G7 2027 : un sommet sous le signe du consensus mais sans avancées majeures sur les enjeux de développement
Publié le 18/06/2026.
Réuni à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin 2026, sous présidence française, le G7 a débouché sur trois déclarations liées aux enjeux de santé mondiale et de développement, consacrées aux partenariats internationaux, à la réponse à l’épidémie d’Ebola Bundibugyo et à la lutte contre le cancer. Ces textes privilégient les financements mixtes, la mobilisation du secteur privé et la coopération sanitaire internationale. Mais ils témoignent aussi d’un recul politique marqué : sous l’effet des positions américaines, le climat et l’égalité de genre ont disparu des éléments de langage, tandis que la réforme de l’architecture financière internationale peine toujours à émerger comme réponse à la baisse brutale de l’aide publique au développement
Cette publication fait partie du dossier spécial consacré à la présidence française du G7
Retrouvez dans ce dossier spécial des entretiens, analyses, chiffres clés et ressources pour comprendre les priorités de la présidence française du G7, suivre les principaux rendez-vous de 2026 et décrypter les enjeux liés au développement, à la solidarité internationale et à la gouvernance mondiale.
Consulter le dossier spécialUn sommet centré sur les partenariats, la santé mondiale et la sécurité économique
Les chef·fe·s d’État et de gouvernement du G7 ont publié trois textes directement liés aux enjeux de développement et de santé mondiale : une déclaration sur les partenariats internationaux mutuellement bénéfiques, un appel pour une réponse coordonnée à l’épidémie d’Ebola Bundibugyo et un appel sur la lutte contre le cancer. Cinq autres déclarations portent sur les trafics, les questions géopolitiques, les minerais critiques et la croissance économique. Un texte spécifique concerne également la protection des mineurs en ligne. Les textes ont été adoptés à l’unanimité des États membres du G7.
Les textes publiés à l’issue du sommet du G7 à Évian
Développement et santé mondiale
Sécurité internationale, économie et géopolitique
- Déclaration sur la lutte contre le trafic de drogues
- Déclaration sur les questions géopolitiques
- Déclaration sur la lutte contre le trafic de migrants
- Déclaration sur la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques
- Déclaration pour une croissance plus équilibrée, plus durable et plus résiliente
Protection des mineurs en ligne
Partenariats internationaux : une coopération réorientée vers l’investissement et la mobilisation de capitaux privés
La déclaration du G7 sur les « partenariats internationaux mutuellement bénéfiques » constitue le principal texte du sommet consacré à l’avenir de la coopération au développement. Adoptée par les membres du G7, avec le Kenya et la Corée du Sud, elle s’inscrit dans la continuité du Sommet de Paris pour un Nouveau Pacte Financier de 2023 et du sommet Africa Forward de 2026 coorganisé par la France et le Kenya. Le texte reconnaît que les politiques de développement et l’architecture actuelle du financement international ont produit des résultats, tout en affirmant que ces outils doivent être actualisés pour répondre aux besoins actuels et futurs.
Le G7 y défend une évolution du cadre de coopération autour de plusieurs principes : intérêts partagés, appropriation nationale, redevabilité, souveraineté économique et résilience. Cette approche marque un déplacement du langage traditionnel de l’aide vers celui de l’investissement, du cofinancement et de la capacité d’autofinancement à long terme. Les financements concessionnels et l’aide restent présentés comme stratégiques, en particulier pour les pays les moins avancés et les plus vulnérables, mais le texte souligne que les ressources publiques ne peuvent, à elles seules, couvrir les besoins mondiaux de développement.
« Le système traditionnel change de philosophie et c’est acté »
— Emmanuel Macron, Conférence de presse à Évian du 17 juin 2026
Cette orientation donne une place centrale à la mobilisation des ressources nationales, au renforcement des administrations fiscales, aux capitaux privés et aux instruments de partage des risques. Le G7 salue notamment l’engagement pris en mars 2026, à Tokyo, par la Plateforme de collaboration sur les questions fiscales pour renforcer la coopération sur la mobilisation des ressources intérieures. Le G7 appelle notamment à utiliser les financements concessionnels de manière plus ciblée et catalytique, en mobilisant davantage les banques multilatérales de développement, les institutions de financement du développement, les garanties et les financements mixtes. L’objectif affiché consiste à rendre possibles des investissements privés à plus grande échelle, en particulier dans les pays où le niveau de risque perçu limite l’accès aux financements.
