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    Que sont les banques multilatérales de développement et peuvent-elles financer le développement et le climat à la hauteur des besoins ? 

    Les banques multilatérales de développement, ou BMD (MDBs en anglais), occupent une place centrale dans le financement du développement et du climat. Créées et détenues par plusieurs États, elles accordent des prêts, des dons, des garanties et une assistance technique aux pays à revenu faible ou intermédiaire, ainsi qu’à certains acteurs privés.  

    Leur rôle est devenu d’autant plus stratégique que les besoins en financement augmentent fortement, que les principaux pays donateurs diminuent drastiquement leur aide publique au développement bilatérale, tandis que de nombreux pays à faible revenu font face à un coût de la dette insoutenable, à des marges budgétaires réduites et à une exposition croissante aux chocs climatiques. 

    Grâce au capital apporté par leurs États actionnaires et à leur capacité à emprunter sur les marchés financiers à des conditions favorables, les BMD peuvent financer des investissements que les marchés privés soutiennent peu ou à des coûts trop élevés : infrastructures, transition énergétique, adaptation climatique, santé, éducation, agriculture, protection sociale ou encore résilience face aux crises.  

    La réforme des BMD constitue aujourd’hui l’une des principales pistes visant à mobiliser davantage de ressources au service du développement et du climat : augmentation de leurs capacités de prêt, optimisation de leurs bilans, recours au capital hybride, développement des garanties, plus grande coordination entre institutions, meilleur alignement de leurs investissements sur les Objectifs de développement durable (ODD) et mobilisation accrue de capitaux privés.  

    L’avancée de ces réformes ne peut être jugée uniquement à l’aune des montants nouvellement mobilisés. Elle doit démontrer que les financements supplémentaires sont réellement accessibles aux pays vulnérables, qu’ils restent concessionnels lorsque nécessaire, qu’ils soutiennent les priorités nationales de développement et qu’ils produisent des résultats mesurables pour les populations. 

    Que sont les BMD ? 

    Les BMD sont des institutions financières internationales créées par accord entre plusieurs États et détenues par leurs pays membres. Le nombre de BMD dépend toutefois des critères retenus. Le rapport 2026 de la Banque eurasienne de développement recense 37 banques multilatérales de développement dans le monde, en incluant des institutions mondiales, régionales et sous-régionales. Cette estimation ne constitue pas un chiffre universel : certaines institutions peuvent être classées différemment selon leur mandat, leur structure de capital ou leur capacité à emprunter sur les marchés financiers. On peut notamment citer la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement ou encore la Banque interaméricaine de développement. 

    Elles se distinguent des banques publiques nationales de développement (ou agence publique de coopération et de développement), comme l’Agence française de développement (AFD), la KfW allemande ou la JICA japonaise, qui relèvent d’un gouvernement national. Là où une banque publique nationale met principalement en œuvre la politique de développement de son pays actionnaire, une BMD agit au nom d’un ensemble de pays membres et sa gouvernance, son capital et ses orientations sont négociés entre ses actionnaires. 

    Leur mandat est de soutenir le développement économique, social et environnemental des pays à revenu faible ou intermédiaire. Elles peuvent intervenir de plusieurs façons : prêts aux États, financements au secteur privé, dons via des guichets concessionnels, garanties contre certains risques, assistance technique, appui aux réformes publiques, préparation de projets et mobilisation d’investisseurs privés. 

    Leur modèle repose sur un effet de levier : les États actionnaires apportent du capital, les BMD empruntent ensuite sur les marchés financiers à des conditions favorables, puis elles réallouent ces ressources à des pays ou projets qui auraient souvent accès à des financements plus coûteux. C’est cette capacité à transformer du capital public en financements de long terme et à grande échelle qui explique leur rôle central dans l’architecture financière internationale. 

