Une majorité de Français·es en faveur d’un maintien ou d’une augmentation de l’aide publique au développement
Selon la dernière vague d’enquête du baromètre du Development Engagement Lab (DEL) menée en juillet 2026, 56 % des Français·es interrogé·es déclarent souhaiter un maintien ou une augmentation de l’aide au développement à destination des pays les plus pauvres. Ce soutien a augmenté de 6 points depuis novembre 2025. Sur la même période, on observe que les Français sont également proportionnellement moins nombreux à se déclarer en faveur d’une baisse de l’APD : -4 points de pourcentage.
En dépit d’un fléchissement du soutien à l’APD observé durant l’année 2025, on mesure (delta de 10 points) en juillet 2026 un retour des opinions en faveur d’un soutien similaire à celui qui prévalait en janvier 2025.
La question posée aux personnes sondées intègre le montant chiffré de l’aide publique au développement allouée par la France à destination des pays en développement selon le monde de calcul de l’OCDE : 14,3 milliards d’euros, soit 0,48 % de la richesse nationale. Un montant qui peut s’avérer conséquent ou dérisoire au regard du montant du PIB mentionné dans la question : 2 988 milliards d’euros.
Comment le soutien des Français à l’aide publique au développement évolue-t-il depuis 2023 ?
Par rapport à 2013, les Français sont aujourd’hui plus nombreux à se déclarer en faveur d’une augmentation de l’aide publique au développement. La mesure de ce soutien est passée de 18 % en décembre 2013 à 24 % en juillet 2026, avec un pic enregistré à 37% en février 2020.
Cette évolution est parallèlement renforcée par une dynamique de baisse entre 2013 et 2026 de la proportion de citoyens se prononçant en faveur d’une diminution de l’aide au développement : 43 % en décembre 2013 contre 32 % en juillet 2026.
Depuis juin 2020, on note un fléchissement discontinu de la proportion des Français en faveur d’une augmentation de l’APD, associé à une augmentation de ceux qui souhaitent une diminution de l’APD.
En octobre 2023, et pour la première fois, les courbes des partisans d’une hausse et d’une baisse de l’aide au développement se sont croisées (à 26 % chacune).
Il est difficile d’invoquer des certitudes pour interpréter ces fluctuations. On peut seulement émettre des hypothèses connectées à des phénomènes tangibles. On observe ainsi que cette érosion des opinions en faveur d’une plus grande solidarité de la France à l’égard des pays en développement a coïncidé avec les conséquences économiques de la pandémie de Covid-19, suivies de l’inflation affectant notamment les prix de l’énergie du fait de la guerre menée par la Russie en Ukraine. Cette corrélation d’ordre économique n’est pas nécessairement une causalité, et ne doit pas faire oublier que parallèlement, du point de vue des valeurs, lorsque la question du partage des vaccins disponibles avait été posée, les Français se sont montrés très en faveur d’une solidarité internationale en matière de santé. Massivement, ils s’étaient prononcés en désaccord avec tout privilège vaccinal national et très en faveur, dans un contexte de pénurie de vaccins, d’une vaccination prioritaire de toutes les personnes vulnérables dans tous les pays du monde.
En regardant de plus près l’évolution des opinions des Français vis-à-vis de l’aide publique au développement, on remarque trois dynamiques dessinant trois tendances :
- Pour la moyenne des Français, une tendance générale se dégage depuis 2013 en faveur d’une augmentation, même si on remarque régulièrement des fléchissements de cette opinion, régulièrement corrigés par des remontées, surtout à partir de septembre 2023,
- Parmi certains groupes spécifiques, tels que les électeurs du Rassemblement National ou encore les personnes qui se déclarent « non-préoccupées » par la pauvreté dans le monde, la tendance n’évolue pas clairement, ni à la hausse ni à la baisse,
- Ceux qui se déclarent préoccupés par la pauvreté dans le monde et/ou engagés (ou informés) sur les questions de développement, sont invariablement associés au souhait d’une augmentation de l’aide publique au développement : plus on est sensible aux enjeux de développement international, plus on soutient l’aide publique au développement.
Quelles hypothèses retenir pour tenter d’expliquer cette évolution ?
- Lorsque l’aide publique au développement fait l’objet de coupes financières de la part des gouvernements, les citoyens ont tendance à soutenir cette politique publique. Une tendance également mesurée par le DEL au Royaume-Uni et aux Etat-Unis.