Cette déclaration confirme donc une réorientation de la coopération internationale : moins centrée sur l’aide publique au développement comme levier principal, davantage structurée autour de l’investissement, des garanties, de la mobilisation des ressources intérieures et des capitaux privés. Cette inflexion peut renforcer certains outils de financement, mais elle pose une question centrale pour les pays les plus vulnérables : les financements privés et les projets bancables ne couvrent pas toujours les besoins sociaux essentiels, en particulier lorsque les investissements concernés ne génèrent pas de rentabilité financière directe.
Le communiqué cite plusieurs acteurs et instruments appelés à jouer un rôle dans cette nouvelle approche : l’African Trade and Investment Development Insurance (ATIDI), la Banque africaine de développement, le Groupe de la Banque mondiale, l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) et le Compact with Africa du G20. Ces outils visent à réduire les risques d’investissement, améliorer l’environnement des affaires et développer des projets dits « bancables », notamment en Afrique. Les priorités sectorielles mentionnées couvrent les infrastructures, les corridors économiques, l’énergie, les systèmes numériques, les chaînes de valeur des minerais critiques, la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, le développement de la petite enfance et la nutrition.
Découvrez le rapport publié par Focus 2030 en amont du Sommet du G7
Focus 2030 documente l’état d’avancement des engagements pris lors du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial et analyse les progrès, blocages et reculs observés dans la réforme de l’architecture financière internationale.
Consulter le rapport →La dette constitue un autre volet important du texte. Le G7 appelle à progresser, dans le cadre du G20, vers une approche commune des restructurations de dette pour les pays à revenu intermédiaire vulnérables non éligibles au Cadre commun. Il soutient également un renforcement de la mise en œuvre du Cadre commun du G20 pour que les traitements de dette interviennent de manière plus prévisible, rapide, ordonnée et concertée. Cette formulation reconnaît l’un des blocages majeurs du financement du développement : dans de nombreux pays, le service de la dette réduit les ressources disponibles pour la santé, l’éducation, la protection sociale, la sécurité alimentaire ou l’adaptation climatique. Elle ne s’accompagne toutefois pas, à ce stade, d’un mécanisme contraignant incluant l’ensemble des créanciers, notamment privés.
Cette déclaration confirme donc une réorientation de la coopération internationale : moins centrée sur l’aide publique au développement comme levier principal, davantage structurée autour de l’investissement, des garanties et de la mobilisation de capitaux privés. Cette inflexion peut renforcer certains outils de financement, mais elle pose une question centrale pour les pays les plus vulnérables : la mobilisation du secteur privé ne répond pas toujours aux besoins sociaux essentiels, en particulier lorsque les projets concernés ne génèrent pas de rentabilité financière directe.
Cette approche intervient alors que les membres du G7 pèsent directement sur le niveau de financement disponible pour la solidarité internationale : ils représentent environ 69 % de l’aide publique au développement mondiale. Cette responsabilité se vérifie aussi dans les coupes récentes : selon l’OCDE, les cinq principaux fournisseurs d’aide publique au développement du Comité d’aide au développement (tous membres du G7) concentrent 96 % de la baisse totale enregistrée en 2025. Les États-Unis représentent à eux seuls les trois quarts de cette contraction, avec une aide publique au développement en recul de 57 % par rapport à 2024.
Enfin, le G7 présente cette réorientation comme un programme appelé à dépasser le seul cadre du sommet. La déclaration cite plusieurs initiatives devant contribuer à étendre cette approche avec les pays partenaires : le sommet Africa Forward, la Conférence sur les partenariats mondiaux du Royaume-Uni, le Plan Mattei pour l’Afrique, la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique et l’initiative Global Gateway de l’UE. Les membres du G7 indiquent vouloir mobiliser une coalition plus large associant pays partenaires, nouveaux bailleurs de fonds, secteur privé, organisations philanthropiques et organisations de la société civile.
Le texte reconnaît également l’importance du système des Nations unies comme acteur du développement et encourage sa réforme, notamment à travers l’initiative ONU80.