    Les principales BMD 

    Les BMD ne forment pas un bloc homogène : elles diffèrent par leur mandat, leur périmètre géographique, leurs instruments et leurs bénéficiaires. Certaines ont une portée mondiale, comme le Groupe de la Banque mondiale ; d’autres jouent un rôle régional majeur en Afrique, en Asie, en Europe ou en Amérique latine. Le panorama ci-dessous présente les principales institutions, leurs volumes financiers récents et leur rôle dans le financement du développement et du climat. 

    Logo du Groupe Banque mondiale
    Groupe de la Banque mondialeBIRD, IDA, IFC, MIGA
    118,5 Md$en 2025

    Principale BMD mondiale. Elle finance les États, soutient le secteur privé et fournit des garanties.

    Logo de la Banque asiatique de développement
    Banque asiatique de développementBAsD / ADB
    29,3 Md$en 2025

    Acteur central du financement du développement en Asie-Pacifique.

    Logo de la Banque interaméricaine de développement
    Groupe de la Banque interaméricaine de développementBID / IDB
    ≈ 31 Md$en 2025

    Principale institution de développement pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

    Logo de la BERD
    Banque européenne pour la reconstruction et le développementBERD / EBRD
    16,8 Md€en 2025

    Institution orientée vers le secteur privé, la transition économique et la résilience.

    Logo de la Banque africaine de développement
    Banque africaine de développementBAfD / AfDB
    > 11 Md$approuvés en 2025

    Banque régionale africaine, active sur l’énergie, les infrastructures et le climat.

    Logo de la Banque européenne d’investissement
    Banque européenne d’investissementBEI / EIB
    86 Md€signatures en 2025

    Banque de l’Union européenne, active sur le climat, les infrastructures et l’innovation.

    Logo de l’AIIB
    Banque asiatique d’investissement dans les infrastructuresAIIB
    61,8 Md$cumulés au 31 mars 2026

    Institution centrée sur les infrastructures durables en Asie et au-delà.

    Logo de la Banque islamique de développement
    Banque islamique de développementIsDB
    15,8 Md$approbations nettes en 2025

    Institution active sur les infrastructures, la santé, l’agriculture et la finance islamique.

    Sources : rapports annuels 2025 des institutions, données institutionnelles 2026 pour l’AIIB.

    Note : les volumes ne sont pas strictement comparables entre institutions.

    Les trois plus grandes institutions : la Banque européenne d’investissement, la Banque internationale pour la reconstruction et le développement et la Banque asiatique de développement, représentent à elles seules environ 62 % des actifs du système. Au total, les actifs des BMD atteignent environ 2 000 milliards de dollars en 2024. Pourtant, leur poids relatif dans l’économie mondiale diminue : le ratio entre leurs actifs et le PIB mondial est passé de 2 % à 1,8 % en 25 ans.  

    Le Groupe de la Banque mondiale illustre la montée en puissance des BMD. En 2025, ses financements propres ont atteint 118,5 milliards de dollars, soit un niveau globalement stable par rapport aux 117,5 milliards engagés en 2024. L’IDA, son guichet concessionnel pour les pays à faible revenu, a toutefois vu ses engagements progresser de 31,2 à 39,9 milliards de dollars, soit une hausse de 27,8 % en un an. 

    Pourquoi sont-elles devenues incontournables ? 

    Les besoins de financement sont considérables. Le déficit annuel de financement des ODD est estimé à 4 300 milliards de dollars. Dans le même temps, 3,4 milliards de personnes vivent dans des pays qui consacrent davantage de ressources au service de la dette qu’à la santé ou à l’éducation, et 61 pays consacrent plus de 10 % de leurs recettes publiques au remboursement des intérêts de leur dette. 

    Ces besoins augmentent alors même que les canaux traditionnels de financement se contractent. En 2025, l’aide publique au développement des pays du Comité d’aide au développement de l’OCDE a diminué de 23,1 %, après un premier recul de 6 % en 2024. L’APD multilatérale a reculé de 12,6 %, tandis que l’aide destinée aux pays les moins avancés a diminué de 25,8 %. L’APD mondiale est ainsi revenue à son niveau de 2015, l’année de l’adoption des Objectifs de développement durable.  

