PLF 2027 : le budget de l’aide publique au développement de nouveau menacé d’une baisse de 300 millions d’euros
Après cinq réductions successives en moins de deux ans, le budget consacré à l’aide publique au développement pourrait de nouveau diminuer en 2027. D’après les plafonds de dépenses arrêtés par le Premier ministre, les crédits de la mission « Aide publique au développement » seraient ramenés à 3,3 milliards d’euros, soit une baisse de 300 millions d’euros par rapport à la loi de finances pour 2026. Depuis la loi de finances pour 2024, les moyens de cette mission auraient ainsi reculé de 44 %.
Le 15 juillet 2026, Matignon a dévoilé les plafonds de dépenses envisagés pour le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, arrêtés par le Premier ministre dans le cadre des lettres-plafonds adressées aux différents ministères. Ces montants constituent le cadrage budgétaire retenu par le Gouvernement à ce stade. Ils préfigurent les crédits qui figureront dans le PLF 2027, mais pourront encore évoluer avant sa présentation en Conseil des ministres, puis au cours de son examen par le Parlement.
Selon ce cadrage, la mission « Aide publique au développement » subirait une sixième baisse consécutive depuis février 2024. Son plafond passerait de 3,6 milliards d’euros dans la loi de finances initiale pour 2026 [LF1] à 3,3 milliards d’euros en 2027, soit une diminution de 300 millions d’euros et de 8 %. Dans le même temps, les crédits des autres missions présentées dans le document augmenteraient en moyenne d’environ 1 %.
Le montant annoncé ne constitue toutefois pas encore le budget définitif. Il pourra évoluer avant le dépôt du PLF, puis au cours de son examen par l’Assemblée nationale et le Sénat.
Aide publique au développement : la trajectoire des coupes budgétaires en France
Depuis 2023, la France revient sur ses engagements en matière de solidarité internationale. Focus 2030 retrace les coupes successives qui ont fortement réduit le budget de l’aide publique au développement et analyse leurs conséquences.
Découvrir la trajectoire des coupes →Une nouvelle baisse après les coupes intervenues en 2026
Le cadrage du PLF 2027 intervient alors que les crédits de la mission APD ont déjà été réduits en cours d’année. Deux décrets publiés en juin 2026 ont annulé 21 millions d’euros de crédits de paiement, ramenant les ressources de la mission à environ 3,548 milliards d’euros.
Par rapport à ce montant, le plafond envisagé pour 2027 représenterait une diminution supplémentaire de près de 250 millions d’euros, soit environ 7 %.
| Mission « Aide publique au développement » | Crédits de paiement |
| Loi de finances initiale pour 2026 | 3,569 Md€ |
| Crédits disponibles après les annulations de juin 2026 | 3,548 Md€ |
| Plafond envisagé pour le PLF 2027 | 3,3 Md€ |
| Évolution par rapport à la LFI 2026 | −300 M€ environ, soit −8 % |
Cette réduction prolongerait la trajectoire engagée en février 2024. Entre le montant prévu dans le PLF 2024 et le cadrage annoncé pour 2027, les crédits de la mission APD seraient passés d’environ 5,9 à 3,3 milliards d’euros, soit une diminution de près de 2,6 milliards d’euros et de 44 % en trois ans.
Ces réductions pourraient avoir des conséquences humaines considérables. Selon une modélisation publiée par l’Institut de santé globale de Barcelone (ISGlobal), les coupes déjà engagées dans l’aide française pourraient se traduire par plus de 3,5 millions de décès supplémentaires d’ici à 2030, par rapport à un scénario dans lequel les financements auraient été maintenus à leur niveau de 2023.
L’aide au développement concentrerait une part disproportionnée des économies
La mission « Aide publique au développement » enregistrerait l’une des principales baisses du budget de l’État en 2027. Avec 300 millions d’euros de crédits en moins, elle concentrerait environ 8,5 % des 3,5 milliards d’euros de diminutions parmi les missions présentées dans le document.
Cette contribution apparaît d’autant plus disproportionnée que la mission APD représente moins de 0,5 % des dépenses du budget général de l’État.
Dans le même temps, les dépenses de l’État et de ses opérateurs atteindraient 708,4 milliards d’euros en 2027. Le Gouvernement prévoit notamment une augmentation de 6,4 milliards d’euros du budget des armées, de 1,5 milliard pour la mission « Écologie, développement et mobilités durables », de 800 millions pour l’enseignement scolaire et de 600 millions pour la recherche et l’enseignement supérieur.
