Focus 2030
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Analyse de la politique de développement international de l’Espagne

Publié le 4 juillet 2019 dans Décryptages

L’Espagne s’est récemment engagée dans un processus de profonde refondation de sa politique de coopération internationale pour le développement, grandement mise à mal par la crise financière de 2008.

Les récentes déclarations du gouvernement espagnol sont scrutées avec attention et bienveillance par la communauté des acteurs internationaux du développement - ONG, fondations, think tanks, organisations multilatérales, pays en développement.

La possibilité qu’un pays comme l’Espagne puisse à nouveau jouer un rôle de premier plan en matière de coopération internationale serait une excellente nouvelle pour les tenants d’une plus grande solidarité internationale et la réalisation des Objectifs du développement durable.

Cependant, le nouveau gouvernement, à la tête de la politique de coopération espagnole, disposera-t-il des capacités suffisantes et du soutien politique et budgétaire nécessaire pour atteindre cet objectif ?

Évolution de l’aide publique au développement espagnole : une décennie de coupes budgétaires

Au cours de la période 2000-2008, l’Espagne a été l’un des donateurs les plus dynamiques sur la scène internationale. L’aide publique au développement (APD) espagnole est passée de 2 milliards de dollars en 2000 à 5,5 milliards de dollars en 2008. Au cours de cette période, l’Espagne a également apporté une contribution décisive au financement d’organisations multilatérales de développement telles que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, l’Alliance GAVI pour la vaccination des enfants ou le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire.

Mais ces efforts se sont évanouis avec la crise financière de 2008-20099. L’aide publique au développement (APD) de l’Espagne est soudainement passée de 5,5 milliards de dollars ou 0,47 % du revenu national brut (RNB) en 2008 à 2,4 milliards de dollars ou 0,20 % du RNB en 2018, ce qui correspond à une diminution de 56 % du volume de l’aide sur dix ans. Comme l’ONG espagnole Oxfam Intermón le souligne dans le rapport "La réalité de l’aide" de 2019, l’Espagne est le pays où l’APD a le plus diminué (cinq fois plus que pour le deuxième pays où les coupes budgétaires ont été les plus prononcées) alors que l’ensemble des pays donateurs de l’OCDE a augmenté ses contributions de 24,5% au cours de la même période.

Du fait des coupes budgétaires infligées à l’APD, qui a atteint son niveau le plus bas en 2015 avec 1,44 milliard de dollars décaissés (0,12 % du RNB), l’Espagne a pratiquement abandonné les contributions volontaires aux organismes multilatéraux de développement. Même la reprise économique n’a pas permis d’inverser significativement cette dynamique : bien que quatrième économie de l’Union européenne, l’Espagne occupe le treizième rang des pays donateurs de l’OCDE, et malgré une légère croissance depuis 2015, l’APD espagnole reste très inférieure aux attentes et, à ce jour, le gouvernement espagnol n’a toujours pas apporté de contribution stratégique aux instruments les plus efficaces pour promouvoir l’Agenda 2030 du développement durable.

L’Agenda 2030 au cœur de la politique étrangère espagnole : vers l’objectif de 0,5%

Depuis l’adoption de l’Agenda 2030 pour le développement durable en septembre 2015, il semble que les aspects liés à la coopération internationale pour le développement aient gagné en importance auprès des autorités politiques espagnoles. Tous les groupes parlementaires du Congrès des députés et du Sénat ont encouragé le renforcement des structures institutionnelles et des mécanismes de gouvernance pour assurer la mise en œuvre efficace des objectifs de développement durable (ODD). De même, la Commission de la coopération internationale du Congrès des députés a approuvé diverses résolutions exhortant le gouvernement à augmenter l’APD espagnole à 0,4 % du RNB d’ici 2020 ou à reprendre le financement des organismes multilatéraux de développement tels que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Enfin depuis juin 2018, le gouvernement espagnol a placé l’Agenda 2030 au cœur de l’action gouvernementale. La création du Haut-Commissariat à l’Agenda 2030 ou les déclarations du Premier Ministre en faveur du multilatéralisme, de la coopération internationale et de l’émancipation des femmes, ainsi que le renouvellement des organes directeurs du Secrétariat d’État à la Coopération internationale et à l’Amérique latine (SECIPI) et de l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID), constituent autant de signes volontaristes visant semble-t-il à donner un nouvel élan à la politique espagnole de développement.

Les élections générales anticipées d’avril 2019 ont permis de réaffirmer l’engagement des partis politiques sur la nécessité de renforcer la coopération internationale au développement. Alors que les principaux partis politiques ont souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour contribuer à l’Agenda 2030 du développement durable, le parti vainqueur (le PSOE) et son éventuel allié gouvernemental (Podemos) se sont engagés à porter l’APD espagnole à 0,5% du RNB dans les prochaines années.

Atteindre l’objectif de 0,5 % impliquerait une augmentation de l’APD espagnole de 4,5 milliards de dollars par rapport aux montants de 2018 : un investissement important, certes, mais qui permettrait à l’Espagne de reprendre une place laissée vacante sur la scène internationale et contribuer à la réalisation des Objectifs du développement durable.

Pour aller plus loin :

- Site web "La realidad de la Ayuda" animé par Oxfam intermòn qui scrute l’aide publique au développement de l’Espagne (en espagnol)

- Profil de l’OCDE sur l’aide publique au développement de l’Espagne (en français)

- Profil de l’Espagne sur le site Donor Tracker (en anglais)