    Dans ce contexte, les BMD sont l’un des rares acteurs capables de combiner volume financier, prêts de long terme, expertise sectorielle, soutien aux politiques publiques et mobilisation de capitaux privés. Leur intérêt tient notamment à leur effet de levier. Les contributions publiques versées par leurs États membres leur permettent de renforcer leurs fonds propres, d’emprunter sur les marchés à des conditions favorables et de prêter davantage qu’elles ne pourraient le faire avec leurs seules ressources budgétaires. Elles peuvent également combiner des ressources concessionnelles, prêts à faible taux, dons ou garanties, avec des financements commerciaux afin de réduire les risques et d’attirer des investisseurs privés. 

    Les actifs des principales banques multilatérales de développement en 2024

    Actifs déclarés, en milliards de dollars ; données comparables pour 35 institutions recensées dans le rapport EDB 2026.

    Source : données disponibles pour les actifs 2024 des 35 institutions.

    La surface de chaque rectangle est proportionnelle au montant des actifs. Survolez ou sélectionnez une institution pour afficher le détail.

    Cet effet de levier intervient à plusieurs niveaux : le capital public soutient l’emprunt des BMD ; les ressources concessionnelles rendent possibles des projets trop risqués ou peu rentables pour les marchés ; enfin, les garanties et les mécanismes de partage des risques peuvent faciliter la mobilisation de capitaux privés. Il ne s’agit toutefois pas d’un multiplicateur automatique : son ampleur dépend de l’instrument utilisé, du projet et du contexte de risque. Il doit donc être évalué au regard de l’additionnalité réelle des financements, de leur coût pour les pays bénéficiaires et de leurs effets sur le développement. 

    Les BMD jouent ainsi un rôle décisif dans les secteurs que les marchés financent insuffisamment : adaptation climatique, infrastructures de base, santé, éducation, protection sociale, agriculture, eau et résilience face aux chocs. Elles ne peuvent pas se substituer à l’APD, en particulier aux dons, mais elles peuvent contribuer à utiliser les ressources publiques de manière plus stratégique et à en démultiplier l’impact

    Que financent les BMD ? 

    Derrière les sigles et les volumes financiers, les BMD financent des projets très concrets. Elles peuvent accompagner un pays pour réhabiliter un réseau électrique, construire ou moderniser des routes, financer des hôpitaux, renforcer des systèmes de protection sociale, soutenir l’accès à l’eau potable, accompagner des agriculteurs face aux sécheresses ou encore garantir des investissements privés dans les énergies renouvelables. Leur rôle est particulièrement important lorsque les marchés privés jugent certains pays ou projets trop risqués, ou lorsque les États ne peuvent pas emprunter à des conditions soutenables. 

    Les effets peuvent être significatifs. L’IDA, le guichet concessionnel de la Banque mondiale pour les pays à faible revenu, indique par exemple avoir permis à 1,36 milliard de personnes de recevoir des services de santé essentiels entre 2012 et 2025, à 131,7 millions de personnes d’accéder à de meilleurs services d’eau et à 155,9 millions de personnes de bénéficier d’un accès nouveau ou amélioré à l’électricité.  

    Ces exemples montrent que les BMD ne sont pas seulement des institutions de financement : elles influencent directement la capacité des pays à investir dans leurs services publics, leurs infrastructures et leur résilience. Mais ils rappellent aussi l’importance de mesurer les résultats obtenus : un financement ne doit pas seulement être approuvé, il doit être décaissé, utilisé efficacement et produire des effets mesurables pour les populations. 

    Pourquoi leur réforme est-elle devenue une priorité ? 

    Face au déficit de financement du développement et du climat, la réforme des banques multilatérales de développement est devenue l’un des principaux chantiers de la réforme de l’architecture financière internationale. Elle répond à une double exigence : augmenter les volumes de financement disponibles pour les pays en développement, tout en améliorant la qualité, la rapidité, l’accessibilité et l’impact de ces financements. Dans un contexte de crise de la dette, de hausse du coût du capital et d’accélération des besoins climatiques, les BMD sont appelées à jouer un rôle plus important, mais aussi à démontrer que leurs financements répondent mieux aux besoins des pays vulnérables. 

