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    3 questions à Marisol Touraine, Présidente du Conseil d’Administration d’UNITAID sur l’égalité femmes-hommes dans le monde en amont du Forum Génération Égalité

    Publié le 04/03/2021.

    À la veille du Forum Génération Égalité, Focus 2030 et Women Deliver ont mené un sondage inédit interrogeant 17 160 adultes représentatifs de la population de 17 pays pour saisir leurs opinions et expériences des inégalités de genre : « Les aspirations citoyennes en faveur de l’égalité femmes-hommes : une volonté de changement ». Cette étude a été conçue de manière à fournir à tous les acteurs – gouvernementaux, parlementaires, associatifs et médiatiques – un éclairage inédit sur les attitudes et les perceptions du public, afin d’identifier des actions prioritaires susceptibles d’inspirer des engagements ambitieux en faveur de l’égalité entre les sexes à l’occasion du Forum.





    Entretien avec Marisol Touraine, Présidente du Conseil d’Administration d’Unitaid


    Focus 2030 : Unitaid est particulièrement engagée dans l’initiative pilotée par l’OMS, ACT-A, pour faciliter le développement et l’accès aux traitements contre le Covid-19. En quoi votre action est-elle déterminante pour l’accès équitable des femmes et des hommes aux soins ? Le Forum Génération Égalité se tiendra à Mexico puis Paris cette année. Quelles sont les attentes d’Unitaid pour que ce forum constitue une étape décisive en faveur de la santé des femmes ?


    Marisol Touraine : Unitaid agit avec détermination pour l’accès effectif des femmes à la santé. Cet engagement irrigue toutes nos actions, car les femmes sont parmi les populations les plus vulnérables. Et agir pour la santé des femmes, c’est améliorer la santé de tous.

    Concrètement, nous agissons dans deux directions : garantir que les femmes accèdent aux traitements que nous déployons, et leur proposer des programmes spécifiques. Par exemple, nous avons permis l’accès à l’auto-test VIH pour un dollar, ainsi qu’à des traitements discrets qui évitent aux femmes de retourner régulièrement sur les lieux de soins, ce dont elles sont souvent empêchées par la charge domestique et/ou la crainte d’être stigmatisées. Nous avons aussi déployé un programme de dépistage et traitement du cancer du col de l’utérus pour 2$ : ce cancer tue alors qu’on sait le prévenir. Nous ne pouvons nous résoudre à cette injustice.

    Le Forum Génération-Egalité sera un moment déterminant pour que les conséquences de ces inégalités en termes de santé soient davantage mises en lumières. Nous devons désormais aller plus loin, collectivement, pour que les femmes aient accès à l’éducation et la prévention, pour mieux protéger leur santé, refuser les stigmatisations qui les frappent.



    Focus 2030 : En moyenne, 27 % des personnes interrogées dans les 17 pays de notre sondage anticipent une augmentation des inégalités entre les hommes et les femmes en raison de la crise sanitaire, ce constat est tout particulièrement partagé par les citoyen·ne·s issus des pays à revenu intermédiaire (Inde, Colombie, Afrique du Sud etc.). Quel a été l’impact de la pandémie sur les femmes dans les pays où Unitaid mène des activités ? Que vous inspire ces réponses ?


    Marisol Touraine : Les femmes sont frappées de plein fouet par la pandémie de COVID-19. Elles sont en première ligne pour soigner et sont donc exposées. Au-delà, je veux souligner l’impact social de la pandémie, qui a renforcé les inégalités de genre. Dans les pays dans lesquels nous travaillons, les femmes occupent souvent des emplois informels, qui ont disparu avec la crise. Elles sont privées de revenus alors même que leur charge de travail domestique s’est accrue pour soigner leurs proches. La pandémie a creusé les inégalités entre les femmes et les hommes.

