À quelle hauteur la France financera-t-elle l’égalité des genres en 2030 ?
Publié le03/03/2026, modifié le03/03/2026.
La promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes est un objectif de longue date de la politique étrangère de la France, concrétisé par des engagements législatifs en 2021. Réaliser ces engagements signifierait y allouer dès 2027 au moins 5 milliards d’euros annuels en aide publique au développement. Décryptage.
Les engagements de la France en faveur du financement de l’égalité des genres à l’international
En 2018, le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID), qui définit les modalités de la politique française d’aide au développement, a adopté une stratégie pour une diplomatie féministe, selon laquelle « l’égalité entre les femmes et les hommes est un principe directeur et transversal de l’action extérieure de la France ».
Les engagements financiers des gouvernements en faveur de l’égalité des genres sont mesurés à travers le « marqueur genre » du Comité d’aide au développement de l’OCDE. Ce marqueur permet de connaître la proportion des engagements d’aide publique au développement bilatérale des bailleurs de fonds ayant pour objectif principal (marqueur 2) ou significatif (marqueur 1) l’égalité des genres.
La France s’est ainsi engagée à ce que d’ici 2022, 100 % des projets et programmes de l’Agence française de développement (AFD) soient marqués selon le marqueur « genre » de l’OCDE, et que 50 % des volumes annuels d’engagements de l’Agence française de développement aient l’égalité des genres pour objectif principal ou significatif.
De plus, à l’été 2021, la France a adopté un nouveau cadre législatif pour sa politique d’aide publique au développement. La loi de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, promulguée le 4 août, prévoit qu’ « en 2025, 75 % des volumes annuels d’engagements de l’aide publique au développement bilatérale programmable française aient l’égalité entre les femmes et les hommes pour objectif principal ou significatif et 20 % pour objectif principal ».
Cet objectif est ambitieux : en 2024, la France a alloué 56 % de ses engagements d’aide bilatérale à des projets ayant pour objectif principal et/ou significatif l’égalité entre les femmes et les hommes, dont 5 % l’ayant pour objectif principal.
La loi développement solidaire introduisait également l’objectif d’allouer 0,7 % du revenu national brut à l’aide publique au développement (APD) en 2025. Le gouvernement français est cependant revenu sur cet engagement à l’été 2023, repoussant à 2030 l’atteinte de l’objectif du 0,7 %. Depuis, la France a opéré cinq coupes successives dans son APD, diminuant de 40 % les crédits de la mission.
Les objectifs en matière de financement de l’égalité femmes-hommes étant exprimés en proportion du montant total de l’APD de la France, ces coupes entraînent mécaniquement un manque à gagner pour les projets en faveur de l’égalité femmes-hommes.
En 2024, la France a consacré 0,48 % de son revenu national brut à l’aide publique au développement, contre 0,66 % envisagés dans la loi.
Combien ces engagements représentent-ils ?
Afin d’estimer les montants d’aide publique au développement que la France devrait allouer à la promotion de l’égalité femmes-hommes à l’international à l’aune de ses engagements législatifs, Focus 2030 s’appuie sur les données suivantes :
- Jusqu’en 2024, le montant de l’aide publique au développement, y compris pour l’égalité de genre, est renseigné par l’OCDE.
- En 2025 et 2026, le montant total de l’APD de la France est estimé à l’aune des coupes actées dans les lois de finances. À partir de 2027, il augmente progressivement pour atteindre 0,7 % du RNB en 2030. Le RNB est estimé à partir des projections de croissance du Fonds monétaire international.
- À partir de 2025, 75 % des engagements d’APD bilatérale ont pour objectif la promotion de l’égalité de genre, et 20 % l’ont pour objectif principal.
En supposant que la France se réengage dès 2027 envers le 0,7 % et le financement de l’égalité de genre, son aide publique au développement pourrait s’établir à 13,8 milliards d’euros en 2027, dont 5 milliards pour l’égalité femmes-hommes.
Toutefois, ce scenario supposerait une augmentation de 22 % de l’aide publique au développement de la France entre 2026 et 2027, ce qui semble improbable au vu du contexte politique et économique. De façon plus réaliste, il peut être estimé que l’APD demeurera à son niveau de 2026 jusqu’en 2030. Là encore, les montants alloués à l’égalité de genre dépendant de l’enveloppe globale, cette stagnation entraînerait un manque à gagner de plus de 5 milliards d’euros pour l’égalité de genre.






