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    Diplomatie féministe : face à un « backlash » mondial, un rapport parlementaire appelle la France à changer d’échelle

    Publié le 02/02/2026.

    La diplomatie féministe est aujourd’hui au cœur d’un débat stratégique majeur. Présenté au nom de la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, le rapport d’information « Renforcer durablement la diplomatie féministe dans un contexte de backlash global », corédigé par Marie-Noëlle Battistel et Guillaume Gouffier Valente, dresse un constat sans appel : les droits des femmes reculent à l’échelle mondiale.

    Depuis 2019, la France a fait de la diplomatie féministe un pilier de sa politique étrangère, avec l’objectif d’intégrer l’égalité femmes-hommes dans ses actions diplomatiques, économiques et de développement. Cependant, face à la montée de mouvements anti-droits organisés à l’échelle internationale, cette stratégie est aujourd’hui mise à l’épreuve.

    Concrètement, la diplomatie féministe vise à promouvoir les droits des femmes et l’égalité de genre dans les relations internationales, qu’il s’agisse de lutte contre les violences, d’accès à la santé, d’éducation ou de participation politique. Loin d’être uniquement normative ou un engagement de principe, cette approche repose sur une conviction stratégique : les droits des femmes sont étroitement liés à la stabilité des sociétés, à la paix et à la solidité des démocraties.

    Alors que la société civile interroge régulièrement la cohérence des politiques publiques, de la place des femmes dans le corps diplomatique français jusqu’aux moyens effectivement alloués, ce nouveau rapport parlementaire tire la sonnette d’alarme. Il appelle à une diplomatie plus offensive pour contrer des mouvements conservateurs de plus en plus agressifs. 

    Le document met en lumière une dynamique préoccupante : l’essor de mouvements « anti-droits », désormais organisés, financés et coordonnés à l’échelle internationale. Leurs stratégies reposent notamment sur la désinformation, l’usage du numérique, l’investissement des enceintes multilatérales et une réappropriation du langage des droits humains.

    Dans ce contexte, les auteurs décrivent une véritable offensive globale portée par des coalitions d’acteurs conservateurs, religieux, d’extrême droite et masculinistes. Selon eux, l’enjeu dépasse désormais la seule question de l’égalité de genre : ces dynamiques constituent un signal de basculement autoritaire et participeraient d’un affaiblissement plus large des équilibres démocratiques internationaux.

    Sommaire

    1. Identifier et combattre les mouvements « anti-droits » 

    Le rapport identifie explicitement la montée en puissance de mouvements « anti-droits ». Ces derniers sont de plus en plus organisés, financés et coordonnés à l’échelle transnationale. Reposant sur des alliances hétéroclites entre conservateurs, extrêmes droites, réseaux religieux et courants masculinistes, ils convergent vers un but commun : la remise en cause des acquis normatifs internationaux. 

    Ces attaques, qui s’accélèrent depuis l’investiture de Donald Trump en 2025, constituent un véritable signal de basculement autoritaire. Le rapport pointe que sont les équilibres démocratiques internationaux qui sont aujourd’hui menacés, à grand renfort de désinformation, d’investissements massifs sur les plateformes numériques et d’une captation pernicieuse du langage associé aux droits humains. 

    Le rapport insiste sur le fait que ces mouvements mènent une véritable bataille culturelle et juridique. Par conséquent, ils cherchent à redéfinir les normes internationales en vidant de leur sens certains concepts liés aux droits humains.

    Parmi les recommandations du rapport : 

    • Définir et sanctionner : Donner un cadre juridique à la définition des mouvements anti-droits et intégrer les discours et crimes de haine aux « eurocrimes », ouvrant la voie à une meilleure répression des violences masculinistes. 
    • Observer et contrer : Créer un observatoire adossé à une stratégie nationale de lutte contre les masculinismes, incluant des espaces de coopération internationale. 
    • Limiter l’accès aux financements : Assurer un suivi strict des financements de ces organisations et interdire leur accès aux subventions publiques (européennes et nationales). 

