Les coupes dans l’aide au développement de la France pourraient causer 3,5 millions de morts d’ici 2030
Depuis 2023, la France a réduit de près d’un quart les montants qu’elle alloue à la solidarité internationale. Dans une étude parue en mai 2026, l’Institut de santé globale de Barcelone (IS Global) estime que ces coupes budgétaires pourraient entraîner plus de 3,5 millions de décès dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’ici 2030. Décryptage.

La France revient sur ses engagements en matière de solidarité internationale
La France a longtemps occupé une place de premier plan parmi les acteurs de la lutte contre la pauvreté et les dérèglements climatiques. Cinquième bailleur mondial d’aide publique au développement (APD), elle soutient la mise en œuvre de projets et politiques dans les domaines de la santé, l’éducation, les droits humains, ou encore le climat. Elle est également un acteur majeur de la coopération multilatérale et figure parmi les principaux financeurs de nombreuses organisations internationales œuvrant en faveur de l’atteinte des Objectifs de développement durable.
Pourtant, depuis 2023, l’aide publique au développement a été particulièrement mise à contribution dans l’effort de redressement des finances publiques. Bien qu’elle ne représente que 0,42 % du revenu national brut, ses financements ont reculé de 22 % en deux ans, à la suite de cinq coupes successives.
C’est dans ce contexte que IS Global a cherché à quantifier les conséquences de ces coupes budgétaires en termes de vies humaines.
Des coupes budgétaires aux conséquences bien réelles
Pour ce faire, les chercheurs ont adapté la méthodologie de l’une de leurs précédentes études, parue dans la revue scientifique The Lancet et estimant l’impact des coupes dans l’aide au développement des États-Unis.
Les chercheurs ont estimé le nombre de décès évités grâce à l’APD française dans 124 pays entre 2002 et 2022, puis modélisé le nombre de vies supplémentaires qui auraient pu être sauvées si la France avait maintenu son APD à son niveau de 2022. Ils ont ensuite comparé ce scénario à celui attendu compte tenu des coupes opérées depuis 2023.
Si la France avait maintenu son APD à son niveau de 2022, celle-ci aurait permis d’éviter près de 11,8 millions de décès entre 2023 et 2030. Les réductions budgétaires engagées depuis 2023 ramèneraient cet impact à 8,2 millions de décès évités, soit 3,5 millions de décès supplémentaires par rapport au scénario de maintien des financements.
Ce résultat, fondé sur une modélisation, comporte nécessairement une marge d’erreur. Il fournit toutefois un ordre de grandeur de l’impact des coupes dans l’APD française.
Alors que le gouvernement envisage une nouvelle réduction des crédits de la mission aide publique au développement dans le projet de loi de finances pour 2027, cette étude rappelle que les arbitrages budgétaires en matière de solidarité internationale ont des conséquences concrètes sur la mortalité dans les pays partenaires de la France.








