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    Fiche 5 – La santé dans le monde : pourquoi des décennies de progrès sont menacées 

    Publié le .

    En vingt-cinq ans, la santé mondiale a connu des progrès historiques : à l’échelle du monde, l’espérance de vie a augmenté de six ans, la mortalité infantile a reculé de plus de moitié et la mortalité maternelle a diminué de 40 %. Trois ans après la fin officielle de la pandémie de Covid-19, ces acquis sont pourtant fragilisés par un recul inédit des financements internationaux en santé. Selon l’IHME, ils ont atteint leur plus bas niveau depuis 2009. Six ans après une pandémie pourtant responsable de 22 millions de décès et de 17 000 à 35 000 milliards de dollars de pertes économiques, ces arbitrages risquent d’affaiblir la prévention des épidémies, la santé maternelle et infantile et la coopération sanitaire internationale.

    Décryptage ⬇️

    Enseignements clefs

    • La santé est le secteur le plus affecté par les coupes dans l’aide au développement, -29 à 46 % entre 2024 et 2026 selon l’OCDE.
    • La coopération internationale en santé a contribué à préserver 154 millions de vies en cinquante ans grâce au déploiement de politiques de prévention et de vaccination à grande échelle, selon l’OMS.
    • Une nouvelle pandémie d’une ampleur comparable à celle du Covid-19 aurait 23 % de probabilité de survenir dans les dix prochaines années, selon The Lancet.
    • Prévenir les pandémies issues de maladies d’origine animale, comme le VIH, la grippe aviaire ou le Covid-19, coûterait bien moins cher que d’en subir les conséquences : 20 milliards de dollars par an, contre 212 milliards de pertes économiques annuelles.

    Faits et chiffres 📉

    Le financement du développement et de la solidarité internationale contribue à la santé mondiale à travers un soutien financier, technique et matériel à d’autres pays pour renforcer leurs systèmes de santé, en ciblant notamment :

    • le personnel médical
    • la surveillance épidémiologique
    • l’amélioration de la santé maternelle et infantile
    • les programmes de nutrition
    • la promotion de la couverture sanitaire universelle,
    • l’achat groupé de diagnostics, de médicaments, de vaccins…

    La coopération internationale en santé a permis l’éradication de la variole en 1980, la quasi-éradication de la poliomyélite (baisse de 99 % du nombre de cas depuis 1988) et la diminution de moitié du taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans. Le déploiement de politiques de prévention et de vaccination à grande échelle a permis de préserver 154 millions de vies en cinquante ans, selon l’OMS.

    Véritable « success story » de la coopération internationale, de nombreuses organisations ont fait leurs preuves :

    • Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, depuis sa création en 2002, a permis de réduire de 63 % le taux de mortalité de ces trois maladies et d’éviter 70 millions de décès.
    • Les financements de Gavi, l’Alliance du vaccin ont permis de vacciner 1,2 milliard d’enfants dans les pays aux ressources limitées depuis 2000, évitant ainsi plus de 20,6 millions de décès.
    • Unitaid a contribué en vingt ans à accélérer le déploiement de traitements, de diagnostics et d’outils de prévention innovants, au bénéfice de 390 millions de personnes chaque année.
    • Le Fonds des Nations unies pour la population et son département UNFPA Supplies soutiennent tous les ans 20 millions de femmes issues de 54 pays en renforçant les systèmes de santé et en facilitant l’accès aux méthodes contraceptives de leur choix.
    •  Depuis 2023, la Banque mondiale a étendu l’accès aux soins à 575 millions de personnes.
    • Les projets financés par l’Agence française de développemententre 2022 et 2024 ont permis à près de 63 millions de personnes de bénéficier d’un meilleur accès aux soins et à de 36 000 personnels de santé d’être formés.

    Or, depuis la fin de la pandémie de Covid-19, le financement de la santé mondiale subit des coupes inédites, au point de menacer les progrès acquis depuis vingt ans, dans un contexte où les inégalités en santé demeurent massives, avec des écarts persistants d’accès aux soins entre pays à revenu élevé et pays à revenu faible. Par exemple, les citoyens du Lesotho, pays où l’espérance de vie est la plus faible au monde, vivent en moyenne 33 ans de moins que ceux du Japon, où l’espérance de vie est la plus élevée. L’aide internationale en santé à destination de l’Afrique subsaharienne a reculé de 25 % entre 2024 et 2025, fragilisant une région où plusieurs pays dépendent fortement des financements extérieurs. En 2022, l’APD représentait près des deux tiers des dépenses de santé au Malawi, contre moins de 2 % en Afrique du Sud, illustrant des niveaux de vulnérabilité très contrastés au sein du continent.