    Rapport Focus 2030 sur la réforme de l’architecture financière internationale
    Rapport · Focus 2030

    Réforme de l’architecture financière internationale : où en est-on ?

    Focus 2030 suit l’avancée des engagements pris depuis le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial et documente les progrès, stagnations et reculs observés dans la réforme du financement international du développement et du climat.

    Depuis 2021-2022, le G20 structure une grande partie de l’agenda de réforme des banques multilatérales de développement. Un premier chantier porte sur les cadres d’adéquation des fonds propres, afin d’utiliser plus efficacement les bilans existants. Un second, plus large, concerne la transformation de BMD « meilleures, plus grandes et plus efficaces », conformément à la feuille de route adoptée par le G20 en 2024

    Le suivi du Center for Global Development distingue six dimensions : l’utilisation plus efficace du capital existant, l’introduction de nouvelles formes de capital, l’évolution des mandats et l’augmentation des ressources apportées par les actionnaires, la mesure de l’impact, la transformation de la relation avec les pays et la mobilisation de financements privés. À ces six dimensions s’ajoutent des enjeux transversaux de coordination, de gouvernance, de représentation et de diversité.  

    1. Utiliser plus efficacement le capital existant 

    Le premier levier consiste à utiliser plus efficacement le capital déjà détenu par les BMD. Selon le rapport EDB, les 37 BMD étudiées disposent d’environ 1 480 milliards de dollars de capital souscrit, dont 1 280 milliards de capital appelable et 175 milliards de capital versé. Leurs fonds propres atteignent environ 445 milliards de dollars. 

    Le capital appelable correspond à l’engagement des États actionnaires à intervenir en cas de besoin. Il renforce la confiance des investisseurs et permet aux BMD d’emprunter davantage sur les marchés sans que chaque prêt repose directement sur une nouvelle contribution budgétaire. 

    Les réformes portent en premier lieu sur l’optimisation des cadres d’adéquation des fonds propres. L’objectif est d’accroître la capacité de prêt et de don des BMD sans fragiliser leur solidité financière, leur statut de créancier privilégié ou leur notation. Cela suppose notamment de mieux prendre en compte la valeur du capital appelable, la qualité historique des portefeuilles des BMD, la concentration des risques et les spécificités de leur modèle auprès des agences de notation. 

    Les BMD sont également encouragées à améliorer la transparence et la comparabilité de leurs indicateurs de fonds propres, ainsi qu’à publier davantage de données sur les défauts et les taux de recouvrement. Les données de la Global Emerging Markets Risk Database (GEMs) pourraient notamment permettre aux agences de notation et aux investisseurs privés de mieux évaluer les risques associés aux financements de développement. 

    Concrètement, les réformes portent sur l’optimisation des bilans des BMD. L’objectif est d’utiliser plus efficacement le capital existant afin d’accroître leur capacité de prêt et de dons sans fragiliser leur solidité financière ni leur notation élevée. Cela passe notamment par une optimisation des cadres d’adéquation des fonds propres, le recours au capital hybride, les transferts de risque et d’autres instruments permettant de dégager de nouvelles marges de financement. Selon les estimations, les grandes BMD pourraient accroître leur capacité de prêt de 600 à 800 milliards de dollars tout en conservant leur notation AAA, à condition que les réformes soient effectivement mises en œuvre et soutenues par les actionnaires. 

    1. Introduire de nouvelles formes de capital 

    L’amélioration de l’utilisation du capital existant ne suffira toutefois pas à répondre à l’ampleur des besoins de financement liés aux objectifs de développement durable et au climat. Les BMD doivent donc également diversifier leurs sources de capital

    Le capital hybride constitue un instrument important. Il permet d’accroître les ressources disponibles sans nécessairement modifier les droits de vote des actionnaires et peut être utilisé pour soutenir plusieurs fois son montant initial sous forme de prêts supplémentaires. D’autres instruments peuvent également être mobilisés : garanties de portefeuille, assurance-crédit, transferts de risque, titrisation synthétique et mécanismes de réassurance. 

