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    À Nairobi, le sommet Africa Forward acte le virage d’une nouvelle doctrine franco-africaine du financement du développement

    Publié le 18/05/2026.

    Coorganisé par la France et le Kenya les 11 et 12 mai 2026, le sommet Africa Forward a marqué une tentative de refondation des relations entre la France et le continent africain autour d’un nouveau récit : celui du partenariat d’égal à égal, de l’investissement privé et de l’autonomie stratégique. Derrière les 23 milliards d’euros d’engagements annoncés, le sommet traduit aussi une évolution plus profonde : le recul assumé de la logique d’aide publique au développement au profit d’approches davantage tournées vers les investissements, les garanties et la mobilisation du secteur privé. Une orientation qui soulève autant d’attentes que d’interrogations sur la nature réelle des financements mobilisés et leur capacité à répondre aux besoins sociaux et sanitaires du continent. Décryptage.

    Le Sommet Africa Forward, organisé à Nairobi par la France et le Kenya, a réuni près de 30 chefs d’État et de gouvernement africains, aux côtés de grandes entreprises françaises et africaines telles que TotalEnergies, CMA CGM, Orange, EDF, Canal+, Sanofi, Schneider Electric, Nutriset ou encore Eiffage, ainsi que des institutions financières internationales, des entrepreneurs et des représentants de la société civile.

    Présenté comme un sommet « nouvelle génération », Africa Forward avait pour ambition de dépasser les approches traditionnelles de l’aide au développement pour promouvoir un modèle fondé sur le co-investissement, la mobilisation du secteur privé, l’innovation et l’autonomie stratégique.

    Cette inflexion a été résumée sans ambiguïté par Emmanuel Macron lors de son discours d’ouverture :
    « Ce qu’on veut faire, ce n’est pas apporter de l’aide. Ce logiciel est passé. »

    Le président français a ainsi plaidé pour un nouveau modèle de financement du développement centré sur les investissements, les garanties et les mécanismes de réduction du risque plutôt que sur l’aide publique au développement traditionnelle.

    23 milliards d’euros annoncés : de quoi parle-t-on réellement ?

    Le sommet a débouché sur l’annonce de 23 milliards d’euros d’engagements dans les secteurs de la santé, de l’agriculture, du numérique, des infrastructures, de l’énergie et de la finance.

    Mais ces montants agrègent des instruments financiers de nature très différente :

    • investissements privés ;
    • prêts ;
    • garanties ;
    • subventions ;
    • mécanismes de financement mixte ;
    • partenariats public-privé ;
    • annonces d’intention ou projets futurs.

    La nature de ces flux dépasse largement le cadre de l’aide publique au développement, comme le revendiquent les organisateurs.

    Sur ces 23 milliards d’euros, 14 milliards proviennent d’entreprises françaises et d’acteurs publics français du développement, notamment l’AFD, Proparco et le Trésor français, tandis que 9 milliards sont annoncés par des investisseurs et entreprises africains.

    Le suivi de ces engagements sera assuré par une nouvelle plateforme baptisée « Coalition Impact Afrique-France », chargée de centraliser les annonces et d’en suivre la mise en œuvre.

    Si le sommet revendique un changement de paradigme, plusieurs questions demeurent néanmoins ouvertes : quelle part de ces annonces correspond à des financements réellement nouveaux ? Combien relèvent d’investissements déjà programmés ou d’engagements privés non contraignants ? Et surtout, dans quelle mesure ces mécanismes permettront-ils de financer les secteurs sociaux les moins rentables mais essentiels, comme les systèmes de santé primaires ou la lutte contre la pauvreté ?

    La santé au cœur des annonces

    La santé est apparue comme l’un des principaux secteurs prioritaires du sommet, avec 942 millions d’euros d’investissements annoncés dans les infrastructures hospitalières, la souveraineté pharmaceutique et la production de vaccins.

    Parmi les principaux projets annoncés :

    • un programme panafricain de 600 millions d’euros porté par Ellipse Projects pour développer des infrastructures de santé au Kenya, en République démocratique du Congo et en République centrafricaine ;
    • un programme hospitalier de 222 millions d’euros en Guinée conduit par Eiffage et APHP International ;
    • un projet de transfert de technologie vaccinale contre le chikungunya entre l’Institut Pasteur de Paris et l’Institut Pasteur de Dakar ;
    • un transfert de technologie coordonné par Unitaid pour favoriser la production de Lénacapavir en Afrique du Sud ; 
    • une initiative soutenue par Sanofi pour produire localement des vaccins hexavalents en Afrique du Sud.

    Au-delà des infrastructures, le sommet a fortement insisté sur les notions de souveraineté sanitaire et de production pharmaceutique régionale, désormais présentées comme des piliers du partenariat Afrique-Europe.

    L’AFD et Proparco ont également annoncé plusieurs initiatives destinées à renforcer les capacités pharmaceutiques en Afrique de l’Est et à soutenir l’industrialisation du secteur de la santé.

    Nutrition, agriculture et sécurité alimentaire

    Les questions agricoles et alimentaires ont elles aussi occupé une place importante dans les annonces du sommet.

    Le groupe français Nutriset a annoncé l’extension de ses activités au Nigeria, en Éthiopie et au Burkina Faso afin de lutter contre la malnutrition à travers des chaînes d’approvisionnement locales et des cultures à forte valeur nutritionnelle.

    L’AFD et le FIDA ont par ailleurs lancé un programme de transformation de la filière laitière en Tanzanie destiné à améliorer la sécurité alimentaire et les revenus agricoles, tandis que les initiatives FARM+ et FASA visent à soutenir les PME agricoles africaines et la résilience des systèmes alimentaires.

    Une nouvelle architecture financière du développement ?

    Le sommet a également mis en avant plusieurs initiatives visant à réformer le financement du développement et à mobiliser davantage de capitaux privés sur le continent africain.

    La France a notamment annoncé rejoindre le capital d’ATIDI, institution panafricaine spécialisée dans les garanties et assurances liées au commerce et à l’investissement, afin de développer des mécanismes de réduction du risque susceptibles d’attirer davantage d’investissements privés.

    Emmanuel Macron a également plaidé pour une réforme plus large de l’architecture financière internationale, incluant une mobilisation accrue du FMI et de la Banque mondiale ainsi qu’une réallocation des droits de tirage spéciaux (DTS) vers les économies africaines.

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