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    La course à la tête de l’ONU : une élection clé pour l’avenir de la solidarité internationale

    Alors que l’aide publique au développement recule, que seuls 16 % des Objectifs de développement durable (ODD) devraient être atteints d’ici 2030 au rythme actuel et que le multilatéralisme fait l’objet de contestations croissantes, les Nations unies s’apprêtent à désigner la personne qui dirigera l’Organisation à partir du 1er janvier 2027.

    La personne qui succédera à António Guterres héritera d’une centrale du système international : coordonner des réponses collectives aux crises mondiales, dans un contexte de contraintes financières, de tensions géopolitiques et de confiance fragilisée dans les institutions multilatérales.

    Comment le ou la Secrétaire général·e des Nations unies est-il ou elle choisi·e ? Qui décide ? Pourquoi plusieurs États et organisations de la société civile appellent-ils la nomination d’une femme à ce poste ? Quels enjeux cette désignation soulève-t-elle pour l’avenir de la solidarité internationale ?

    Le ou la prochain·e Secrétaire général·e prendra ses fonctions dans un contexte international marqué par des crises simultanées.

    Les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient ou encore au Soudan continuent de provoquer des pertes humaines et des déplacements massifs, tandis que les besoins humanitaires atteignent des niveaux record. Dans le même temps, la crise climatique s’aggrave, les inégalités persistent et les progrès vers les Objectifs de développement durable (ODD) restent insuffisants. De nombreux pays à revenu faible et intermédiaire composent également avec un endettement élevé, qui limite leurs marges de manœuvre pour investir dans la santé, l’éducation ou l’adaptation au changement climatique. 

    Les Nations unies font également face à des tensions financières croissantes. Plusieurs pays donateurs ont réduit leurs budgets d’aide au développement, ce qui pèse directement sur les capacités d’action de nombreuses agences, fonds et programmes des Nations unies, alors que les besoins humanitaires et de développement augmentent.

    Le prochain mandat ne se limitera donc pas à l’administration des Nations unies. Il devra aussi montrer la capacité de la coopération internationale à répondre aux crises mondiales, dans un contexte où la confiance dans les institutions multilatérales se fragilise.

    La personne choisie devra également piloter plusieurs chantiers structurants pour l’avenir des Nations unies : la mise en œuvre des réformes engagées dans le cadre de l’initiative UN80, lancée pour rendre l’Organisation plus efficace et mieux adaptée aux défis du XXIe siècle, le suivi du Pacte pour l’avenir et du Pacte numérique mondial, adoptés en 2024: les débats relatifs à la réforme de l’architecture financière internationale ; et les premières discussions sur l’agenda international du développement 2030.

    Selon la Charte des Nations unies, la personne choisie exercera la fonction du « plus haut fonctionnaire » de l’Organisation. Dans les faits, son rôle dépasse largement les fonctions administratives.

    Le ou la Secrétaire général·e dirige le Secrétariat des Nations unies, représente l’Organisation sur la scène internationale, mène des efforts de médiation dans les conflits, défend les droits humains et le développement durable, et peut utiliser son autorité morale pour attirer l’attention sur les défis mondiaux émergents.

    Même si cette fonction ne permet pas d’imposer des décisions aux États membres, elle exerce une influence politique importante par la diplomatie, la capacité à fixer des priorités et le rôle de porte-voix de la communauté internationale. 

    Comment est choisi le Secrétaire général ?

    La Charte des Nations unies prévoit que le ou la Secrétaire général·e soit nommé·e par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Sur le papier, le processus paraît simple. Dans les faits, il combine davantage de transparence qu’auparavant, des négociations diplomatiques et d’importants rapports de force géopolitiques.

    Le processus débute par la présentation de candidatures par les États membres. Les personnes candidates disposent généralement d’une expérience à la tête d’un État, d’une organisation internationale ou dans les domaines de la diplomatie, des politiques publiques ou de la coopération internationale.

    L’une des principales réformes mises œuvre en 2016 a consisté à rendre le processus plus transparent et plus ouvert au public. Les personnes candidates sont désormais invitées à publier une déclaration de vision stratégique et à participer à des auditions publiques au cours desquelles ils répondent aux questions des États membres, des médias et des organisations de la société civile. Six candidat·e·s ont participé à des dialogues interactifs en avril et juin 2026, puis à un débat et à une réunion publique organisés par l’Assemblée générale en juillet. Nommé après ces rendez-vous, Olara Otunnu n’avait pas encore été soumis au même exercice public lors du premier vote indicatif du Conseil de sécurité.

     La phase décisive se déroule toutefois au sein du Conseil de sécurité. Ses quinze membres organisent une série de consultations informelles et de « votes indicatifs » confidentiels afin d’évaluer le niveau de soutien dont bénéficie chaque candidature. Pour être retenue, une candidature doit obtenir le soutien d’au moins neuf membres du Conseil et ne faire l’objet d’aucun veto de l’un des cinq membres permanents : la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni ou la Russie. Une fois un consensus trouvé, le Conseil de sécurité recommande un ou une candidate à l’Assemblée générale, qui procède ensuite à sa nomination officielle.

