective des critères féministes que nous avons introduits dans notre politique d’aide publique au développement.

    Focus 2030 : En vertu de la loi du 4 août 2021, adoptée à l’unanimité des groupes politiques, la France s’est engagée à ce que 75 % au moins de l’aide publique au développement (APD) bilatérale de la France ait l’égalité femmes-hommes comme objectif (principal ou significatif) d’ici 2025. Cependant, selon les dernières données statistiques de l’OCDE disponibles, la France n’en aurait consacré que 50 %. Par ailleurs, la France a repoussé de 5 ans l’atteinte de l’objectif datant de 1970 d’allouer 0,7 % du RNB à l’APD, entraînant selon nos estimations une réduction de 5,3 milliards d’euros des financements qui auraient pu soutenir l’égalité de genre dans le monde. En tant que législateur, comment interprétez-vous ce revirement de position ?

    Guillaume Gouffier Valente : Je ne dirai pas qu’il y a eu un « revirement de position ». Il faut tout de même reconnaître les progrès massifs qu’a engagé le Président de la République à cet égard. Alors que la courbe budgétaire de notre aide publique au développement stagnait depuis des décennies, nous avons fait ce que personne n’avait eu le courage de faire avant en lui en donnant une trajectoire ambitieuse et des moyens renforcés. En matière d’égalité femmes-hommes, nous pouvons regretter que cela n’aille pas assez vite, notamment sur nos projets bilatéraux. J’observe cependant que nos engagements multilatéraux répondent à ces objectifs, notamment dans le cadre de nos contributions à la santé mondiale, à l’éducation ou encore aux Nations unies. J’espère que la nouvelle stratégie de diplomatie féministe qui sera annoncée prochainement nous permettra d’accélérer et renforcer cet engagement qui doit intervenir partout dans nos projets, qu’il s’agisse du développement humain ou encore de notre action humanitaire. J’avais notamment en ce sens appelé à la vigilance pour le maintien de subventions essentielles aux ONG féministes lors de la récente crise au Niger. Sur ces sujets, notre rôle de parlementaires est de contrôler, interroger le gouvernement, et diligenter des missions d’information si cela est nécessaire.

    Cependant, je tiens à alerter : face un enchevêtrement des crises qui rend des populations déjà vulnérables encore plus exposées, mais aussi qui ne touche pas que les pays à des milliers de kilomètres, que nous vivons sur notre territoire bien réellement, notre action et nos engagements sont en danger.

    Nous devons aller plus loin et ce sur deux aspects selon moi. D’une part, la loi de programmation que nous avons votée en 2021 arrive à son échéance cette année et nous devons prévoir un nouveau texte programmatique à ce sujet pour assurer nos financements, ancrer nos objectifs. Nous ne pourrons pas faire l’économie de l’impasse et sans cela, notre action est mise en péril. D’autre part, nous devons renforcer la démocratisation des objectifs de développement durable et expliquer à nos compatriotes que le monde est un village. Si nous ne protégeons pas la planète entière, nous ne serons pas protégés nous-même.

    À cet égard, la récente annonce par le ministre de l’économie et des finances d’une coupe sur le budget de l’aide publique au développement (APD) est particulièrement préoccupante. Nous ne pouvons pas être un pays qui se renferme sur lui-même, et devons avoir en tête que l’APD n’est pas une dépense éloignée de nos concitoyens que nous aurions déjà trop augmentée. Si nous la renforçons, répondons aux défis du monde notamment en matière d’égalité femmes-hommes, d’accès à la santé, de lutte contre le réchauffement climatique, ce sont tous les Français qui vivront mieux parce que le monde vivra mieux. C’est la vision que je défends en tant que parlementaire et autour de laquelle, je le crois, nous devons collectivement nous mobiliser.




    NB : Les opinions exprimées dans cette interview ne reflètent pas nécessairement les positions de Focus 2030.


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