    Ces financements sont un rempart essentiel contre les crises sanitaires. Investir dans la préparation aux pandémies, la surveillance épidémiologique et l’accès équitable aux vaccins, c’est enrayer la propagation des maladies avant qu’elles ne traversent les frontières. Or, la Lancet Commission on Investing in Health estime à près de 50 % le risque d’une nouvelle pandémie de la même ampleur que celle du Covid-19 dans les 25 prochaines années. Pour les dix prochaines années, cette probabilité s’élève à 23 %.

    La résistance aux antimicrobiens (RAM) rappelle que certaines menaces sanitaires sont, par nature, mondiales. Quand les bactéries ou les virus ne répondent plus aux traitements, les infections deviennent plus graves et plus difficiles à contenir. La tuberculose multirésistante en est une illustration marquante : présente dans tous les pays, elle est mortelle dans presque un cas sur deux. Dans ce contexte, réduire les financements en santé affaiblit la surveillance et la capacité de réponse, autant de leviers indispensables pour limiter des risques franchissant facilement les frontières.

    Les investissements nécessaires en santé mondiale sont nettement inférieurs au coût des crises sanitaires. Une étude publiée dans la revue scientifique Science Advances sur les maladies d’origine animale (VIH, grippe aviaire, Covid-19…) estime que la prévention des pandémies coûterait environ 20 milliards de dollars par an, soit moins de 10 % du coût des pertes économiques, estimées à 212 milliards de dollars par an.

    Les financements internationaux en santé façonnent les marchés et stimulent l’innovation en santé au profit du plus grand nombre. En soutenant la recherche, en structurant les marchés et en sécurisant la demande, des acteurs comme Unitaid facilitent l’accès à des outils médicaux innovants et abordables dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Gavi, l’Alliance du vaccin, joue un rôle comparable : en mutualisant les achats pour les pays les plus pauvres et en garantissant aux fabricants des volumes prévisibles sur le long terme, elle contribue à faire baisser les prix, jusqu’à –68 % pour le vaccin contre l’hépatite B.

    Exemple : le lénacapavir
    Le lénacapavir illustre ces avancées. Cette injection de prévention du VIH, administrée deux fois par an, affiche une efficacité proche de 100 %. Grâce aux accords conclus par la Fondation Gates et Unitaid, son prix annuel a été ramené de 28 000 dollars à environ 40 dollars dans 120 pays à revenu faible ou intermédiaire. En Afrique du Sud, où l’épidémie reste très active, une large adoption pourrait entrainer un recul du sida jusqu’à ne plus constituer une menace de santé publique d’ici 2039. À terme, si ces innovations sont financées et rendues largement accessibles, elles pourraient théoriquement conduire à une génération sans VIH d’ici une vingtaine d’années.

    La dynamique d’innovation soutenue par ces financements, véritable alternative à la loi du marché, pourrait transformer d’autres combats sanitaires majeurs : d’ici 2045, la prochaine génération d’outils contre le paludisme pourrait permettre de préserver 5,7 millions de vies d’enfants.

    Témoignages 🎙️

    « Nous vivons dans un monde encore caractérisé par d’immenses inégalités en matière de santé, où les populations des communautés les plus pauvres meurent de maladies dont personne ne meurt dans les communautés les plus riches. Ce problème peut être résolu. »                 
    Peter Sands, directeur général du Fonds Mondial, Le Grand Continent, octobre 2025.

    « Je ne pense pas que vous puissiez vous souvenir d’une guerre récente qui aurait tué 20 millions de personnes [comme le Covid-19]. Les pays dépensent des sommes colossales pour se protéger contre les attaques d’autres pays, mais relativement peu pour se protéger d’un ennemi invisible capable de faire bien plus de ravages. »
    Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Rapport du directeur général de l’OMS aux États membres à l’occasion de la 78e Assemblée mondiale de la Santé, mai 2025.

    Pour aller plus loin

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