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    Fiche 11 – La solidarité internationale : un moteur de l’innovation pour faire face aux grands défis planétaires ?

    De la réhydratation orale au paiement mobile, du développement de nouveaux vaccins aux innovations contre la malnutrition, de nombreuses solutions améliorent les conditions de vie des populations non seulement dans les pays en développement, mais aussi à l’échelle mondiale. Pour produire pleinement leurs effets, ces innovations doivent pouvoir être financées, expérimentées, adaptées aux besoins locaux et déployées à grande échelle. Autant d’étapes auxquelles la solidarité internationale peut contribuer sous des conditions bien précises.

    Décryptage ⬇️

    Enseignements clefs

    • La solidarité internationale peut accélérer l’innovation en finançant la recherche, l’expérimentation et le passage à grande échelle de solutions qui ont fait leurs preuves.
    • L’innovation ne se limite pas aux technologies de pointe : des solutions simples et peu coûteuses peuvent produire des progrès majeurs en matière de santé, d’éducation, d’énergie ou d’accès aux services essentiels.
    • La coopération internationale peut intervenir lorsque les logiques de marché sont défaillantes, notamment lorsque les populations ou les pays concernés ne sont pas suffisamment solvables pour susciter des investissements.

    Faits et chiffres 📉

    Les nouvelles technologies, à l’instar de l’intelligence artificielle, peuvent transformer l’accès aux soins, à l’éducation, aux services financiers, à l’information ou à l’énergie. Mais entre une innovation et son déploiement à grande échelle, plusieurs étapes sont nécessaires : financer la recherche et les essais, adapter les solutions aux besoins locaux, former les personnels et réduire les coûts.

    La coopération internationale peut intervenir à chacune de ces étapes et renforcer la capacité des pays à développer et maîtriser leurs propres solutions. Le transfert de technologies, le partage de connaissances ou l’open source peuvent favoriser cette appropriation et réduire la dépendance à un fournisseur. Mais l’innovation ne se limite pas aux technologies de pointe : elle peut être médicale, nutritionnelle, numérique, financière ou logistique et reposer sur des solutions simples et peu coûteuses répondant à des besoins concrets.

    Quelques exemples :

    • Une réponse de terrain à la malnutrition
      Développé en 1996 par l’entreprise normande Nutriset avec le chercheur André Briend, Plumpy’Nut est un aliment thérapeutique prêt à l’emploi visant à traiter la malnutrition aiguë sévère. Cette pâte nutritionnelle ne nécessite ni eau, ni cuisson, ni réfrigération, permettant à de nombreux enfants d’être soignés à domicile plutôt qu’à l’hôpital. Aujourd’hui largement utilisés par les gouvernements, l’UNICEF et les organisations humanitaires, ces aliments thérapeutiques ont profondément transformé la prise en charge de la malnutrition. Cette innovation made in France est aujourd’hui déployée dans plus de 100 pays et a déjà permis de traiter plus de 45 millions d’enfants dans le monde.
    • Une innovation low tech contre la mortalité maternelle
      L’hémorragie du post-partum provoque près de 45 000 décès maternels chaque année dans le monde. Pourtant, son diagnostic repose encore souvent sur une estimation visuelle imprécise des pertes de sang. Un simple drap obstétrical calibré permet de recueillir le sang après l’accouchement et d’en mesurer rapidement le volume. Peu coûteux et facile à utiliser, ce dispositif, associé à un protocole de soins adapté, a permis de réduire de 60 % les cas de saignements sévères.

    Au-delà de la diffusion de solutions existantes, la solidarité internationale peut créer les conditions nécessaires à l’émergence et au déploiement d’innovations dans les pays en développement. Elle peut financer des projets pilotes, réduire les risques pour les investisseurs, agir sur les prix et les marchés ou accompagner le passage à grande échelle, notamment lorsque le secteur privé seul ne trouve pas, seul, d’incitation suffisante à investir. Elle permet ainsi de faire émerger des solutions répondant à des besoins qui seraient autrement insuffisamment couverts par la loi du marché.

