Focus 2030
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Baromètre de la solidarité internationale n°7

Publié le 30 juin 2020 dans Sondages

Perceptions des Français·es sur l’égalité entre les femmes et les hommes à la veille du Forum Génération Égalité

Dans le cadre du festival de l’engagement Génération Égalité Voices porté par ONU Femmes France, et à la veille du Forum Génération Égalité, plus grande conférence internationale jamais organisée depuis 25 ans sur l’égalité femmes-hommes, Focus 2030 publie son 7ème Baromètre de la solidarité internationale intitulé « Perceptions des Français·es sur l’égalité entre les femmes et les hommes à la veille du Forum Génération Égalité » à télécharger ici.

2003 adultes représentatifs de la population française ont été interrogés en ligne entre le 5 et le 13 février 2020, par l’institut YouGov, dans le cadre du partenariat de Focus 2030 avec le projet Development Engagement Lab (DEL) des Universités UCL (Londres) et Birmingham University.

Par contraste avec de nombreux débats de société générant des points de vue particulièrement polarisés, on observe ici un fort consensus en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes chez les Français·es à des degrés divers, toute génération, niveau d’éducation, orientation politiques confondus. En contradiction avec une situation encore objectivement très inégalitaire, tout se passe comme si soudainement, la société française avait subi un électrochoc favorisant une révolution copernicienne dans les préoccupations et les comportements à l’égard de cette question de genre.
À travers cet aperçu de comment s’organisent les relations de genre entre les femmes et les hommes, soit en France, soit dans le monde, nous avons souhaité nous appuyer plus précisément sur les contrastes qui se dégagent entre les réponses de femmes et celles des hommes, nous permettant de mettre en évidence la persistance de stéréotypes de genre dans une société néanmoins majoritairement prête au changement.

Grands enseignements


  • Invariablement et sans grande surprise, les femmes démontrent systématiquement une sensibilité supérieure à celle des hommes à propos de l’importance et des mesures à prendre en faveur de l’égalité entre les sexes. Leurs points de vue ne sont pas opposés mais sont davantage soulignés.
  • Une grande majorité d’hommes se montrent sensibilisés à la question de l’égalité : le « genre masculin » est conscient des inégalités, de la nécessité du changement. Les hommes semblent être majoritairement favorables à ce que les choses changent.
  • Les conséquences de l’inégalité entre les femmes et les hommes sont spontanément soulignées à partir des questions de violences (physiques et mentales), des questions économiques (inégalité de salaires) et des questions de positionnement professionnel (accès aux fonctions de direction). Imposer la parité s’affiche d’emblée comme une solution pertinente.
  • Les déterminants sociodémographiques habituels ne sont pas aussi opérants que ce que l’on observe généralement à propos des problématiques de développement que nous avons l’habitude d’étudier.
  • Les différences de positionnement s’articulent davantage autour des stades de vie (début de vie professionnelle vs. retraite) et des générations (Millennials vs. post soixante-huitard·es).
  • De façon contre-intuitive, il arrive par exemple que les répondant·es plus âgé·es soient plus sensibilisé·es à l’égalité entre les femmes et les hommes que les âges intermédiaires.
  • La sensibilité un peu plus marquée des sympathisant·es « de gauche » à l’égalité entre les sexes demeure une tendance.
  • Pour les Français·es, il semble acquis, voire évident que promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes ne devrait pas être considéré de manière périphérique mais bien centrale dans les politiques de développement pour lutter durablement contre la pauvreté.

Optimisme des temps


Pour 52% des Français·es, l’égalité entre les femmes et les hommes a progressé depuis les 25 dernières années, dans les mêmes proportions qu’il s’agisse de regarder la situation en France ou dans le reste du monde.

Il est évident que les répondant·es n’ont pas une connaissance précise des progrès en matière d’égalité entre les sexes dans toutes les régions du monde. Il faut probablement voir ici la conscience partagée qu’il existe aujourd’hui un mouvement global en faveur de l’égalité entre les sexes, notamment alimenté par le pouvoir d’internet qui recompose les géographies sans frontière ni distance.

