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    Le FNUAP déconstruit le mythe de la surpopulation et la responsabilité des femmes dans l’évolution démographique de la planète

    Publié le27/04/2023.

    Alors que la population mondiale a franchi le cap des 8 milliards d’individus, dans son dernier rapport « Huit milliards d’humains, un horizon infini de possibilités : défendre les droits et la liberté de choix », le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) appelle à cesser l’alarmisme croissant face aux changements démographiques.

    Le rapport déconstruit dans un premier temps les discours sur la « surpopulation », selon lesquels le monde serait au bord de l’explosion car submergé par un taux démographique hors de contrôle ; ainsi que les discours sur la « dépopulation », marqués par la peur d’une diminution de la productivité et crainte de ne plus pouvoir financer certaines prestations sociales comme les retraites face à une population vieillissante. 

     

    Chiffres clés du rapport : 

    • 60 % des Français·es estiment que les êtres humains sont trop nombreux sur Terre, la proportion la plus sensible à cette affirmation parmi les 8 pays couverts par l’étude du FNUAP (le Brésil, l’Égypte, les États-Unis, la France, la Hongrie, l’Inde, le Japon et le Nigéria). Seuls 13 % des Français·es estiment que le nombre d’habitant·e·s sur Terre est relativement raisonnable.
    • Dans l’ensemble des pays couverts, les répondant·e·s semblent s’accorder et déclarer que les êtres humains sont trop nombreux sur Terre. Dans six des huit pays (tous à l’exception du Japon et de l’Inde), une majorité de répondant·e·s jugeait le taux de fécondité trop élevé à l’échelle mondiale.
    • La France est l’État membre de l’Union européenne qui affiche le taux de fécondité le plus élevé, avec 1,8 enfant par femme en 2020, contre 1,5 naissance vivante par femme en moyenne dans l’Union européenne.
    • La démographie mondiale évolue rapidement : si deux tiers des habitant·e·s de la planète vivent dans un pays affichant une faible fécondité, tendance qui devrait se maintenir, huit pays contribueront pour moitié à la croissance attendue de la population mondiale d’ici 2050 (Égypte, Éthiopie, Inde, Nigéria, Pakistan, Philippines, République démocratique du Congo, Répulbique unie de Tanzanie). Ces changements démographiques à venir bouleverseront le classement mondial des pays les plus peuplés. 

    • D’après les dernières données communiquées par 68 pays, on estime que 44 % des femmes en couple dans 68 pays ne sont pas en mesure de prendre des décisions en matière de soins de santé, de sexualité ou de contraception. Près de la moitié des grossesses ne sont pas intentionnelles et sont donc inopportunes ou non désirées.
    • Sur 8 milliards d’individus, environ 5,5 milliards vivent avec moins de 10 dollars par jour, une somme insuffisante pour contribuer de manière significative aux émissions carbone.
    • La proportion de pays dotés de politiques natalistes – c’est-à-dire explicitement destinées à influencer la fécondité – a augmenté depuis les dix dernières années, et le pourcentage de gouvernements n’ayant mis en place aucune politique à ce sujet a diminué.

     

    Déconstruction du discours sur la « surpopulation »

    Le discours alarmiste sur la surpopulation considère que l’accroissement de la population serait responsable de l’instabilité économique, du changement climatique et de l’épuisement des ressources, lié à un excès de demande pour une offre insuffisante.

    Le rapport suggère qu’il est plutôt positif de constater des progrès relatifs à la survie de l’humanité et l’espérance de vie croissante de la population mondiale.

    D’après les projections du rapport, même si les gouvernements prenaient dès aujourd’hui des mesures visant à réduire la fécondité, celles-ci n’auraient aucun effet sur les projections de la population mondiale d’ici 2050. Ces initiatives seraient même contre-productives : elles nuiraient à la société dans son ensemble, et en particulier aux femmes, aux filles et aux groupes marginalisés. 

    Quant à l’argument écologique, imputer les changements climatiques aux taux de fécondité nuit à la prise de responsabilités des pays les plus émetteurs en CO2 et rejette la responsabilité des problèmes mondiaux sur la croissance d’une population donnée, ce qui revient à insinuer la primauté d’une population vis-à-vis d’une autre.

     

    Déconstruction du discours sur la « dépopulation »

    La fécondité mondiale a évolué d’une moyenne de 5 enfants par femme en 1950 à 2,3 enfants par femme en 2021. À l’échelle nationale, l’anxiété d’une dépopulation réside dans la peur d’une éventuelle diminution de la productivité en raison du vieillissement, de difficultés à financer certaines prestations sociales comme les retraites, etc.

    Pourtant la population mondiale a plus que doublé en à peine 50 ans et le taux de fécondité mondial reste supérieur au « seuil de renouvellement de la population ». 

    La seule région du monde qui devrait connaître un déclin démographique dans l’immédiat (entre 2022 et 2050) est l’Europe. Par conséquent, au cours des prochaines décennies, l’immigration deviendrait l’un des seuls facteur de croissance démographique dans les pays à revenu élevé.

    L’angoisse d’un ralentissement ou d’un recul de la croissance démographique porte régulièrement sur la faible natalité de catégories bien précises d’une population, démontrant ainsi des craintes qui ne se rapporteraient pas tant à la fécondité mais davantage à l’immigration, à l’origine et l’appartenance ethniques des individus.

     

    Le rôle primordial des droits et de la liberté de choix

    Ces théories en question considèrent fréquemment la natalité comme un défi à surmonter, entraînant la réduction du corps des femmes à un enjeu politique et à la violation de leur droit fondamental de disposer de leur corps. Il convient de savoir si toutes les femmes sont en mesure de faire leurs propres choix en matière de reproduction. 

    La communauté internationale devrait assurer en priorité à chaque personne la possibilité de faire valoir ses choix en matière de santé sexuelle et reproductive sans discrimination, coercition, ni violence. Ce rapport de l’UNFPA rappelle également que toute personne devrait avoir le droit fondamental de décider librement du nombre d’enfants qu’elle souhaite, du moment et de l’espacement des naissances. Pourtant, le droit des femmes à faire leur propre choix en matière de procréation fait partie des dispositions agrées de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), ratifié par 189 Etats membres des Nations unies et entré en vigueur en 1981.

    L’anxiété démographique serait facteur d’évitement des problèmes graves, et il conviendrait de changer d’approche : une société résiliente peut prospérer quel que soit son taux de fécondité, ce qui suggère une capacité de la société à anticiper les changements démographiques, à s’y adapter et à prospérer malgré ces évolutions. Les fluctuations de population étant inévitables, c’est aux gouvernements qu’incombent la responsabilité de mieux les comprendre afin de disposer des compétences, des outils, de la volonté politique permettant d’atténuer, dans la mesure du possible, les répercussions négatives qui pourraient toucher les individus, les sociétés, les économies et l’environnement.

    Le rapport invite plutôt à investir dans l’éducation, la santé, les énergies propres et abordables et l’égalité de genre plutôt que de s’efforcer de réduire ou augmenter le nombre d’habitant·e·s de la planète.

     

    Découvrez la vidéo de campagne : 

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