    Ce constat ne doit pas être une fatalité. Votre sondage impose une prise de conscience à tous les niveaux. Je tiens à saluer en ce sens le travail formidable et indispensable de nombreuses organisations de la société civile qui agissent sans relâche sur le terrain. L’action de Focus 2030 en est un exemple.



    Focus 2030 : Selon notre sondage, 82% des personnes interrogées pensent que les femmes devraient être impliquées à tous les niveaux de la réponse sanitaire mondiale et des efforts de relance après l’épidémie de Covid-19, y compris dans le développement de politiques publiques et de traitements. Compte-tenu de cette aspiration citoyenne, comment mieux impliquer les femmes dans la réponse sanitaire mondiale selon vous ?


    Marisol Touraine : Ce travail pour davantage impliquer les femmes dans la réponse sanitaire mondiale commence dans nos propres organisations de santé. Cette exigence doit s’imposer à nous : c’est pour moi une exigence, une vigilance, comme Présidente d’Unitaid mais aussi ancienne Ministre française de la santé et des droits des Femmes.

    Unitaid a fait de l’égalité entre les genres une ligne de conduite ferme qui se reflète dans l’ensemble de notre travail et celui de nos partenaires : la composition de notre secrétariat en est le reflet, nos projets sont suivis en tenant compte des données relatives aux femmes et à l’égalité des genres. Unitaid a été reconnue par le Global Health 50/50 Report 2020 comme faisant partie des 13 organisations les plus actives dans la santé mondiale pour l’égalité des genres.

    Au-delà, il s’agit d’avoir une approche communautaire, en s’appuyant sur celles et ceux qui connaissent les réalités locales et peuvent contribuer à élaborer les réponses adpatée. Travailler en lien étroit avec les femmes, c’est la garantie de mieux les soigner mais aussi de mieux soigner toute la communauté, de leur apporter des réponses concrètes.

    Enfin, nous ne devons plus accepter les contraintes qui pèsent sur les femmes dans leur implication dans la réponse sanitaire mondiale et nous devons agir pour les lever. Agir pour permettre leur accès à l’éducation et à la formation), agir contre les harcèlements de toute nature, agir pour leur garantir des salaires décents. Ma conviction profonde est que l’accès à la santé passe aussi par la reconnaissance des droits de chacun.e. Lorsqu’une femme se voit interdire de conduire ou de travailler, c’est aussi sa santé qui est menacée.

    A l’heure où nous vivons une crise qui frappe tout le monde, partout et en même temps, la tentation de considérer ces inégalités comme secondaires pourrrait naître. Mais l’égalité n’est pas une option, c’est une obligation morale et d’efficacité qui s’impose à nous. Simone de Beauvoir écrivait : « ce qu’il y a de plus scandaleux dans le scandale c’est qu’on s’y habitue ». Cette habitude, je ne m’y résous pas, et je la combats.



    Extraits du rapport :

    « On mesure un soutien écrasant (82 %) en moyenne dans les 17 pays pour que les femmes soient impliquées dans tous les aspects de la réponse sanitaire mondiale, aux efforts de redressement liés à la pandémie, et au développement de politiques spécifiques et de traitements médicaux. Seules 4 % des personnes interrogées sont « en désaccord » avec cette approche. »

    Retrouver plus de détails page 92 du rapport


    « En moyenne, 27 % des personnes interrogées dans les 17 pays sondés anticipent une augmentation des inégalités entre les hommes et les femmes du fait de la crise sanitaire. En regardant de plus près, il s’avère que les personnes interrogées issues de pays à revenu intermédiaire (Colombie, Inde, Kenya, Mexique et Afrique du Sud) craignent davantage une augmentation des inégalités de genre liée à la pandémie de Covid-19 que les répondants issus des pays à revenu élevé. »

    Retrouver plus de détails page 83 du rapport

    Pour aller plus loin
  • Sondage international - Les aspirations citoyennes en faveur de l’égalité femmes-hommes
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