    Le G20 encourage aussi les pays qui le peuvent à étudier le canal des droits de tirage spéciaux vers les BMD, tout en préservant le statut d’actif de réserve et la liquidité des créances libellées en DTS. Ces instruments doivent toutefois être évalués en tenant compte de leur coût, de leur traitement comptable et de leurs effets sur la soutenabilité financière des BMD. 

    1. Faire évoluer les mandats et les ressources des actionnaires 

    La réforme ne concerne pas seulement les bilans et les instruments financiers. Les BMD sont également appelées à faire évoluer leur vision et leurs mandats afin de mieux répondre aux défis mondiaux, notamment le changement climatique, la perte de biodiversité, les pandémies, les crises alimentaires et les situations de fragilité. 

    Cette évolution des mandats doit s’accompagner d’un examen régulier de l’adéquation entre les stratégies des BMD, leurs ressources et leurs capacités financières. Les actionnaires doivent notamment déterminer si les ressources concessionnelles, le capital versé, le capital appelable et les garanties disponibles sont suffisants pour répondre aux nouvelles ambitions. Dans certains cas, des augmentations de capital ou des reconstitutions plus importantes des fonds concessionnels pourront être nécessaires. 

    La prise en compte de la vulnérabilité constitue un élément complémentaire de cette réforme. L’accès d’un pays aux financements concessionnels reste encore largement déterminé par son revenu par habitant, qui ne reflète pas toujours l’exposition aux chocs climatiques, économiques, sanitaires ou géographiques. L’indice de vulnérabilité multidimensionnelle, reconnu par les Nations unies, pourrait contribuer à mieux apprécier les besoins réels des pays, à condition d’être effectivement intégré dans les cadres d’éligibilité et d’allocation des BMD. Ce point est crucial pour les petits États insulaires, les pays fragiles ou les pays à revenu intermédiaire très exposés aux catastrophes climatiques. 

    1. Transformer la relation avec les pays et renforcer la coordination 

    Un quatrième levier porte sur la coordination des BMD Depuis la déclaration de Marrakech d’octobre 2023, puis les annonces faites à la COP28, leurs dirigeants ont réaffirmé leur volonté de fonctionner davantage comme un système intégré. L’objectif est de simplifier les cofinancements, d’harmoniser certaines procédures, de renforcer la coordination au niveau des pays bénéficiaires, de partager davantage les données et de mobiliser plus efficacement le secteur privé. Cette évolution est importante : pour les pays partenaires, la fragmentation des guichets, des procédures et des critères d’accès peut constituer un frein aussi important que le manque de ressources. 

    Cette évolution doit passer par des plateformes de développement pilotées par les pays, une meilleure coordination des stratégies nationales, une division plus claire du travail entre institutions et une simplification des cofinancements. Les BMD doivent également renforcer la préparation des projets, notamment au stade de la conception, afin de constituer des portefeuilles de projets suffisamment solides et bancables. 

    La feuille de route du G20 prévoit aussi de rendre les procédures plus rapides, plus prévisibles et davantage fondées sur les risques. Cela implique de rapprocher les règles environnementales et sociales, les procédures d’intégrité et les politiques de passation des marchés, tout en préservant les standards les plus élevés. Le partage des diagnostics, des données et des outils de suivi doit également réduire la charge administrative pesant sur les pays bénéficiaires. 

    Enfin, la coordination doit porter sur les produits financiers eux-mêmes. Les BMD sont encouragées à développer davantage de financements en monnaie locale, des mécanismes de couverture du risque de change, des clauses de suspension de dette en cas de catastrophe et des financements concessionnels mieux adaptés aux besoins des pays. Elles doivent aussi travailler avec les banques nationales et infranationales de développement, ainsi qu’avec les fonds climatiques et environnementaux. 