    2. La France, avocate internationale de l’égalité de genre 

    Pour y faire face, auteur·rices recommandent à la France de porter la défense des droits des femmes au plus haut niveau politique de façon constante. Comme l’a montré le récent bilan de la 4ᵉ Conférence ministérielle des diplomaties féministes de 2025, les grandes échéances multilatérales (CSW, G7, G20, COP) doivent devenir des leviers d’influence stratégiques. La diplomatie féministe permet non seulement de défendre des droits, mais aussi de peser dans les rapports de force internationaux, notamment au sein des institutions multilatérales.

    Parmi les recommandations du rapport : 

    • Des droits non négociables : Inscrire formellement les droits et la santé sexuels et reproductifs (DSSR) comme un pilier explicite et non négociable de toutes les positions françaises (notamment dans les enceintes multilatérales), avec une doctrine claire pour protéger l’accès aux contraceptifs. 
    • Reconnaître l’apartheid de genre : Soutenir cette reconnaissance internationale pour renforcer la responsabilité pénale des dirigeants menant des politiques ségrégationnistes. 
    • Recruter une nouvelle ambassadrice genre : « Institutionnaliser le poste d’ambassadeur pour la diplomatie féministe et les droits des femmes ».

    Ce point fait écho à la dynamique affichée lors de la 4ᵉ Conférence ministérielle des diplomaties féministes des 22 et 23 octobre 2025 à Paris, qui a réuni 450 participant·es de 55 pays, 27 organisations internationales et plus de 100 ONG et a débouché sur une déclaration politique endossée par 31 États (retrouvez le dossier de synthèse de cette conférence).

    3. Structurer une coalition européenne et internationale 

    Face à l’adversité, la France ne peut agir seule. Le rapport appelle à structurer des alliances politiques solides, en consolidant un noyau d’États moteurs qui partagent une lecture stratégique des enjeux d’égalité. L’Union européenne y est perçue comme un levier central. 

    Parmi les recommandations du rapport : 

    • Porter l’introduction de la liberté d’accès à l’IVG dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. 
    • Plaider auprès de l’UE pour un cadre commun de financements dédiés à l’égalité de genre entre les différents bailleurs. 
    • Structurer un agenda commun annuel entre les États engagés et consolider le lien entre les États et la société civile dans les enceintes multilatérales. 

    4. L’Aide publique au développement (APD) 

    Par ailleurs, une diplomatie féministe ne peut se mener sans financements dédiés, stables et prévisibles. Le rapport est catégorique sur la nécessité de sanctuariser l’aide publique au développement dédiée à l’égalité de genre, soulignant un enjeu de crédibilité majeur, particulièrement à l’aune des montants effectivement alloués par les pays du G7

    Parmi les recommandations du rapport : 

    • Soutenir le multilatéralisme et le terrain : Garantir des financements stables aux agences onusiennes (FNUAP, ONU Femmes) et préserver la capacité opérationnelle des organisations féministes locales, en évitant les approches descendantes « du Nord vers le Sud ». 

    5. Vers une diplomatie parlementaire féministe 

    Enfin, les auteurs soulignent que les contraintes budgétaires et le manque d’appropriation interministérielle affaiblissent l’impact réel de cette politique. Pour y remédier, ils proposent d’institutionnaliser un nouvel axe : la diplomatie parlementaire féministe

    Cette initiative pourrait prendre la forme d’un réseau international informel de parlementaires (du Nord et du Sud) pour coordonner la riposte face au recul des droits. Le rapport suggère de faire de la présidence française du G7 en 2026 un jalon structurant, en y organisant un volet parlementaire dédié à l’égalité de genre, associant étroitement la société civile et les acteurs économiques. 

    Par ailleurs, cette diplomatie parlementaire vise à renforcer la continuité de l’engagement français, indépendamment des alternances politiques, en structurant un réseau d’acteurs engagés sur le long terme.

    « Cette diplomatie (…) se déploie dans un contexte de backlash global, marqué par la montée en puissance de mouvements anti-droits (…). Or, l’histoire récente le montre avec constance : les attaques contre les droits des femmes et des minorités de genre constituent presque systématiquement un signal faible – puis fort – de basculement autoritaire.»


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