    Quelques exemples :

    • Le paiement mobile au Kenya : un projet pilote devenu innovation de masse
      Au début des années 2000, l’agence de coopération internationale britannique a soutenu un projet pilote mené avec Vodafone et Safaricom autour du transfert d’argent par téléphone mobile. Lancé au Kenya, M-Pesa a dépassé le million d’utilisateurs dès sa première année. Pensée pour répondre aux besoins de populations peu bancarisées, cette innovation a facilité l’accès aux services financiers, mais aussi le paiement de factures, l’épargne, le crédit ou encore l’accès à l’énergie solaire et bien d’autres usages. Elle a également renforcé l’autonomie économique des femmes : son développement aurait notamment permis à environ 185 000 d’entre elles de passer de l’agriculture de subsistance à une activité commerciale. M-Pesa a depuis inspiré le développement des services financiers mobiles dans de nombreux pays.
    • Les données au service de l’adaptation des agriculteurs au changement climatique
      Face à des pluies de plus en plus irrégulières et aux effets du changement climatique, le Kenya a développé, avec le soutien de la Banque mondiale, une plateforme numérique permettant aux agriculteurs d’accéder à des prévisions météorologiques localisées, des informations sur les marchés et des conseils adaptés aux cultures, notamment par SMS et par applications mobiles. Développé par l’institut public de recherche agricole KALRO, ce dispositif bénéficie aujourd’hui à plus de 8 millions de petits exploitants. Un exemple de coopération internationale permettant de transformer les données climatiques en outil concret d’adaptation.
    • Faciliter l’accès aux vaccins : agir sur les prix et les marchés
      Gavi, l’Alliance du vaccin, illustre une forme d’innovation financière au service de la santé. Plutôt que de laisser chaque pays acheter séparément ses vaccins auprès des entreprises pharmaceutiques, Gavi regroupe les besoins de nombreux pays aux ressources financières limitées et organise des achats à grande échelle. En mutualisant la demande, l’organisation garantit aux entreprises pharmaceutiques des volumes d’achat plus importants et prévisibles, ce qui permet, en retour, de réduire les prix. Gavi finance une partie du coût des vaccins, tandis que les pays bénéficiaires contribuent progressivement à leur financement à mesure que leurs ressources augmentent. Ce système vise ainsi à renforcer leur autonomie et leur capacité à financer durablement leurs programmes de vaccination.
      Ainsi, le vaccin contre la pneumonie, vendu entre 66 et 84 dollars par dose aux États-Unis, a pu être proposé à 3,50 dollars aux pays éligibles grâce à un engagement de marché anticipé garantissant aux entreprises pharmaceutiques des volumes d’achat prévisibles. En façonnant le marché et en suscitant l’arrivée d’un nouveau fournisseur, le prix a pu être réduit à 2 dollars en 2020 et d’étendre l’accès au vaccin à 60 pays.
    • Partager les brevets pour élargir l’accès aux traitements
      La coopération internationale peut également faciliter le partage de technologies et de droits de propriété intellectuelle. Ainsi, le Medicines Patent Pool (MPP), soutenu par Unitaid, négocie avec les entreprises pharmaceutiques des accords permettant à d’autres producteurs de fabriquer des versions génériques de médicaments brevetés. Ce mécanisme favorise la concurrence, réduit les prix et accélère l’accès aux traitements dans les pays aux ressources limitées. Grâce notamment aux licences du MPP et à la concurrence des génériques, un traitement de référence contre le VIH est aujourd’hui disponible autour de 37 dollars par personne et par an, soit environ 10 centimes par comprimé. La solidarité internationale ne finance donc pas seulement des médicaments : elle peut aussi agir sur les règles qui déterminent qui peut les produire et à quel prix.

    Sous certaines conditions, la solidarité internationale permet de mutualiser les risques et les investissements, de faire baisser les prix, de partager les technologies et de soutenir des innovations délaissées par le marché. En réunissant leurs moyens, les pays peuvent obtenir des résultats qu’ils ne pourraient atteindre seuls en matière de santé, d’éducation, d’énergie ou de climat, tout en générant des retombées économiques, diplomatiques et scientifiques, notamment pour leurs entreprises et instituts de recherche.

    Témoignages 🎙️

    « Depuis le début du siècle, nous avons réduit de moitié le nombre d’enfants qui meurent avant leur cinquième anniversaire. Ils étaient plus de 10 millions, ils sont aujourd’hui moins de 5 millions. C’est toute une génération de vies sauvées, grâce à de nouveaux outils de diagnostic, médicaments et vaccins. C’est une réussite de la science, mais aussi de leur déploiement grâce à de nouveaux partenariats. » Bill Gates, président de la Fondation Gates, Novo Nordisk Global Science Summit, 2024

    « La politique de solidarité et de partenariats internationaux a, à ce titre, un rôle déterminant à jouer en permettant à de nouvelles approches d’émerger. Et lorsqu’une solution novatrice a fait sa preuve d’impact, d’encourager son adoption et son déploiement dans d’autres contextes, afin d’amplifier son impact à plus grande échelle. » Esther Duflo, prix Nobel d’économie, Rapport annuel du Fonds d’innovation pour le développement, 2025.

    « Nous devons veiller à ce que les nouvelles technologies, en particulier celles fondées sur l’IA, soient utilisées au service de nos sociétés et de leur développement durable. » Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, le 28 février 2019 

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