Une baisse de 44 % depuis 2024
S’il était confirmé, le plafond envisagé pour 2027 serait :
- Inférieur d’environ 7 % aux crédits restant disponibles après les annulations intervenues en 2026 ;
- Inférieur de 25 % au montant inscrit dans le PLF 2025 ;
- Inférieur de 44 % au montant prévu dans le PLF 2024.
Le budget de la mission APD diminuerait ainsi pour la sixième fois consécutive depuis les premières annulations de crédits en février 2024. En volume cumulé, il s’agirait de la troisième réduction la plus importante enregistrée par une mission budgétaire sur cette période.
De nombreux acteurs dénoncent une solidarité internationale devenue « variable d’ajustement »
En juillet 2026, 144 parlementaires et 392 ONG ont adressé une lettre ouverte au Premier ministre pour demander le déblocage de crédits pourtant votés et rappeler que l’aide française devait répondre en priorité aux besoins des populations les plus vulnérables.
Les nouvelles annonces pour 2027 ont suscité de nombreuses réactions parmi les organisations de la société civile, à l’instar de Coordination SUD qui dénonce un « acharnement » budgétaire et rappelle qu’au cours des trois dernières années, le budget de l’aide publique au développement a été l’un des principaux contributeurs à l’effort de réduction du déficit public.
L’UNICEF France s’alarme de la coupe envisagée pour 2027, estimant que, pour les enfants, « le coût est immense ». À titre d’illustration, 300 millions d’euros permettraient à l’UNICEF d’apporter un soutien psychologique à plus de 12 millions d’enfants ayant vécu des violences armées, l’exil ou la perte d’un proche. Une somme équivalente pourrait également permettre de fournir de l’eau, de la nourriture, des soins et une protection à plus de 1,8 million d’enfants et de familles affectés par un conflit ou une catastrophe naturelle.
Une trajectoire qui éloigne encore la France de ses engagements
La réduction envisagée interviendrait six ans après l’adoption de la loi du 4 août 2021 relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales. Celle-ci fixait pour objectif de consacrer 0,7 % du revenu national brut à l’aide publique au développement en 2025.
Cet objectif n’a pas été respecté et son atteinte repoussée à 2030. Après avoir culminé à 0,56 % du revenu national brut en 2022, l’aide française ne cesse de reculer. Compte tenu des coupes déjà adoptées, elle pourrait tomber autour de 0,38 % du RNB en 2026, soit un niveau comparable à celui enregistré dix ans plus tôt.
Les lettres-plafonds font également apparaître une baisse particulièrement préoccupante des autorisations d’engagement, qui permettent de lancer de nouveaux projets financés sur plusieurs années. Selon les informations disponibles, elles diminueraient d’environ 917 millions d’euros pour les deux principaux programmes de la mission : 600 millions pour le programme 110 « Aide économique et financière au développement » et 317 millions pour le programme 209 « Solidarité à l’égard des pays en développement ».
Cette réduction aurait donc des effets au-delà de l’année 2027 : elle limiterait fortement la capacité de la France à prendre de nouveaux engagements dans les années suivantes.
Nos fiches pour comprendre ces enjeux
Deux fiches pédagogiques pour disposer de repères, de chiffres clés et d’éléments d’analyse sur l’aide publique au développement et le financement du développement.
L’aide publique au développement au-delà des clichés et raccourcis
Financement du développement : anatomie d’une chute
Pour en savoir plus
Retrouvez les analyses de Focus 2030 et les publications d’organisations de la société civile consacrées à la trajectoire budgétaire de l’aide publique au développement française et aux conséquences de son recul.
France : le coût humain et géopolitique des réductions de l’aide internationale
- UNICEF France · Nouvelle coupe de 300 millions d’euros dans l’APD : pour les enfants, le coût est immense
- Coordination SUD · Lettre ouverte : l’aide au développement doit répondre aux besoins des populations les plus vulnérables
- Coordination SUD · Moins d’aide au développement, plus de risques : le coût du désengagement
- Focus 2030 · Aide publique au développement : la trajectoire des coupes budgétaires en France
- Focus 2030 · CICID 2023 : une nouvelle stratégie de coopération internationale au développement








