Quels pays donateurs soutiennent l’égalité femmes-hommes dans leur aide au développement ?
Publié le 13/03/2024, modifié le 27/02/2026.
| Dossier spécial sur l’état des inégalités femmes hommes-dans le monde en 2025 : Ce décryptage des financements consacrés à l’égalité femmes-hommes est l’une des composantes d’un dossier spécial consacré aux inégalités de genre dans le monde en 2025. |
En 2015, tous les pays de la planète ont pris l’engagement d’atteindre 17 Objectifs de développement durable (ODD) d’ici à 2030. Parmi ces objectifs, l’ODD 5 ambitionne de parvenir à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes et des filles du monde entier. Mais atteindre l’égalité des genres nécessite des investissements suffisants, en particulier dans les pays les plus pauvres.
L’aide publique au développement (APD) du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE constitue à cet égard une source importante de financement. À quelle hauteur les pays membres du CAD prennent-ils en considération la promotion de l’égalité femmes-hommes dans leur APD ? Quelle tendance est observée ces dernières années ? Décryptage.
L’égalité femmes-hommes, un enjeu sous-financé par les bailleurs
Le suivi de l’aide publique au développement (APD) en faveur de l’égalité est assuré par le CAD de l’OCDE, à l’aide du marqueur de la politique d’aide à l’appui de l’égalité femmes-hommes (voir encadré).
Source : OCDE (2016) |
En moyenne entre 2023 et 2024, les 32 pays donateurs du CAD et les institutions de l’Union européenne se sont collectivement engagés à orienter 70,9 milliards de dollars US par an, soit 48,2 % de leurs engagements d’APD bilatérale, vers l’égalité femmes-hommes et l’autonomisation des femmes et des filles. Sur cette somme, 6 milliards visent l’égalité en tant qu’objectif principal (4,1 % de l’APD bilatérale), et 64,9 milliards en tant qu’objectif significatif (44,1 % de l’APD bilatérale).
Sur la même période, les membres du CAD ont décaissé en moyenne 60,7 milliards de dollars en faveur de l’égalité femmes-hommes, soit 43,8 % de leurs décaissements d’APD bilatérale ventilable, dont 6,3 milliards en soutien à des projets l’ayant pour objectif principal (4,5 %) et 54,4 milliards pour des projets l’ayant pour objectif significatif (39,3 %).
En volume, les donateurs ayant décaissé le plus d’APD en faveur de l’égalité femmes-hommes (Pays-Bas, Espagne, Islande, Irlande et Suède) ne sont pas les plus importants donateurs d’APD totale. Ce décalage met en évidence l’échec collectif à atteindre l’objectif international d’orienter au moins 85 % de son APD en faveur de l’égalité femmes-hommes. Seuls les Pays-Bas et l’Espagne ont consacré au moins 20 % de leur APD à la promotion directe de l’égalité.
Des engagements en baisse pour l’égalité femmes-hommes
Les engagements d’APD en faveur de l’égalité femmes-hommes suivaient une trajectoire ascendante jusqu’en 2023. Une baisse temporaire a été observée en 2021, un an après le début de la pandémie de Covid-19, période durant laquelle les pays donateurs ont concentré leurs ressources sur d’autres priorités liées à la crise sanitaire et ses répercussions économiques. Cette diminution a été inversée en 2022, lorsqu’ont été comptabilisés les engagements du Forum Génération Égalité, où les acteurs internationaux se sont collectivement engagés à mobiliser 40 milliards de dollars pour la promotion de l’égalité.
Toutefois, le recul généralisé du financement de la solidarité internationale menace directement les financements en faveur de l’égalité femmes-hommes. Les engagements en la matière ont effet reculé de 15 % entre 2023 et 2024.
Après plusieurs années de stagnation des décaissements en faveur de projets et programmes visant l’égalité femmes-hommes, une augmentation de 16 % est à noter entre 2023 et 2024, probablement liée à l’échéance de projets pluri-annuels.
La France serait-elle en train de renoncer à son rôle de championne de la promotion de l’égalité femmes-hommes dans le monde ?
La France se classe au 6e rang des pays donateurs d’APD genrée en montants et 16e en pourcentage, ayant alloué 50 % de ses engagements d’aide bilatérale à l’égalité femmes-hommes en moyenne en 2023-2024. 9 % des montants alloués visaient la poursuite de l’égalité de genre comme objectif principal (657 millions de dollars), et 41 % comme objectif significatif (3,1 milliards de dollars).
La France a promulgué le 4 août 2021 une nouvelle loi pour encadrer sa politique d’aide au développement : la loi de programmation relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales. Cette loi consacre l’égalité femmes-hommes et filles-garçons en tant qu’objectif transversal de l’APD française. Elle prévoit ainsi que 75 % des projets financés par l’APD de la France aient comme objectif principal ou significatif l’égalité femmes-hommes (selon le marqueur genre de l’OCDE) d’ici 2025, dont 20 % l’aient pour objectif principal. Cet engagement aurait pu se traduire par 3,3 milliards d’euros alloués à la promotion directe de l’égalité en 2025, une somme cinq fois supérieure à celle consacrée en 2021. Pour autant, la France ayant depuis 2024 engagé des coupes massives dans son APD, cet objectif n’a pas été atteint.
Alors que la France se distinguait auparavant par son niveau de soutien aux organisations et mouvements de défense des droits des femmes et institutions gouvernementales, partie intégrante de sa diplomatie féministe, la part qu’elle y a alloué a largement diminué entre 2022-2023 et 2023-2024. Alors qu’elle y consacrait 105 millions de dollars en moyenne en 2022-2023, elle y a consacré seulement 30 millions en 2023-2024, soit une diminution de 71 %.





