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Solidarité internationale et rôle de la France dans le monde : perspectives pour le quinquennat 2022-2027

Publié le 11 mai 2022 dans Décryptages

Quels défis la France devra-t-elle relever dans les cinq prochaines années pour contribuer à la réalisation des Objectifs de développement durable d’ici à 2030 ?

Septième puissance économique mondiale, membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations unies, pays clef parmi les 27 membres de l’Union européenne et cinquième pourvoyeuse en volume d’aide publique au développement, la France occupe un rôle prépondérant sur la scène internationale lui permettant de jouer un rôle moteur dans la réalisation des Objectifs de développement durable à l’échelle de la planète d’ici à 2030.

Il lui appartient dès lors de tenir son rang et de se montrer à la hauteur des responsabilités mondiales qui lui incombent. Cette exigence est d’autant plus nécessaire compte tenu du désengagement de certains pays, à l’instar du Royaume-Uni.

Que la France impulse ou non une dynamique internationale pour lutter contre les dérèglements climatiques (à l’instar de la COP21), pour la lutte contre les pandémies (COVAX, ACT-A, levée des brevets), ou encore en faveur de l’égalité femmes-hommes (Forum Génération Égalité), peut en effet s’avérer déterminant dans la capacité de la communauté internationale à réduire les inégalités mondiales, à protéger la planète et à contribuer à la paix.

Les enjeux internationaux, un ressort du vote à l’élection présidentielle

Et les Français·es semblent en être pleinement conscient·e·s, comme l’illustrent les résultats de nos sondages sur le sujet.

Les positions des candidats à l’élection présidentielle sur les grands enjeux internationaux apparaissent d’ailleurs en bonne place parmi les déterminants de leurs votes. Ainsi, selon une enquête BVA pour Ouest France réalisée le 24 avril, 22 % des votants au second tour déclaraient que le positionnement des candidats sur les relations internationales avaient motivé leur choix. On notera que l’importance consacrée aux enjeux internationaux dans l’influence du vote diffère largement selon l’orientation politique de l’électorat : ces enjeux importaient à de 36 % des électeurs d’Emmanuel Macron contre seulement 2 % de ceux de Marine Le Pen.

Des positionnements antagonistes sur l’international entre les deux candidats du second tour

Quand bien même ces enjeux importent aux Français et Françaises, force est de constater que le rôle de la France en matière de développement international et de coopération avec les pays et les populations les plus vulnérables est demeuré largement absent de la campagne présidentielle de 2022, à l’exception notoire de la guerre en Ukraine et de ses conséquences en cascade, qui ont, contexte oblige, fait l’objet d’une attention particulière.

Ce constat est d’autant plus dommageable qu’il constituait un point de dissension notoire entre les candidat·e·s du second tour. Cet antagonisme, révélé par l’analyse de leurs prises de positions publiques, a conduit nombre d’acteurs de la solidarité internationale à prendre ouvertement position.

Climat, santé, égalité femmes-hommes dans le monde : un quinquennat de tous les défis

Le quinquennat qui s’ouvre sera selon toute vraisemblance le dernier mandat présidentiel plein avant l’échéance de 2030. Aussi la période 2022-2027 sera-t-elle déterminante pour l’atteinte collective des Objectifs de développement durable.

Il appartiendra dès lors à la nouvelle équipe gouvernementale et au Président élu de faire jouer à la France une partition internationale en accord avec l’ampleur des défis mondiaux à relever ces cinq prochaines années.

Fidèle à la devise "gouverner, c’est prévoir", Focus 2030 en dresse ici la liste non exhaustive, à travers un panorama des grands rendez-vous internationaux du quinquennat.


Les grands rendez-vous internationaux des cinq années à venir

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Les années 2022 à 2027 seront cruciales pour l’avenir de la planète et de l’Humanité, alors que les lents progrès effectués jusqu’alors par la communauté internationale vers la réduction de la pauvreté et des inégalités ont été ralentis, voire bien souvent inversés, par la pandémie de Covid-19.

Ainsi, les reculs évidents en matière de santé mondiale ont entraîné des conséquences en cascade sur la pauvreté, la faim, l’éducation, ou encore les inégalités femmes-hommes et filles-garçons. À cette crise s’ajoutent l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les manifestations toujours plus manifestes du changement climatique, qui pourraient avoir des conséquences dramatiques en particulier pour les pays les plus vulnérables que compte notre planète. Ces nouvelles crises appellent à de nouveaux efforts.

D’importants rendez-vous attendent le nouvel exécutif dès les premiers mois de son mandat. Les sommets du G7 puis du G20 devront être l’occasion pour les pays les plus riches de la planète de démontrer leur solidarité avec le reste du monde en prenant des engagements concrets pour lutter contre le Covid-19, assurer une reprise mondiale durable et équitable, et préparer le monde aux futures pandémies. Les prochaines étapes impliqueront une réforme de l’architecture et des règles en santé mondiale, ainsi que la mise en œuvre d’un agenda pour plus de souveraineté sanitaire.