    Les réformes engagées depuis 2016 ont rendu le processus plus transparent, sans pour autant modifier les équilibres de pouvoir qui le structurent. Les auditions publiques coexistent toujours avec des consultations confidentielles au Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents peuvent exercer une influence déterminante.

    Les votes indicatifs jouent un rôle central dans cette phase : ils permettent aux membres du Conseil de sécurité d’évaluer les soutiens et les oppositions autour de chaque candidature avant de recommander un nom à l’Assemblée générale. Ces votes restent confidentiels et ne constituent pas une élection formelle.

    Au 7 août, sept personnes ont officiellement candidates :

    • Michelle Bachelet (Chili), ancienne Présidente du Chili et ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et directrice exécutive d’ONU Femmes ;
    • Rebeca Grynspan (Costa Rica), Secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) et Administratrice associée du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ancienne Vice-présidente du Costa Rica ;
    • Maria Fernanda Espinosa (Équateur), ancienne diplomate et ministre des Affaires étrangères d’Équateur ;
    • Carolyn Rodrigues Birkett (Guyana), Représentante permanente du Guyana auprès des Nations unies, ancienne ministre des Affaires étrangères du Guyana.
    • Rafael Mariano Grossi (Argentine), Directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ;
    • Macky Sall (Sénégal), ancien Président de la République du Sénégal et ancien président de l’Union africaine.
    • Olara Otunnu (Ouganda), ancien Secrétaire général adjoint des Nations unies et ancien Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés.

    Ces candidatures présentent des parcours et des priorités différentes, allant des droits humains au financement du développement, en passant par la diplomatie nucléaire, l’expérience gouvernementale et les réformes institutionnelles. Ces candidatures traduisent aussi différentes visions du rôle de l’Organisation : médiation, réforme du multilatéralisme, financement du développement, droits humains ou modernisation institutionnelle.

    Les auditions publiques ne portent plus uniquement sur l’expérience des candidat·e·s. Elles sont devenues un espace de débat sur l’avenir des Nations unies. Les États membres, les organisations de la société civile et les médias interrogent les candidat·e·s sur leur vision du multilatéralisme, leur capacité à accélérer la mise en œuvre des ODD, à défendre les droits humains, à renforcer l’égalité de genre et à dialoguer avec les organisations de la société civile. Au-delà de leur parcours, c’est donc leur aptitude à répondre aux attentes, parfois divergentes, des États, des organisations de la société civile et des populations qui est désormais mise à l’épreuve.

    Un premier vote indicatif qui dessine un rapport de force encore provisoire

    Le 30 juillet 2026, le Conseil de sécurité a organisé un premier « vote indicatif » à bulletin secret. Les résultats placent Rebeca Grynspan en tête avec dix avis favorables, un défavorable et quatre sans opinion. Carolyn Rodrigues Birkett a obtenu neuf avis favorables, deux défavorables et quatre sans opinion, tandis que Rafael Grossi en a recueilli sept favorables, deux défavorables et six sans opinion. Michelle Bachelet et Macky Sall ont chacun reçu six avis favorables, María Fernanda Espinosa cinq et Olara Otunnu deux.

    Ces résultats ne préjugent toutefois pas de l’issue du processus. Ces votes ne constituent pas une élection formelle. Ils permettent aux membres du Conseil de sécurité de tester les soutiens et les oppositions avant de proposer une candidature à l’Assemblée générale. Les bulletins ne distinguaient pas les cinq membres permanents des dix membres élus : il est donc impossible de savoir si l’un des avis défavorables émane d’un État disposant du droit de veto. Les soutiens peuvent par ailleurs évoluer au fil des négociations et de nouveaux candidats peuvent encore entrer dans la course. Un deuxième vote indicatif est envisagé pour le 21 août, sous la présidence danoise du Conseil de sécurité.

    À retenir

    Cinq éléments à retenir sur la course au Secrétariat général

    1

    Une nomination décidée par les États membres

    Le Conseil de sécurité recommande une candidature, puis l’Assemblée générale procède à la nomination officielle.

    2

    Le Conseil de sécurité conserve un rôle décisif

    Une candidature doit recueillir au moins neuf soutiens et ne faire l’objet d’aucun veto d’un membre permanent.

    3

    Un processus plus transparent depuis 2016

    Les personnes candidates participent à des auditions publiques, et publient leurs priorités et vision stratégique.

    4

    Les Nations unies n’ont jamais été dirigées par une femme

    Depuis 1945, les neuf secrétaires généraux ont tous été des hommes.

    5

    Un contexte de fortes tensions multilatérales

    La personne choisie devra guider les Nations unies dans un contexte marqué par les crises géopolitiques, les défis climatiques, les tensions financières et les débats sur l’avenir de la coopération internationale.

    L’un des débats structurants de la campagne de 2026 concerne la représentation des femmes à la plus haute fonction des Nations unies. En plus de 80 ans d’existence, l’Organisation n’a jamais été dirigée par une femme. Les neuf Secrétaires généraux qui se sont succédé étaient tous des hommes.