Ces réponses représentent davantage la mesure d’une impression, à distance d’un savoir objectivable, qui tend à leur faire deviner qu’il est « évident » que des progrès ont été réalisés en la matière, un peu comme si le sens de l’Histoire autorisait à présumer de cet optimisme. Il s’avère cependant que la perception des progrès réalisés ces 25 dernières années en matière d’égalité entre les femmes et les hommes est beaucoup plus flagrante pour les hommes (62%) que pour les femmes (42%).

Les causes structurelles de l’inégalité entre les femmes et les hommes


Quatre phénomènes dominants sont susceptibles d’expliquer, selon les Français·es, les inégalités persistantes entre les femmes et les hommes.

Le poids de la culture et l’histoire, ou l’opposition des hommes au changement sont prioritairement retenus par les Français·es lorsqu’il s’agit d’expliquer l’inégalité dans les pays en développement, de même que l’incapacité pour les femmes d’accéder à l’éducation. Quand il s’agit de la situation des femmes dans les pays en développement, les Français·es mettent en évidence l’influence de la religion et la carence du dispositif législatif susceptible de garantir l’égalité des droits entre les femmes et les hommes.

Le problème de la représentation des femmes en politique (5ème argument retenu) semble être un obstacle à l’égalité à la fois en France et dans les pays en développement.

La reconnaissance de deux problèmes étroitement connectés : la pauvreté dans le monde et les inégalités entre les femmes et les hommes


Pour 45% des Français·es, on ne peut mettre fin à la pauvreté dans le monde sans résoudre les inégalités entre les sexes.

La pauvreté dans le monde étant fréquemment représentée autour des problématiques de faim, d’éducation, de santé et d’autonomie économique, on aurait pu penser que résoudre les inégalités entre les sexes ne serait pas considéré comme un préalable majeur pour mettre fin aux ravages du sous-développement.

Ce chiffre (45%) signifie pourtant que l’égalité entre les sexes est véritablement perçue comme un processus vertueux dans l’organisation des sociétés, comme l’envisagent les Objectifs de développement durable. En l’occurrence, l’égalité n’apparaît pas comme un combat idéologique en faveur de valeurs progressistes qui serait détaché de bénéfices collatéraux concrets et mesurables, mais bien comme une étape pragmatique porteuse de résultats attendus.

Pour 61% des Français·es, soutenir l’égalité entre les hommes et les femmes devrait être une priorité de l’aide au développement de la France.

On trouve un soutien un peu moins marqué chez les sympathisant·es de droite (58%) que chez les sympathisant·es du centre (68%) qui partagent cette idée dans les mêmes proportions que les sympathisant·es de gauche (69%).
À noter que plus les répondant·es avancent en âge et plus elles et ils semblent persuadé·es du fait que l’égalité entre les sexes doit être une priorité de l’aide au développement de la France.

Deux remèdes principaux : lutter contre les violences faites aux femmes ET promouvoir l’égalité des salaires


Invariablement, la question des violences subies par les femmes, conjuguée au problème de rémunération des femmes, sont les deux premiers aspects spontanément cités lorsqu’il s’agit de corriger les inégalités entre les sexes à l’échelle du monde.

Même si des divergences existent entre les réponses des femmes et celles des hommes, cette vision est néanmoins partagée par l’ensemble de la population française. Tout se passe comme si l’égalité entre les sexes était avant tout une question politique et non pas individuelle, devant se résoudre à l’échelle nationale dans un processus de réorganisation de la société.

Saisir l’occasion du Forum Génération Egalité


59% des Français·es souhaitent que la France s’engage à augmenter sa contribution financière pour faire avancer les droits des femmes dans les pays en développement.

Un plébiscite en faveur d’une diplomatie féministe


61% des Français·es approuvent l’idée d’une « diplomatie féministe », une opinion particulièrement adoubée par 68% femmes.

Seul·es 8% des Français·es désapprouvent ce concept, soit une opposition dérisoire qui laisse le champ libre pour développer cette approche.