Dans ce contexte, la reconnaissance du rôle stratégique des financements concessionnels ne compense pas l’absence d’engagements nouveaux, chiffrés et additionnels sur l’aide publique au développement. Elle intervient au contraire au moment où les ressources bilatérales, les dons, les contributions au système des Nations unies, l’aide humanitaire, ainsi que les financements destinés aux pays les moins avancés et à l’Afrique subsaharienne enregistrent des baisses marquées.
Ebola et cancer : des engagements sanitaires plus concrets que sur le financement du développement
La santé mondiale constitue le volet le plus opérationnel des textes publiés à Évian. L’appel du G7 sur l’épidémie d’Ebola Bundibugyo porte sur la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Le texte présente l’épidémie comme une crise humanitaire régionale et un risque de sécurité sanitaire mondiale, dans un contexte où la circulation du virus concerne des zones isolées, affectées par des conflits, avec des difficultés logistiques importantes.
Le G7 appelle à une réponse coordonnée associant traçage des contacts, prévention des infections, quarantaine, isolement, tests en laboratoire, surveillance aux frontières, préparation transfrontalière et mobilisation communautaire. Le texte souligne également que les vaccins, diagnostics et traitements disponibles ne répondent pas pleinement à la souche virale concernée, ce qui justifie un soutien au développement et à la livraison d’outils médicaux adaptés.
Les annonces financières associées à cette déclaration comprennent plusieurs enveloppes : plus de 370 millions de dollars US (USD) de ressources sanitaires et humanitaires annoncées par les États-Unis pour la région, jusqu’à 500 millions USD supplémentaires consacrés à la réponse à Ebola, 650 millions USD d’aide humanitaire pour la région des Grands Lacs, 493 millions d’euros d’appui de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs et en Ouganda, dont 84 millions d’euros identifiés pour l’aide humanitaire immédiate, le développement et la recherche liés à l’épidémie. Le Plan continental de préparation et de réponse mobilise également 518 millions USD pour renforcer la préparation, la détection et la réponse des pays africains.
Le texte ne précise toutefois pas toujours les organisations destinataires, les calendriers de décaissement ou la part réellement additionnelle des financements annoncés. Ces éléments détermineront la capacité de la réponse à soutenir les systèmes de santé, les équipes médicales, les communautés locales et les mécanismes de coordination régionale.
Le second texte sanitaire porte sur la lutte contre le cancer. Le G7 y met l’accent sur la coopération scientifique, l’accès aux données, la recherche sur les cancers pédiatriques, les cancers des adolescent·es et des jeunes adultes, ainsi que les cancers de mauvais pronostic. Il appelle aussi à renforcer la prévention, le dépistage, les essais cliniques, le diagnostic précoce et l’accès à des soins oncologiques de qualité.
Le communiqué rappelle que le cancer cause près de 10 millions de décès par an dans le monde et que le nombre de nouveaux cas pourrait augmenter de 80 % d’ici 2050. Cette progression annoncée souligne l’enjeu d’accès aux soins, en particulier dans les pays où les systèmes de santé disposent de capacités limitées de dépistage, de traitement et de suivi. L’accent mis sur les données, l’interopérabilité, l’intelligence artificielle et la coopération scientifique peut renforcer la recherche internationale, mais l’effet de cette déclaration dépendra de sa traduction en financements, en infrastructures de santé et en accès effectif aux traitements.
Les autres textes : sécurité, minerais critiques, croissance et numérique
Au-delà des trois textes directement liés au développement et à la santé mondiale, le sommet du G7 a produit six autres déclarations. Elles portent sur la lutte contre le trafic de drogues, les questions géopolitiques, le trafic de migrants, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, une croissance plus équilibrée, durable et résiliente, ainsi que la protection des mineurs en ligne.
Ces textes élargissent le périmètre du sommet à des enjeux de sécurité internationale, de stabilité économique et de souveraineté technologique. La déclaration sur les minerais critiques occupe une place particulière : ces ressources sont présentées comme stratégiques pour les transitions énergétique et numérique. Le G7 appelle à réduire les dépendances excessives, renforcer la transparence, développer la traçabilité, soutenir le recyclage et mobiliser des financements publics et privés, notamment avec des pays émergents et en développement.
