Le Medicines Patent Pool (MPP) : favoriser la disponibilité de médicaments génériques grâce aux autorisations d’exploitation de propriété intellectuelle
Le Medicines Patent Pool (MPP) est une fondation suisse créée à Genève en 2010 par Unitaid, une organisation soutenue de longue date par la France, afin de permettre à davantage de personnes vivant dans les pays à revenu faible et intermédiaire d’accéder aux médicaments innovants, en particulier ceux recommandés par l’OMS.
Encore aujourd’hui, près de deux milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès aux traitements médicaux dont elles ont besoin, souvent car ils sont protégés par des brevets de 20 ans qui retardent l’entrée de médicaments génériques et maintiennent des prix élevés.
Le MPP négocie des licences volontaires avec les laboratoires pharmaceutiques, détenteurs de brevets, puis octroie des sous-licences permettant à plusieurs fabricants de produire des versions génériques de médicaments brevetés et ce, des années avant l’expiration des brevets.

Fonctionnement
Le développement d’un nouveau médicament nécessite souvent plusieurs années de recherche et des investissements considérables. Les brevets accordent alors aux entreprises pharmaceutiques un monopole temporaire afin de rémunérer cette innovation.
Mais dans de nombreux pays à revenu faible et intermédiaire, ce monopole se traduit par des prix inaccessibles pour les systèmes de santé et les patients. L’utilisation à grande échelle de nouveaux médicaments dans ces pays est ainsi souvent retardée de plusieurs dizaines d’années, alors même que ces traitements pourraient sauver des millions de vies.
Le MPP cherche à concilier ces deux objectifs : préserver les incitations à l’innovation tout en accélérant l’accès aux traitements essentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
En tant que fondation à but non lucratif ayant un mandat de santé publique, le MPP négocie des licences avec des entreprises pharmaceutiques titulaires de brevets, puis octroie des sous-licences à de multiples fabricants, dont la plupart sont établis dans des pays à revenu faible et intermédiaire ou les desservent. Ces derniers développent des versions génériques du produit protégé par le brevet correspondant, y compris de nouvelles formulations et combinaisons plus adaptées aux conditions d’utilisation (conservation, administration, usage pédiatrique) dans ces pays. Les traitements sont ensuite distribués dans un nombre défini de pays à revenu faible ou intermédiaire, parfois contre une redevance.

Source : MPP.
Ce modèle bénéficie à l’ensemble des parties prenantes. En accordant des licences volontaires pour leurs produits brevetés, les entreprises pharmaceutiques accèdent à des marchés qu’elles ne serviraient pas ou peu, améliorent leur image et génèrent jusqu’à 17 % de revenus supplémentaires. En attribuant les sous-licences à plusieurs fabricants de génériques, le MPP augmente la disponibilité des produits, encourage le développement de nouvelles formulations parfois mieux adaptées aux contexte locaux, et fait baisser les prix en incitant la compétition. Les fabricants de génériques bénéficient d’un modèle économique différent, puisqu’ils n’ont pas à supporter les coûts élevés de recherche et de développement clinique. Combinés à des coûts de production souvent réduits et à une demande forte et soutenue, ces facteurs leur permettent de fournir des traitements à moindre coût. In fine, les personnes vivant dans des pays aux ressources limitées peuvent accéder plus facilement aux traitements dont elles ont besoin.
Le MPP collabore avec des acteurs de la société civile, des organisations internationales, entreprises, groupes de patients et gouvernements pour prioriser les médicaments sur lesquels elle opère et négocier les licences. Le MPP travaille en priorité sur les médicaments figurant sur la Liste des médicaments essentiels (incluant la liste spécialement dédiée aux enfants) de l’Organisation mondiale de la santé. Son action couvre par exemple les produits médicaux contre le VIH, la tuberculose, l’hépatite C, le cancer, l’hémorragie du post-partum, la grippe, ou encore le Covid-19.
Impact sur les enjeux de santé mondiale
Depuis sa création en 2010, le MPP a signé des accords avec 23 laboratoires pharmaceutiques détenteurs de brevets, et accordé des sous-licences à 93 fabricants de génériques portant sur 44 produits.
Ces accords ont permis à 148 pays d’accéder aux médicaments ainsi développés, fournissant plus de 62 milliards de doses de traitement. Il est estimé que ce système a déjà permis d’éviter 62 000 décès et aux gouvernements et communautés d’économiser 2,6 milliards de dollars.
Le modèle du MPP favorise également la fabrication locale et régionale de médicaments et autres technologies de santé, via l’octroi de licences, des transferts de technologie ou le façonnage de marchés.
Actualités
En mai 2026, le MPP a lancé une nouvelle Stratégie pour 2026-2030, qui vise un triple objectif : continuer à favoriser la disponibilité rapide de produits et technologies de santé innovants et à des prix abordables dans les pays à revenu faible et intermédiaire, encourager la production locale et régionale de produits de santé, et renforcer la préparation et la réponse équitable aux urgences sanitaires.
La stratégie fixe un cap chiffré : d’ici 2030, ce sont 50 nouveaux produits de santé qui auront été mis à disposition dans les pays à revenu faible et intermédiaire depuis la création du MPP en 2010.
Dans un contexte de baisse drastique des financements de solidarité internationale, en particulier dans le domaine de la santé, le modèle catalytique du MPP offre donc aux donateurs un levier efficient pour accélérer l’accès aux produits de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire.