- La succession des campagnes de sensibilisation émanant de la société civile « imprime » progressivement une meilleure connaissance, conduisant à une sensibilisation accrue des Français·es en matière de développement et de solidarité internationale.
- On peut également émettre l’hypothèse selon laquelle la mise à l’agenda politique, médiatique et citoyenne des enjeux climatiques (COP21 et suivantes), sanitaires (Covid-19), migratoires, et les attaques terroristes opérées sur le sol français ont contribué à une plus grande compréhension des interdépendances grandissantes entre le « Nord » et le « Sud » et leur appréhension par les citoyens.
- Tout se passe comme si les Français étaient progressivement de plus en plus conscients que la situation qui prévaut ici dépend de celle qui prévaut là-bas. Les effets de la guerre en Ukraine et des tensions au Moyen-Orient sur les prix de l’énergie, l’inflation ou le pouvoir d’achat, les causes et conséquences des dérèglements climatiques, représentent autant d’expériences rendant concrètes ces interdépendances.
- La suppression de USAID, l’épidémie d’Ebola en RDC, le séisme au Vénézuela ou d’autres crises humanitaires s’accompagnent vraisemblablement d’une relative prise de conscience des conséquences de la baisse du soutien de la communauté internationale, en particulier venant des Etats-Unis.
- Enfin, les tensions géopolitiques, l’inflation, les préoccupations liées au pouvoir d’achat et les débats croissants sur la nécessité de maîtriser les finances publiques ont probablement contribué au fléchissement ponctuel du soutien à l’APD. La circulation de fausses informations sur les financements prétendument accordés à la Chine ou à l’Algérie a également pu alimenter ces évolutions.
*Précision : Les résultats obtenus entre septembre 2013 et juillet 2018 sont issus du projet de recherche Aid Attitudes Tracker (AAT) tandis qu’ à partir de mai 2019, les résultats relatifs à cette même question sont issus du projet Development Engagement Lab (DEL). Si ces deux études sont suffisamment similaires pour montrer l’évolution des réponses obtenues, elles reposent cependant sur deux méthodes d’échantillonnage un peu différentes, susceptibles d’expliquer, en partie, l’évolution des résultats entre AAT et DEL à partir de mai 2019.
Enquête après enquête, l’orientation politique s’avère une variable particulièrement discriminante quand il s’agit d’objectiver le niveau de soutien à l’aide publique au développement. Plus les répondants se déclarent à gauche ou au centre de l’échiquier politique, plus ils sont nombreux à se déclarer en faveur de son augmentation ou de son maintien. Dans des proportions similaires, l’auto-positionnement des sondés a droite de l’échiquier politique est se caractérise par un soutien plus modéré au principe de l’APD.
Plus en détail, en s’attachant aux données d’octobre 2025 compte-tenu de la taille importante de l’échantillon (6075 répondants), l’opinion des sympathisant·es de « gauche » en faveur d’un maintien ou d’une augmentation de l’APD (68 %) n’est pas très éloignée de celle des sympathisant·es du « centre » (61 %). Cette opinion en faveur de l’APD est nettement moins partagée par les personnes qui se déclarent de « droite » (44 %) et encore moins par ceux qui se déclarent « très à droite » (23 %). Les sympathisants du « centre » sont proportionnellement beaucoup moins nombreux (-18 points) que ceux de « gauche“ à se prononcer en faveur d’une augmentation, mais ils sont également plus nombreux à déclarer souhaiter un maintien (+11 points).
Ces taux de réponses montrent, notamment chez les sympathisants de droite (ou très à droite) interroge la solidarité sous l’aspect économique d’une dépense (l’aide). En revanche, ces résultats ne doivent pas être interprétés comme une opposition au principe de la solidarité internationale. Par le biais d’autres questions thématiques ou lors d’études qualitatives, on mesure que sur des sujets tels que l’accès à la santé ou à l’éducation, l’égalité entre femmes et hommes, le soutien aux actions de la France est beaucoup plus transversal quelles que soient les sympathies politiques.
Ces données sont issues de notre sondage réalisé par l’Institut YouGov et piloté par l’équipe de recherche du University College London et de l’Université de Birmingham dans le cadre des projets Aid Attitudes Tracker et Development Engagement Lab qui mesure l’évolution des opinions et comportements sur les enjeux de solidarité internationale dans quatre pays.







