Focus 2030
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Evolutions des opinions à l’égard des enjeux internationaux en France

Publié le 26 juin 2020 dans Sondages

En tenant compte des résultats obtenus au cours de trois vagues de sondages entre le 27 septembre et le 10 octobre 2019, entre le 9 et le 13 janvier 2020, puis entre le 2 et le 7 juin 2020, soit avec quatre mois d’écart à chaque fois, il apparait que le soutien des Français aux enjeux de développement se maintient, voire tend à augmenter sensiblement sous certains aspects.

Avec l’arrivée du Covid-19, les grandes pandémies inquiètent davantage les Français

Dans cette liste de préoccupations, les problématiques des grandes pandémies et des maladies à l’échelle mondiale apparaissent comme le dernier des soucis pour les Français jusqu’en janvier 2020. Les données obtenues lors de la vague d’enquête de juin 2020, soit après la période de confinement de la France et pendant la vague épidémique du Covid-19 à l’échelle du monde, montrent que les Français sont désormais plus sensibilisés par la question des pandémies.

De dernière préoccupation, les pandémies sont désormais considérées comme la 6ème préoccupation sur 10. Ce qui signifie, en creux, que dans le contexte d’une crise sanitaire mondiale, abondamment commentée par les médias et les réseaux sociaux, affectant la vie quotidienne à l’échelle domestique, le point de vue des Français est pondéré dès lors qu’ils ne renversent pas subitement la hiérarchie de leurs préoccupations, mais au contraire, adaptent leurs vues dans une relative mesure, à cette situation sanitaire nouvelle. Il n’y a notamment pas de remise en question de l’importance des problématiques environnementales ou économiques.

Cette évolution de la hiérarchisation des problématiques à propos des pandémies et des maladies à l’échelle mondiale affecte toutes les catégories de Français. En détail, l’évolution de ces opinions entre janvier 2020 et juin 2020 est plus remarquée chez les femmes (+11 points) que chez les hommes (+4 points), chez les plus âgés et les Français les moins éduqués. D’un point de vue géographique, les Français résidant en Bretagne ou dans la région Nord-Pas de Calais Picardie sont ceux qui déclarent le niveau le plus élevé de préoccupation, ce qui ne semble pas directement corrélé avec la concentration régionale des foyers épidémiques les plus importants (Ile de France et Grand Est).

On trouve une augmentation plus notable du niveau de préoccupation vis-à-vis des "grandes pandémies" chez les électeurs de la droite traditionnelle (Les Républicains/citoyens ayant voté François Fillon au premier tour des présidentielles de 2017). Cette particularité doit sans doute être corrélée à l’âge plus avancé de cet électorat se jugeant, à juste titre, davantage exposé aux risques du Covid-19, d’où une sensibilité exacerbée à l’égard des pandémies.

L’environnement, les crises économiques et le chômage préoccupent de plus en plus les Français

En tête des préoccupations des Français on retrouve les questions économiques (chômage, crises économiques) et les questions environnementales (changement climatique, biodiversité, pollution, etc.). Le classement de ces deux préoccupations semble s’être (très légèrement) inversé entre septembre 2019 et janvier 2020, ce qui, à ce stade n’apparait que comme une tendance à confirmer ou infirmer dans les prochains mois. En l’occurrence, les conséquences de la crise du Covid-19 sur l’économie ne sont pas (encore) mesurables.

On remarque que la question des flux migratoires est une problématique en déclin relatif, probablement du fait de la mise en concurrence avec des situations plus graves et abondamment traitées dans les médias ou les réseaux sociaux, telles que les pandémies.

Comme un éventuel effet collatéral de la pandémie de Covid-19, on peut remarquer un signal à peine perceptible qui reste à confirmer concernant la diffusion des fausses informations qui semble préoccuper un peu plus les Français.

Quand on compare les réponses obtenues en juin 2020, soit pendant la pandémie du Covid-19, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux États-Unis, on remarque des divergences notoires affectant le classement des opinions. Ces différences sont parfois particulièrement contre-intuitive.
Ainsi on peut observer que :
- au mépris de la situation sanitaire réelle en matière de contaminations ou du nombre de décès dû au Covid-19, en dépit de la situation privilégiée des allemands en termes d’équipements hospitaliers, les pandémies représentent un sujet particulièrement préoccupant en Allemagne,
- les Allemands sont nettement moins inquiets à propos des problématiques économiques et du chômage que les Américains, Britanniques et surtout les Français qui s’avèrent particulièrement soucieux,
- les Allemands demeurent les plus affectés par les flux migratoires et le populisme,
- les Américains sont de loin les plus affectés par les "fake news", devant les Britanniques,
- les inégalités entre les riches et les pauvres représentent une préoccupation partagée de façon comparable dans les quatre pays,
- le changement climatique ne semble pas soucier les Américains dans les mêmes proportion que dans les trois autres pays, les Français paraissant les plus sensibilisés sur cette question.