Associé au mot « diplomatie » le mot « féministe » ne semble donc pas générer de rejet, tandis que dans une autre question, il apparait que 47% des Français·es sont réfractaires à l’idée de se considérer personnellement comme « féministe », comme si ce qualificatif signifiait, en creux, d’adhérer à un mouvement auquel manifestement, un grand nombre de Français·es ne souhaitent pas être associé·es.

La question de l’inégalité salariale en France


64% des Français·es n’ignorent pas que les femmes sont moins bien payées que les hommes pour le même travail.

Les écarts de salaires entre femmes et hommes sont une réalité reconnue par une très grande majorité des Français·es, une réponse qui fait écho à une dimension objectivable : le revenu salarial des femmes est en moyenne inférieur de 23% à celui des hommes (INSEE, 2019).

En revanche, les répondant·es de moins de 25 ans sont moins nombreuses et nombreux à signifier la différence entre les salaires. Ces jeunes observent peut-être particulièrement la situation vécue par leur propre génération, c’est à dire la première génération pour laquelle l’écart tend à s’estomper.

Les bénéfices de la parité


Pour 61% des Français·es, instaurer la parité dans les organes de décisions est une bonne manière de faire progresser la place des femmes en France.

Se sachant exclues des mécanismes de décision, tout se passe comme si les femmes étaient majoritairement conscientes que l’autorité d’une parité instituée est seule à même de faire cesser l’inertie d’une évolution trop lente de la participation égale des femmes et des hommes aux nombreux arbitrages qui modèlent la société, dans ces infinis détails autant que dans ces grandes orientations. En d’autres termes, les raisons individuelles d’agir et de penser n’échappent pas à la modélisation des comportements et des engagements.

Même si la parité ne fait pas l’unanimité au gré des discriminants sociodémographiques (âges intermédiaires, hommes, Français·es les plus diplômés), manifestement cette forme de discrimination positive ne génère pas d’opposition, au contraire, c’est même une solution qui semble se présenter comme une approche pertinente pour faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes en France.

Des expériences qui parlent d’elles-mêmes


Les inégalités entre les femmes et les hommes sont clairement signifiées dans les expériences de vie.

  • 50% des femmes savent avoir été, à un moment au moins de leur vie professionnelle, moins payées que les hommes pour le même travail, soit +36 points de pourcentage par rapport aux hommes.
  • 35% des femmes déclarent avoir été freinées dans leur carrière professionnelle en raison de leur genre, contre 19% des hommes.
  • 48% des femmes déclarent être fréquemment interrompues par les hommes dans les discussions, soit deux fois plus que l’inverse.
  • 68% des femmes considèrent devoir (en tant que femmes) passer beaucoup de temps dans les tâches domestiques, soit 49 points de plus que ne l’estiment les hommes.
  • 10% des femmes déclarent avoir été victimes (souvent ou parfois) d’agressions sexuelles.
  • 44% des femmes déclarent avoir été victimes d’insultes ou de remarques sexistes.
  • 21% des femmes déclarent avoir été victimes de harcèlement.

Des changements à l’oeuvre chez les hommes


49% des hommes déclarent être dorénavant plus vigilants vis-à-vis des droits des femmes.

Cette confession émanant des hommes se déclarant plus vigilants vis-à-vis des droits des femmes est d’autant plus fréquente chez les moins de 25 ans (+6 points de pourcentage), les hommes au moins titulaires d’un bac (+6 points de pourcentage) et les sympathisants de gauche (+11 points de pourcentage).

Dans ce sondage anonyme (en ligne), 16% des hommes reconnaissent cependant n’avoir pas toujours été corrects avec certaines femmes. Cette confession doit sans doute s’observer dans le contexte du regain des mouvements féministes grâce auxquels l’acceptable et le punissable ont été verbalisés avec plus de précision, d’affirmation et de répercussions dans l’espace public. Par ailleurs, les hommes n’échappent pas à un courant de contestation qui a modifié les opinions publiques quant à la position du curseur en matière de politiquement correct. Des hommes sont maintenant en mesure de reconnaître que certains de leurs comportements qu’ils avaient pu assumer il y a quelques années, leur apparaissent désormais comme manifestement indéfendables, c’est à dire incorrects.


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