Loi de finances 2026 : une cinquième coupe dans l’aide publique au développement
Publié le03/02/2026.
Le projet de loi de finances (PLF) pour 2026, adopté le 2 février en application de l’article 49.3 de la Constitution, entérine une coupe de 803 millions d’euros de la mission « aide publique au développement » (APD). En moins de deux ans, la mission APD, qui ne représente pourtant que 0,45 % du budget de l’État, a subi cinq coupes consécutives et ses moyens ont été réduits de 40 %.
Les crédits de la mission APD passent ainsi de 4,373 milliards d’euros dans la loi de finances 2025 à 3,569 milliards (-18 %) en 2026. En outre, ce budget confirme l’abandon des financements innovants de l’APD par la France depuis 2025 (cf. encadré).
En moyenne, les missions du budget de l’État sont coupées de 0,7 %. La mission APD est la 2e plus coupée en volume (-803 millions), derrière la mission « Investir pour la France de 2030 » (-867 millions), et la 2e la plus coupée en proportion (-18 %) après « Transformation et fonction publiques » (-28 %).
Il s’agit de la cinquième coupe consécutive dans le budget de la mission Aide publique au développement en un peu moins de deux ans. Depuis 2021, date de l’adoption d’une loi prévoyant l’augmentation progressive des moyens de cette politique, ils ont au contraire été réduits de 48 %. Avec l’adoption de ce budget, l’aide publique au développement totale de la France, telle que comptabilisée par l’OCDE, pourrait retomber à 0,38 % du RNB en 2026 – un niveau équivalent à celui de 2016 après des années de progrès.
À titre d’illustration, 800 millions d’euros pourraient permettre au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme d’éviter 860 000 décès.
L’aide multilatérale de la France est tout particulièrement sabrée, reculant de 42 % par rapport à 2025 (-476 millions d’euros) au sein des deux principaux programmes de la mission APD – « Solidarité à l’égard des pays en développement » (P209), administré par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), et « Aide économique et financière au développement » (P110), piloté par le ministère de l’Économie et des finances. Une partie de la diminution des crédits du P209 s’explique par le regroupement de l’ensemble des contributions du MEAE en matière de santé, éducation, diplomatie féministe, égalité de genre et droits et santé sexuels et reproductifs au sein du programme « Fonds de solidarité pour le développement » (P384), dont les crédits de paiement demeurent toutefois inchangés. Les crédits pour les actions de coopération bilatérale diminuent de 23 % (-498 millions d’euros).
Le PLF 2026 entérine également une baisse sans précédent de l’aide humanitaire. Pourtant, dans sa stratégie humanitaire 2023-2027, la France s’était engagée à consacrer 1 milliard d’euros par an à cette action d’ici 2025. Elle semblait sur la bonne voie, avec 895 millions d’euros alloués en 2024, mais le gouvernement a depuis opéré une réduction drastique de 67 % de cette enveloppe. Le PLF 2026 ne prévoit ainsi plus que 294 millions d’euros, soit 206 millions de moins qu’en 2025 (-41,2 %). Dans le détail, le Fonds d’urgence humanitaire et de stabilisation recule de 26 millions d’euros, l’aide alimentaire programmée subit une coupe de plus de 60 % (-80 millions), et les contributions volontaires humanitaires aux Nations unies chutent des deux tiers, passant de 150 à 50 millions d’euros.
Le soutien aux ONG enregistre une baisse marquée. Les moyens du dispositif Initiatives-OSC, géré par l’Agence française de développement et principal canal par lequel transite l’APD mise en œuvre par les organisations de la société civile (OSC), diminuent de 18 % entre 2025 et 2026, passant de 132 millions d’euros dans la LFI 2025 à 107 millions dans le PLF 2026. En outre, les autorisations d’engagement pour ce programme reculent de 40,7 % en 2026, ce qui entraînera une diminution du nombre de nouveaux projets dans les années à venir.
| La fin des financements innovants du développementOutre les coupes via les lois de finances et des décrets, la loi de finances 2025 a mis fin aux financements innovants de l’APD par la France. Une partie (738 millions d’euros) des recettes de la taxe sur les transactions financières et de la taxe de solidarité sur les billets d’avion était jusque-là affectée chaque année au Fonds de solidarité pour le développement (FSD) pour soutenir le financement par la France d’instruments multilatéraux (Fonds mondial, Gavi, Unitaid, Fonds vert climat, Partenariat mondial pour l’éducation). La LFI 2025 a officialisé la suppression du FSD : l’ensemble du produit des deux taxes alimente désormais le budget général, abrogeant ainsi le seul instrument qui soutenait directement l’APD de manière pérenne chaque année. Le FSD est remplacé par une nouvelle ligne budgétaire du même nom, qui ajoute 738 millions d’euros de crédits de paiement à la mission APD depuis 2025, limitant artificiellement la baisse des crédits. |