    Finance in Common : coordonner les banques publiques de développement 
    Finance in Common (FiCS) est une initiative lancée en 2020 à l’initiative de la France et de l’Agence française de développement, qui en assure le secrétariat général, Finance in Common rassemble plus de 530 banques publiques de développement nationales, infranationales, régionales et multilatérales. Les BMD en font partie aux côtés d’institutions nationales comme l’AFD, la KfW allemande ou la JICA japonaise. L’objectif de FiCS est de renforcer le dialogue et la coopération entre ces institutions et de mieux aligner leurs financements sur les Objectifs de développement durable, l’Accord de Paris et les priorités définies par les pays. Cette coordination doit notamment permettre aux BMD et aux institutions nationales de combiner leurs avantages respectifs : capacité de financement internationale et garanties pour les premières ; connaissance du terrain, préparation des projets et déploiement local pour les secondes. 
    L’enjeu est important : les BMD ne peuvent pas, seules, répondre à l’ampleur des besoins. Elles doivent travailler avec les banques nationales de développement, les gouvernements, les bailleurs, les fonds multilatéraux et les acteurs privés. FiCS se présente ainsi comme une plateforme d’échange et de coordination pour accélérer la mise en œuvre de la finance climat et de l’Agenda 2030.  
    Lors du sommet FiCS 2025, les participants ont notamment insisté sur le rôle des banques publiques nationales et infranationales dans les plateformes-pays, c’est-à-dire des cadres de coordination permettant d’aligner les financements internationaux sur les priorités nationales. Le communiqué final mentionne également les travaux des coalitions FiCS, l’innovation financière, leur contribution à la FfD4 et le rôle potentiel des banques publiques de développement dans la mise en œuvre du nouvel objectif collectif de financement climat.  
    1. Mobiliser davantage de capitaux privés 

    Le cinquième levier est la mobilisation des capitaux privés. Les BMD sont de plus en plus attendues comme intermédiaires entre les ressources publiques limitées et les besoins massifs de financement du développement et du climat. Les BMD ont mobilisé 87,9 milliards de dollars de capitaux privés en 2023 dans les pays à revenu faible et intermédiaire ; les dernières données conjointes indiquent que ce montant a atteint 108,7 milliards de dollars en 2024.  

    Mais cette mobilisation doit être évaluée avec prudence : elle ne peut être considérée comme une réussite que si les financements sont réellement additionnels, orientés vers les priorités de développement et accessibles aux pays et secteurs habituellement délaissés par les marchés, comme l’adaptation climatique, les services sociaux ou les contextes fragiles.  

    Les BMD doivent donc fixer des objectifs plus ambitieux et plus comparables de mobilisation par dollar engagé. Elles doivent également créer des conditions favorables à l’investissement privé en intervenant sur les cadres réglementaires, la préparation des projets, les marchés locaux de capitaux et les risques politiques ou commerciaux. 

    Ce levier concerne également les garanties. En effet, en couvrant certains risques politiques, commerciaux ou souverains, à l’aide de leur capital, les BMD peuvent contribuer à attirer des investisseurs privés dans des pays ou secteurs perçus comme risqués. La réforme du Groupe de la Banque mondiale illustre cette évolution, avec la mise en place d’une plateforme de garanties hébergée par la MIGA, destinée à rendre ces instruments plus lisibles et plus faciles à mobiliser. En 2025, la MIGA a émis 12,3 milliards de dollars de garanties, censées mobiliser 9,8 milliards de dollars de capitaux privés. Il est également nécessaire de développer des approches de portefeuille, notamment les modèles « originate-to-distribute », la titrisation et les transferts de risque, afin de dépasser une mobilisation limitée à des opérations isolées. 

    1. Mesurer l’impact et l’efficacité du développement 

    L’augmentation des volumes de financement ne constitue toutefois pas un objectif suffisant. Les BMD doivent également démontrer que leurs financements produisent des résultats réels en matière de réduction de la pauvreté, de création d’emplois, d’adaptation climatique, de transition énergétique, de biodiversité et d’égalité entre les femmes et les hommes. 