    Depuis 1945, 56 personnes ont été officiellement candidates au poste de secrétaire général : 48 hommes contre seulement 8 femmes. Aucune femme n’a été officiellement candidate durant les six premières décennies d’existence de l’Organisation. Sept des huit candidatures féminines ont été présentées lors du processus de 2016, après des réformes visant à rendre la sélection plus transparente.

    Aucune règle n’empêche une femme d’accéder à cette fonction. Le débat porte donc moins sur l’existence de profils qualifiés que sur la capacité des États membres à traduire leurs engagements en faveur de l’égalité de genre dans leurs choix de gouvernance. Ce constat contraste avec l’évolution observée dans le reste du système multilatéral : selon GWL Voices, près d’une organisation internationale sur deux (46 %) est aujourd’hui dirigée par une femme.

    Les appels en faveur d’une femme Secrétaire générale ne sont pas nouveaux. Lors de la sélection de 2016, la coalition « 1 for 7 Billion » (aujourd’hui « 1 for 8 Billion ») plaidait déjà pour un processus plus transparent, inclusif et fondé sur le mérite. Dix ans plus tard, ces revendications occupent une place plus visible dans le débat public autour de la succession à la tête des Nations unies.

    Des initiatives comme la Campaign to Elect a Woman UN Secretary-GeneralGWL Voices ou encore la coalition 1 for 8 Billion estiment que l’Organisation dispose aujourd’hui d’une occasion historique d’aligner sa gouvernance avec les principes qu’elle défend dans ses politiques et programmes. Plusieurs États membres, dont l’Espagne et la France, soutiennent également publiquement l’idée qu’une femme puisse prendre la tête de l’Organisation.

    Société civile

    Ce qu’attendent les organisations de la société civile

    Depuis plusieurs années, des coalitions comme 1 for 8 Billion, GWL Voices ou la Campaign to Elect a Woman UN Secretary-General plaident pour un processus de sélection plus transparent, plus inclusif et fondé sur le mérite. Leurs recommandations convergent autour de cinq priorités :

    • Un processus plus transparent et fondé sur le mérite

      Des auditions publiques, des candidatures ouvertes et un choix guidé par les compétences plutôt que par les seuls équilibres géopolitiques.

    • Une gouvernance plus représentative

      La nomination de la première femme Secrétaire générale, mais aussi une meilleure représentation des femmes, des jeunes et des groupes sous-représentés dans les instances de décision des Nations unies.

    • Un engagement fort en faveur des droits humains

      La défense de l’égalité de genre, de la Charte des Nations unies et des droits des femmes et des populations marginalisées, dans un contexte de montée des mouvements anti-droits et de remise en cause de certaines normes internationales.

    • Un dialogue plus étroit avec les organisations de la société civile

      Les organisations non gouvernementales doivent pouvoir contribuer au débat, formuler des propositions et interpeller les candidat·e·s.

    • Un leadership tourné vers la prévention et la réforme

      Un leadership capable de renforcer la coopération internationale, de promouvoir une gouvernance mondiale plus représentative et de mieux articuler paix, développement, climat et droits humains.

    Objectif commun : une procédure de sélection plus ouverte, plus représentative et mieux adaptée aux défis contemporains du multilatéralisme.

    La désignation du ou de la prochain·e secrétaire général·e des Nations unies ne se limite pas au choix d’une personnalité. Elle intervient à un moment où le système multilatéral doit répondre à des crises simultanées, à des contraintes financières croissantes et à des attentes fortes en matière de représentativité.

    Le processus engagé en 2026 met en lumière trois enjeux centraux : la transparence de la sélection, le rôle déterminant du Conseil de sécurité et la capacité des États membres à traduire leurs engagements en faveur de l’égalité de genre dans leurs choix de gouvernance.

    La personne nommée devra accompagner les Nations unies dans une période marquée par la mise en œuvre du Pacte pour l’avenir, les réformes institutionnelles engagées dans le cadre d’UN80 et les premières discussions sur les Objectifs du développement durable après 2030. Cette désignation constitue ainsi un test pour la crédibilité du multilatéralisme et pour la place que les États souhaitent lui donner dans les années à venir.

    Calendrier prévisionnel

    Les prochaines étapes

    1. 30 juillet 2026

      Premier vote indicatif du Conseil de sécurité ; Rebeca Grynspan arrive en tête des avis favorables divulgués, devant Carolyn Rodrigues Birkett et Rafael Grossi.

    2. 21 août 2026

      Date envisagée par la présidence danoise du Conseil de sécurité pour un deuxième vote indicatif.

    3. Fin été – automne 2026

      Poursuite probable des consultations et des votes indicatifs, avec la possibilité de bulletins différenciant ultérieurement les membres permanents afin de faire apparaître d’éventuels vetos.

    4. Dernier trimestre 2026

      Recommandation du Conseil de sécurité, puis nomination officielle par l’Assemblée générale.

    5. 1er janvier 2027

      Entrée en fonction du ou de la nouveau·elle Secrétaire général·e.

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