La déclaration économique insiste sur les déséquilibres macroéconomiques, les tensions liées à l’énergie, aux intrants agricoles, aux engrais et aux chaînes d’approvisionnement. Elle renvoie au rôle du Fonds monétaire international, de l’Organisation de coopération et de développement économiques, de l’Organisation mondiale du commerce et des banques multilatérales de développement. Elle aborde également les risques et opportunités liés à l’intelligence artificielle et aux technologies quantiques.
Enfin, l’appel sur l’espace numérique vise à renforcer la protection des mineurs en ligne. Il promeut des services numériques sûrs dès leur conception, des mécanismes de vérification de l’âge respectueux de la vie privée, des outils de contrôle parental, une plus grande transparence des contenus et des mesures contre les abus sexuels sur enfants, le pédopiégeage, les images intimes non consenties, l’exposition à l’extrémisme violent et le recrutement par des réseaux criminels.
L’appel des acteurs de la société civile à des réformes structurelles resté sans réponse
Les organisations de la société civile organisées au sein du Civil 7 et du Women 7 relèvent un écart entre l’ampleur des crises et la portée des annonces. Le CCFD-Terre Solidaire estime que plusieurs enjeux structurants ont été relégués au second plan : crise de la dette, inégalités, évasion fiscale, baisse de l’aide publique au développement, crise alimentaire, crise climatique et inégalités de genre. L’organisation souligne que le sommet réaffirme la priorité donnée aux pays les plus vulnérables sans annoncer de rupture financière ou politique à la hauteur des crises.
Sur le climat, le Réseau Action Climat considère que la dépendance aux énergies fossiles n’a pas été abordée frontalement, alors que la question des minerais critiques a occupé une place importante dans les discussions. L’organisation rappelle que ces décisions concernent directement les pays producteurs. Elle appelle à associer davantage les pays et populations concernées aux décisions sur l’extraction, la transformation et l’usage de ces ressources.
L’égalité de genre ne figure pas non plus parmi les axes structurants des textes consacrés aux partenariats internationaux. Pour les organisations mobilisées dans le cadre du Women 7, cette absence limite la portée d’un agenda de développement qui affirme vouloir mieux répondre aux vulnérabilités, sans intégrer explicitement l’un des déterminants majeurs des inégalités.
Le sommet d’Évian confirme ainsi une ligne de compromis : préserver l’unité du G7 autour de formulations communes, tout en laissant en marge plusieurs sujets qui conditionnent la crédibilité de ses engagements en matière de solidarité internationale. Le suivi portera désormais sur la mise en œuvre effective des annonces, mais aussi sur la capacité du G7 à traiter les questions fiscales, climatiques et d’égalité de genre comme des priorités centrales et non comme des dimensions périphériques de la coopération internationale.
Un bilan contrasté pour la solidarité internationale
Le sommet d’Évian confirme une évolution du discours du G7 sur la coopération internationale. Les partenariats doivent désormais reposer davantage sur l’investissement, la mobilisation des ressources nationales, l’attraction de capitaux privés et la réduction des risques financiers. Cette approche peut contribuer à financer des infrastructures, des projets énergétiques, des systèmes numériques ou des chaînes de valeur. Elle ne répond toutefois que partiellement aux besoins qui relèvent d’abord de financements publics stables, prévisibles et concessionnels.
Si la déclaration sur les partenariats internationaux mentionne bien la santé, l’éducation, la nutrition, les systèmes alimentaires et le développement de la petite enfance comme axes prioritaires, elle ne comporte ni engagements financiers nouveaux et chiffrés sur ces secteurs, ni calendrier. Elle ne contient pas non plus de références explicites au changement climatique ni à l’égalité de genre, deux dimensions pourtant centrales de l’Agenda 2030 et des Objectifs de développement durable.
À court terme, les annonces sur Ebola constituent le volet le plus opérationnel du sommet, sous réserve de leur mise en œuvre effective. À moyen terme, trois éléments permettront d’évaluer la portée réelle des textes adoptés : le décaissement des financements annoncés, la place accordée aux pays partenaires dans la gouvernance des initiatives et la capacité du G7 à relier ses priorités économiques, sanitaires et sécuritaires aux objectifs de solidarité internationale.
Cette publication fait partie du dossier spécial consacré à la présidence française du G7
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