    Cela suppose de renforcer les systèmes de mesure de l’impact à trois niveaux : celui des projets, celui des pays et celui des institutions. Les BMD devraient publier davantage d’informations sur les résultats attendus avant l’intervention, puis sur les résultats effectivement obtenus après sa mise en œuvre. Les évaluations indépendantes, les données désagrégées et les indicateurs communs doivent permettre de comparer les performances tout en respectant les mandats propres à chaque institution. 

    La mesure de l’impact doit également guider les décisions de financement. Les ressources concessionnelles et les nouveaux instruments de capital devraient être orientés vers les opérations capables de produire les effets de développement les plus importants, notamment dans les pays pauvres, vulnérables ou fragiles. 

    1. Renforcer la gouvernance, la représentation et la redevabilité 

    Enfin, la réforme des BMD pose une question de gouvernance. Les grandes orientations et les financements sont approuvés par leurs conseils d’administration, où le poids des États dépend généralement de leur participation au capital. Les principaux actionnaires disposent ainsi d’une influence importante sur des décisions qui concernent l’ensemble des pays membres. 

    La réforme des BMD pose donc aussi une question de représentation : les pays bénéficiaires, notamment les pays les moins avancés, doivent-ils disposer d’une voix moins importante que les pays bailleurs dans les institutions qui déterminent leurs conditions d’accès au financement ? La répartition actuelle confère aux principaux actionnaires une influence importante et alimente les demandes d’une meilleure représentation des pays en développement.  

    Les pays à faible revenu détiennent collectivement 1,92 % des droits de vote à la BIRD, 4,32 % à l’IDA, 7,24 % à la Banque africaine de développement, 0,32 % à la Banque asiatique de développement et aucun droit de vote à la BERD. 

    Qui détient le pouvoir de vote dans les banques multilatérales de développement ?

    Part des principaux actionnaires, des autres membres et des pays les moins avancés (PMA) dans cinq banques multilatérales de développement, dernières données disponibles, en %.

    Sources : Banque mondiale, droits de vote de la BIRD au 30 juin 2026 et de l’IDA au 31 mars 2026 ; Banque africaine de développement, au 30 septembre 2025 ; Banque asiatique de développement, au 31 décembre 2025 ; Banque européenne pour la reconstruction et le développement, au 31 décembre 2025.

    Note : la catégorie « Autres pays » correspond au solde après les principaux actionnaires affichés. La part des PMA est distinguée à l’intérieur de cette catégorie ; elle ne s’ajoute donc pas au total. La part PMA additionne les droits de vote des 44 PMA de la liste officielle.

    L’amélioration de la représentation et de la voix des pays en développement constitue donc un enjeu de légitimité et d’efficacité. Les pays bénéficiaires, notamment les pays les moins avancés, doivent pouvoir participer davantage aux décisions qui déterminent leurs conditions d’accès au financement. 

    Cette réforme doit aussi concerner la diversité géographique et la représentation des femmes dans les conseils d’administration, les équipes dirigeantes et les effectifs des BMD. Les procédures de nomination devraient être ouvertes, transparentes et fondées sur le mérite. Enfin, les BMD doivent mettre en place des incitations internes favorisant la coopération entre institutions et l’impact collectif plutôt que la seule progression du volume de prêts de chaque banque. 


    Depuis 2023, cette réforme est également portée dans d’autres cadres internationaux. Le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial a contribué à maintenir le sujet au centre de l’agenda politique. La quatrième Conférence internationale sur le financement du développement, organisée à Séville en 2025, a confirmé cette priorité en appelant les BMD à augmenter et optimiser leur capacité annuelle de prêt, tout en préservant leur solidité financière. Le Pacte pour la prospérité, les peuples et la planète (4P), les COP et Finance in Common contribuent également à maintenir cette dynamique, notamment sur la mobilisation de capitaux privés, l’alignement avec les objectifs climatiques, la prise en compte de la vulnérabilité et la meilleure coordination entre banques publiques de développement. 

    Rapport Focus 2030 sur la réforme de l’architecture financière internationale
    Rapport · Focus 2030

    Réforme de l’architecture financière internationale : où en est-on ?