Le premier anniversaire du Forum Génération Égalité, fin juin, viendra quant à lui rappeler l’engagement pris par une multitude d’acteurs publics et privés, dont la France, de mettre en œuvre un Plan d’accélération mondial d’ici 2026 pour faire progresser l’égalité femmes-hommes. La révision de la stratégie internationale de la France pour l’égalité entre les femmes et les hommes, qui s’achève en 2022, pourrait entre outre être l’occasion de sanctuariser les différents engagements de la France, tels que sa diplomatie féministe ou le Fonds de soutien aux organisations féministes.

À l’automne, les pays donateurs se rassembleront autour du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, pour financer la lutte contre ces trois pandémies dans le monde. Les vies de 20 millions de personnes dépendent du succès de cette reconstitution, à laquelle la participation de la France, 2ème bailleur historique de l’organisation, sera déterminante.

La COP 27 en novembre 2022 permettra par ailleurs de faire le point sur la réponse mondiale à l’urgence climatique, alors que le GIEC prévenait en avril dernier qu’en l’absence de baisse des émissions mondiales de gaz à effet de serre à compter de 2025, il deviendra impossible de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C comme prévu lors de la COP 21.

Les années suivantes, la France devra veiller à la mise en œuvre de la loi sur le développement solidaire et la lutte contre les inégalités mondiales adoptée à l’unanimité en 2021. Celle-ci prévoit notamment l’atteinte en 2025 de l’objectif symbolique de consacrer 0,7 % de sa richesse nationale brute à l’aide publique au développement, contre 0,52 % en 2021 – une cible dont les nombreuses crises actuelles et à venir imposeront sans doute la révision. Cette hausse des moyens, qui pourrait représenter 6 milliards d’euros supplémentaires en 2025 par rapport à 2021, devra en outre être accompagnée d’efforts de modernisation, afin d’en accroître la portée en termes de lutte contre la pauvreté et les inégalités.

La présidence française du G7 en 2026 coïncidera avec la fin de la période de mise en œuvre des engagements pris lors du Forum Génération Égalité, que la France a co-présidé en 2021 avec le Mexique et ONU Femmes. Cheffe de file de la coalition d’action « Autonomie corporelle et droits et santé sexuels et reproductifs », elle se devra de poursuivre la défense de l’égalité femmes-hommes dans le monde à travers une diplomatie féministe pleinement incarnée et des financements adaptés, tels que prévu dans la loi sur le développement solidaire.

En 2027, au terme du prochain mandat présidentiel, viendra le temps du bilan. Douze années après son adoption, et alors que trois ans seulement nous sépareront de l’arrivée à échéance de l’Agenda 2030, la France aura-t-elle pleinement contribué à l’essor d’une dynamique internationale permettant l’atteinte des Objectifs de développement durable ?


Les recommandations des acteurs de la solidarité internationale pour le prochain quinquennat

En amont de l’élection présidentielle, Focus 2030 a interrogé des acteurs de la société civile sur le bilan du premier mandat d’Emmanuel Macron en matière de solidarité internationale et leurs attentes pour le prochain quinquennat.

Retrouvez leurs analyses dans les articles ci-dessous.

Olivier Bruyeron, président de Coordination SUD, invite le nouveau gouvernement à s’engager pour un monde solidaire, économiquement viable et équitable, et écologiquement soutenable.

Cécile Duflot, directrice générale de Oxfam France, expose ses attentes pour le prochain quinquennat en matière de climat, d’inégalités ou encore de fiscalité.

Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de ONE, adresse ses recommandations pour inverser la tendance et lutter contre l’extrême pauvreté.

Morgane Créach, directrice du Réseau Action Climat, avance des solutions pour une politique climatique internationale à la hauteur des enjeux.

Thomas Friang, fondateur et directeur général de l’Institut Open Diplomacy, pointe trois défis à relever : la santé mondiale, l’environnement, et le financement du développement.

Élise Rodriguez, directrice du plaidoyer de Action Santé Mondiale, alerte sur les enjeux des prochaines années en matière de santé mondiale.

Alice Apostoly et Déborah Rouach, co-fondatrices et co-présidentes de l’Institut du Genre en Géopolitique, présentent leurs recommandations pour lutter contre les inégalités de genre dans le monde.

Aurélie Gal-Régniez, directrice exécutive de Equipop, souligne l’importance de construire des politiques étrangères féministes et de s’en saisir.


Lire aussi

L’agenda 2022 du développement en France et à l’international L’agenda international de l’égalité femmes-hommes en 2022 L’agenda de la santé mondiale en 2022

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