La France devrait faire (beaucoup) plus d’efforts pour réduire la pauvreté, les inégalités, la faim, l’accès inégal à la santé & l’éducation, et l’impact du changement climatique d’ici à 2030

50% des Français souhaitent que la France fasse plus d’efforts pour réduire la pauvreté, les inégalités, la faim, l’accès inégal à la santé & l’éducation, et l’impact du changement climatique d’ici à 2030. Entre septembre 2019 et juin 2020, on observe une fluctuation sensible du soutien des Français à cette feuille de route qui ressemble à l’agenda des Objectifs de développement durable (ODD). D’une certaine manière, sans connaitre le concept de « l’agenda 2030 » des ODD, une majorité de Français en soutiennent le contenu de façon marquée. Ce qui est plus marquant dans les réponses obtenues après Covid-19 (juin 2020), c’est l’augmentation du nombre de Français ne sachant pas répondre à cette question. Comme si, ainsi interrogées, ces problématiques faisaient moins écho dans l’esprit des répondants principalement distraits par des préoccupations sanitaires.

La générosité fluctuante des Français vis-à-vis de la solidarité internationale

Le pourcentage des personnes interrogées en France qui déclarent avoir fait un don au cours des 12 derniers mois oscille entre 17% et 23%. L’habituelle « générosité de fin d’année » des Français motivée par les déductions fiscales semble un facteur explicatif de la variation de 6 points de pourcentage entre ces trois vagues d’enquête. De la même manière, il n’est pas exclu que l’épidémie vécue à l’échelle nationale ait été un frein à toute démarche de générosité à destination de bénéficiaires extra-nationaux, sous le prétexte du "il y a déjà tant à faire ici".

En majorité, les Français sont préoccupés par la situation des populations dans les pays pauvres

Une majorité de Français se déclarent préoccupés par la pauvreté dans les pays en développement. Ces chiffres révèlent la mesure d’un ressenti davantage qu’une véritable opinion. Entre septembre 2019 et janvier 2020, 5% de plus de Français semblaient préoccupés par la situation des populations dans les pays pauvres. Néanmoins, cette hausse ne se confirme pas avec les chiffres obtenus dans la dernière enquête de juin 2020.

En moyenne, 32% des Français pensent que le gouvernement français devrait accorder une aide publique "généreuse" à destination des pays en voie de développement

A elle seule, cette adhésion n’est pas suffisamment nette pour autoriser des conclusions hâtives quant à l’évolution du soutien des Français aux enjeux de développement. Vague d’enquête après vague d’enquête, on observe une fluctuation sensible de ce soutien. A noter que l’opposition des Français en la matière est stable, seuls les taux d’adhésion ou d’indifférence diffèrent d’une enquête à l’autre.

Les Français sont plutôt plus nombreux à souhaiter que la France augmente son aide au développement

Entre septembre 2019 et janvier 2020, le pourcentage de Français déclarant être en faveur d’une augmentation de l’aide publique au développement (APD) est passé de 30% à 35%. Cette progression est quasiment constante depuis 2013 à partir d’une interrogation qui mentionne le montant en milliards de l’APD mis en perspective avec le PIB de la France. Parallèlement à cette progression régulière, les dernières données de juin 2020 semblent infléchir ce souhait à la marge (31%). Une évolution qui nécessite d’être scrutée dans les mois à venir, notamment au gré des liens qui seront compris ou non, articulant la solidarité internationale aux questions sanitaires à l’échelle globale, mises en évidence avec la pandémie du Covid-19.

Le nombre de Français estimant qu’il faut porter secours en Méditerranée aux personnes qui fuient leurs pays n’a pas véritablement évolué

Le nombre de personnes en accord avec la nécessité de porter secours aux migrants/réfugiés qui risquent de faire naufrage en mer Méditerranée n’a pas véritablement évolué, en revanche, le nombre de Français opposés à cette démarche de sauvetage a un peu baissé. A savoir que ces derniers chiffres ont été obtenus en janvier 2020, soit avant que les craintes d’une nouvelle crise migratoire se fassent jour du fait des velléités de la Turquie de remettre en cause l’accord signé avec l’Union européenne en 2015.