    Focus 2030 suit l’avancée des engagements pris depuis le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial et documente les progrès, stagnations et reculs observés dans la réforme du financement international du développement et du climat.

    Ainsi, la réforme des BMD ne consiste pas uniquement à augmenter leur capacité financière. Elle vise à les rendre plus solides, plus ambitieuses, plus coordonnées, plus accessibles aux pays partenaires et davantage responsables des résultats obtenus. L’enjeu est de construire un système capable de mobiliser davantage de ressources tout en améliorant leur allocation, leur impact et leur légitimité. 

    C’est pourquoi la réforme des BMD ne doit pas être jugée uniquement à l’aune du volume des financements. L’enjeu est de savoir si les ressources supplémentaires sont réellement accessibles, approuvées puis décaissées dans des délais raisonnables ; si elles sont concessionnelles lorsque la situation du pays l’exige ; si elles soutiennent les priorités nationales de développement ; et si elles renforcent la capacité des pays à investir sans aggraver leur vulnérabilité financière. Pour les pays déjà exposés au surendettement, davantage de prêts non concessionnels peuvent accroître les risques au lieu de les réduire. 

    En définitive, la réforme des BMD ne consiste pas seulement à faire de ces institutions des acteurs “plus grands”. Elle doit aussi les rendre plus adaptées aux réalités contemporaines, plus accessibles, mieux coordonnées et plus redevables.  

    Conclusion  

    Les BMD sont donc des acteurs centraux du financement du développement et du climat. Elles soutiennent l’implémentation de politiques publiques nationales et la mise en œuvre de projets privés. Leur valeur ajoutée tient à leur capacité à démultiplier les capitaux publics et à les transformer en financements de long terme, à réduire certains risques, à soutenir des projets complexes et à mobiliser d’autres acteurs financiers. 

    Pour les pays vulnérables, leur réforme ne sera utile que si elle se traduit concrètement par des financements plus accessibles, plus concessionnels, plus rapides et mieux coordonnés. L’objectif n’est donc pas seulement de faire des BMD des institutions plus puissantes financièrement, mais d’en faire des institutions plus efficaces, plus transparentes et plus redevables vis-à-vis des pays et des populations qu’elles sont censées servir. 

    Une réforme réussie devra ainsi répondre à une question simple : les BMD permettent-elles réellement aux pays vulnérables d’investir davantage dans la santé, l’éducation, l’adaptation climatique, les infrastructures essentielles et la résilience, sans aggraver leur dette ? C’est sur ce critère, plus que sur les seuls montants annoncés, que leur transformation devra être évaluée.

    Pour aller plus loin

    Rapport Focus 2030 sur la réforme de l’architecture financière internationale
    Rapport · Focus 2030

    Réforme de l’architecture financière internationale : où en est-on ?

    Focus 2030 suit l’avancée des engagements pris depuis le Sommet pour un nouveau pacte financier mondial et documente les évolutions de la réforme du financement international du développement et du climat.

    G20

    Roadmap towards Better, Bigger and More Effective Multilateral Development Banks

    Feuille de route du G20 consacrée aux réformes des banques multilatérales de développement.

    Consulter →
    Finance in Common

    Le réseau mondial des banques publiques de développement

    Présentation du réseau Finance in Common et de la coopération entre banques publiques de développement.

    Consulter →
    Focus 2030

    21e reconstitution de l’Association internationale de développement

    Décryptage des enjeux liés à la reconstitution des ressources du guichet concessionnel de la Banque mondiale.

    Lire le décryptage →
    Devex · Podcast

    MDBs want to cooperate more closely : what progress have they made?

    Épisode consacré aux avancées de la coopération entre banques multilatérales de développement.

    Écouter →
    Center for Global Development

    MDB Reform Accelerator

    Outil de suivi des réformes engagées par les banques multilatérales de développement.

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    G20 · BMD

    Roadmap towards Better, Bigger and More Effective MDBs

    Version de la feuille de route du G20 mise à disposition par la Banque de développement du Conseil de l’Europe.

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